Lui n°182 mars 1979
Lui n°182 mars 1979
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°182 de mars 1979

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 154

  • Taille du fichier PDF : 155 Mo

  • Dans ce numéro : entretien du mois avec Michel Poniatowski.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CONTES DE GRIME La tête, posée sur la table, semble vivante, incongrue, aussi indécente qu'une tête décapitée qui vient de perdre son corps... Rouge... La tête, posée sur la table, au milieu de pots de peinture, palettes, pinceaux et brosses diverses, semble vivante, incongrue, aussi indécente qu'une tête décapitée qui vient de perdre son corps... Ce visage inquiétant est le dernier-né de Reiko Kruk, visagiste-maquilleuse japonaise. Cheveux aile de corbeau, un dragon menaçant sur son peignoir de soie. Et une voix très douce qui explique entre deux coups de pinceau la naissance d'un monstre... « Le théâtre de mon pays, un théâtre cruel, tragique, m'a toujours fascinée, et je m'en inspire beaucoup pour réaliser certains de mes maquillages. Par exemple, dans ce cas précis, le croquis que vous voyez là, j'ai utilisé les produits de maquillage du théâtre kabouki, des produits naturels à hase végétale que je vais moi-même chercher régulièrement au Japon. » Ce visage inquiétant ne fait cependant pas partie de la panoplie des personnages du théâtre kabouki  : ce n'est ni un guerrier, ni un traître, ni un chevalier, ni même un revenant malgré le teint crayeux, les yeux cernés de noir et les ombres indigo qui le sillonnent. C'est le visage d'un vampire. Et d'un vampire célèbre, Nosferatu. Nosferatu, le premier vampire né à l'écran (si on excepte un Méliès de 1896 et quelques petits vampires américains des années 1914-1920), grâce au talent de Friedrich W. Murnau qui, en 1922, crée ce personnage fantastique inspiré d'un roman, le Dracula de Bram Stoker. Nosferatu (qui a changé de nom tout simplement parce que Murnau ne veut pas payer de droits d'auteur), longue silhouette dégingandée accompagnée d'une panoplie de monstruosités qui justifie le titre du film, Nosferatu, une symphonie de l'horreur. Le vampire, interprété en 1922 par le comédien allemand Max Schreck, est repris, en 1978, par un autre Allemand, Klaus Kinski, sous la direction du jeune réalisateur Werner Herzog. Klaus Kinski, visage teuton, mâchoire carrée, traits angulaires... Visage fait 70 pour jouer les gentilshommes, les traîtres, les héros et les assassins. Personnages que l'on retrouve chez ce vampire racé et néfaste, aux exploits tragiquement célèbres et meurtriers. Et le rôle l'ayant séduit, Kinski a accepté de supporter, pendant les deux mois de tournage, sous les cieux plus ou moins cléments d'Allemagne, de Hollande et de Tchécoslovaquie, le supplice matinal d'un maquillage de plus de trois heures... Reiko Kruk et Dominique Colladant, qui ont travaillé en équipe au maquillage de Nosferatu, ont créé un personnage de vampire assez proche de celui de Murnau mais dans une note plus humaine, beaucoup moins effrayante, moins grotesque. C'était un travail fascinant, dit Reiko, car nous voulions un être à la limite de l'irréel, qui apporte la peur et la mort mais sans atteindre la frontière du cauchemar. Ni Herzog, ni Klaus, ne voulaient un monstre de Grand- Guignol, mais une créature presque humanisée, dont l'allure, les traits, les teintes mêmes, soient proches du réel. Nosferatu numéro deux semble être le petit frère adouci de celui de Murnau ; les difformités physiques du premier sont atténuées  : les oreilles ne sont plus si agressivement pointues, le nez est moins aigu et les lèvres charnues de Kinski donnent au visage une impression presque chaleureuse... malgré la note cruelle des deux incisives... Nous avons commencé à travailler quelques jours avant le tournage, raconte Reiko. Klaus est venu à l'atelier, mais nous n'avons malheureusement pas pu faire un moulage de son visage, car il y a eu un précédent dont Klaus a gardé un très mauvais souvenir  : lors d'une séance de moulage, pour un autre film, il a été pris d'une crise de claustrophobie aiguë et s'est mis à casser la couche de plâtre qui lui recouvrait le visage. Nous nous sommes donc contentés de croquis, d'esquisses et d'essais de couleurs... J'ai travaillé le maquillage par rapport à l'ensemble des teintes Nosferatu est filmé en couleurs pastel, tamisées par un filtre bleu-violet et en harmonie avec les costumes de Klaus, violet, noir, de la soie, des tissus où la lumière s'accroche ». Autrefois, dans les films en noir et blanc, ces problèmes de couleur n'existaient évidemment pas. Seul comptait le rapport ombre-lumière. Ce rapport ombre-lumière, Reiko le trouve dans sa palette de produits de maquillage  : « Il y a un mot japonais le mot koumadori qui décrit très bien le travail que j'ai essayé de faire avec Nosferatu  : « kouma » signifie ombre et « dori » chercher, prendre. Chercher, puis prendre l'ombre et la lumière du visage par rapport à l'ossature et aux muscles du visage... Avec les produits japonais que j'utilise, je peux faire des mélanges infinis de teintes dégradées, chercher des tons inhabituels... » Ces teintes, Reiko les crée à partir des bases du maquillage kabouki  : le noir (qui vient du noir de fumée), le bleu indigo (tiré d'une plante), la couleur brique (à base d'argile), le blanc-craie qui donne les taches de lumière. L'or, l'argent, le violet, le kaki sont réservés aux personnages typés, au démon par exemple. « On peut bien sûr trouver ces teintes dans le commerce, dit la jeune maquilleuse, mais un excès de mélange finit par donner une teinte grise et boueuse assez laide. Les produits de maquillage kabouki, naturels puisqu'ils sont tirés des plantes et ne comportent aucun gras, donnent au visage un aspect de porcelaine translucide. Cette fine couche de couleurs posée sur la peau garde tout son éclat les teintes ne virent pas pendant des heures. Ces produits sèchent très vite sur la peau et il faut les étaler rapidement avec une petite brosse toute plate qui ressemble à la raclette d'un plâtrier... » C'est avec cette raclette et du bout des doigts que Reiko a transformé, sur le plateau de tournage, Klaus Kinski en vampire  : « La séance de maquillage se passe (Suite page 88.)



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