Lui n°186 juillet 1979
Lui n°186 juillet 1979
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°186 de juillet 1979

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 130

  • Taille du fichier PDF : 153 Mo

  • Dans ce numéro : les nouvelles photos de Miet-la-sublime et Reiser.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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EUROPE NUMERO HUN Le grognard... était belge  : un aubergiste de Waterloo qui, ayant converti la défaite de 1815 en victoire hôtelière, venait manifester sa gratitude à l'empereur... (Suite de la page 48.) pas lui. Et puis il nous a permis de récupérer la Louisiane pour quinze millions de dollars ! Une semaine plus tard, à quelque cinq mille kilomètres de là, nous rencontrons une étudiante de l'université californienne de Berkeley. r Elle prépare une thèse sur les fins comparées de quelques hommes illustres — Napoléon en tête. Pour sa gouverne, elle vient d'entendre un conférencier français évoquer Sainte-Hélène. Elle en reste fort troublée  : - Amazing ! » Ce monsieur a pour votre empereur une telle admiration qu'il semble sorti tout droit du premier Empire... C'est étonnant mais c'est son droit. Ce que je comprends moins c'est qu'il avait la larme à l'oeil en nous disant que cet homme, ayant eu l'Europe à sa botte, ne disposait plus, pour faire du cheval à Sainte-Hélène, que de la surface d'un arrondissement parisien... Pour un prisonnier de guerre, quand on pense à ce qui s'est passé après, et même avant, c'est tout de même assez vaste... Mais ce qui m'a le plus choquée... - Choquée ?... - Oui, choquée. Je ne suis pas spécialement féministe, mais ce qui me choque c'est la façon dont certains de vos historiens parlent des rapports de Napoléon avec les femmes, de son pouvoir de fascination, de la façon de conquérir un corps entre deux territoires... « La victoire est femme, il faut la violenter ! » a dit votre conférencier, porte-parole de l'empereur. Fabulous ! D'autant plus que ce monsieur m'a paru très exigeant quant au comportement des dames vis-à-vis du conquérant. Justement à Sainte-Hélène, où les généraux Bertrand et Montholon l'avaient rejoint avec leurs épouses... « Mme Bertrand, qui aimait beaucoup son mari, a été fort critiquée par ce monsieur pour n'avoir point cédé à Napoléon "afin d'adoucir sa captivité". Il s'est même écrié  : "On n'entendait parler que des fausses couches de Mme Bertrand ! " d'un ton narquois. S'il 88 avait eu de la considération pour cette jeune mère, il aurait sans doute parlé d'espérances cruellement déçues. "Fausses couches" exprimait mieux son mépris. Aucune admiration en tout cas pour le courage d'une femme à une époque où l'on perdait souvent la vie en la donnant. « Quant à Mme de Montholon, beaucoup plus complaisante, elle n'a pas eu droit à plus de considération de la part du conférencier car, si elle a bien accordé ses faveurs à l'empereur, elle aurait été, d'après lui, aussi indulgente à l'égard des officiers anglais chargés de la garde de Napoléon... Ditesmoi... que faut-il faire pour bien faire ?... surtout si l'on tient compte du fait qu'à Sainte-Hélène Napoléon, avec ses ballonnements, son teint grisâtre et sa mauvaise haleine, n'était pas tellement sweet..., non = » Nous laisserons la question posée et passerons des Etats-Unis en Chine pour en entendre poser une autre... Nous sommes en 1976  : un tremblement de terre vient de dévaster la province de Hopei ; des enseignants français et allemands (de l'Ouest) repliés à Canton, sont conviés a un dîner semi officiel par un haut fonctionnaire de l'éducation chinoise. Celui-ci, dès le repas terminé, prend à part un de nos compatriotes, M. Jean- Baptiste Botella aujourd'hui professeur d'Histoire dans un collège de la région parisienne et lui demande d'emblée  : — Parlez-moi de Napoléon ! Le Français, qui avait pensé à tout sauf à ça, s'est demandé un instant s'il s'agissait d'un piège. Il nous a avoué être resté à la fois sur ses gardes et dans des généralités biographiques assez neutres... Il est vrai que l'on était encore en plein culte maoïste et que M. Teng-Hsiao-Ping n'avait pas encore déclaré, après déboulonnage partiel et respectueux  : — Les façonneurs de l'Histoire, ce sont les masses... Peut-être, mais les masses passent, Napoléon reste. Sur le plateau de Pratzen, là où l'empereur, après une fausse retraite, rassembla ses troupes à l'aube d'Austerlitz, il y a une table d'orientation avec le plan détaillé de la bataille. Ce morceau de terre tchèque est français. Chaque année, le 2 décembre, un membre de l'ambassade de France à Prague y dépose une gerbe, parfois accompagné d'un fidèle en tenue de grognard. Lors de la dernière cérémonie, notre attaché militaire et sa suite, ayant évoqué la légendaire tactique de Napoléon, sablèrent le champagne. Le grognard, en la circonstance, était belge  : un aubergiste de Waterloo qui, ayant converti la défaite de 1815 en victoire hôtelière, venait manifester sa gratitude à l'empereur sur le théâtre de son exploit le plus glorieux. L'accompagnaient une section de grognards diversement costumés. Les Tchèques avaient dépêché des représentants en uniforme des armées dutsar (leurs ancêtres y avaient combattu comme auxiliaires). Il y eut échange de salut au son des trompettes, et l'inévitable couplet du commissaire politique local sur l'invincibilité de l'armée soviétique. Croquemitaine ici, là pillard, violeur de sépultures, voleur de trésors, tyran, monstre assoiffé de sang, usurpateur, despote, boucher (calicot des Gantois lors de l'entrée de l'empereur dans leur ville  : « les petits bouchers de Gand à Napoléon le Grand ») tel apparaît Napoléon dans plus d'un pays qu'il domina ou chercha à conquérir (certains de nos manuels donneraient plutôt à penser que si ses armées ont pénétré dans le Palatinat ou en Estrémadure c'était par inadvertance). Et pourtant, partout son nom retentit dans les classes  : en Italie avec César, Cavour, Garibaldi ; en Angleterre avec Guillaume le Conquérant, Wellington, Churchill ; au Japon avec Alexandre, Pasteur, Louis XI V.. Même en Turquie, où il passe tout de même après Attila et Tamerlan... Pierre Daninos, extrait de La composition d'Histoire, aux éditions Julliard.
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