Lui n°121 février 1974
Lui n°121 février 1974
  • Prix facial : 5 F

  • Parution : n°121 de février 1974

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 114

  • Taille du fichier PDF : 151 Mo

  • Dans ce numéro : Paul Getty, il roule sur l'or... noir.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LA BOUFFE OU LA VIE La mode anglo-saxonne pour sexagénaire milliardaire c'est le règne de la mousseline et du taffetas. (Suite de la page 64.) fâcherait, la ligne montante et descendante des vagues risquerait de décourager les meilleurs appétits. Nous sommes maintenant en pleine mer. Visite du navire où plutôt, repérage. France, c'est immense et fou. Je m'amuse à en calculer les proportions. Voilà ce que ça donne. Imaginez un immeuble haut comme l'Arc de "Triomphe, long comme la rue Royale, large comme les Champs- Élysées, le tout propulsé à cinquante à l'heure sur une route mal pavée  : à un mètre près, c'est France. La reconnaissance terminée cela nous a pris deux bonnes heures nous trouvons notre cabine. Rien à voir avec un bateau. C'est une chambre d'hôtel quatre étoiles, en plus intelligent, car tout a été calculé, pesé, réfléchi en fonction d'un espace relativement restreint. En prévision aussi d'une tempête toujours possible. Bref, on a tout sous la main, ce qui pour les distraits de mon genre, est bien agréable. Avant dîner, inspection des bars. 11 y en a quatre, tous déserts. Un jeune otticicr, rencontré au hasard d'une coursive, m'explique pourquoi  : le premier après-midi est une veillée d'armes, une prise d'élan en quelque sorte. Chacun se prépare, s'installe, s'organise pour affronter les cinq dures (!) journées de voyage. Les opérations ne se déclenchent vraiment qu'à partir du dîner. Nous y voici. Monsieur Max nous tend la carte avec une satisfaction évidente  : elle est passée de cinquante-trois à cent vingtsix plats. Les affaires sérieuses commencent. Problèmes. Devonsnous prendre pour débuter une terrine de lièvre Saint-Hubert, quelques huîtres de Prat-ar-Coum, des canapés Yorkshire ou un relevé de `l'hourins. Pour suivre, nous laisserons-nous tenter par des oeufs cocotte Sagan, ou un suprême de Jean-Doré sauce mousquetaire ? Quant au plat principal, nous balançons entre un rognon de veau laitier grillé Médicis et un gigot de pré salé rôti chevrillère. Philippe, notre nounou numéro un 68 nous donne la solution  : elle est d'une belle simplicité. Il suffit de tout prendre et de voir venir. Mais, oh mais surtout... « vous prendrez bien un peur de caviar et de vodka. Au cas où nous aurions de la mer, il n'y a pas meilleur stabilisateur... ». Eh bien, il n'y a pas de doute, c'est parti. Il s'agit maintenant de choisir le vin  : c'est l'occasion de faire connaissance avec un de nos autres anges gardiens, notre sommelier, Monsieur Jean. Il nous croit sûrement en voyage de noces car, dit-il en nous tendant la carte... « un départ comme ça doit se fêter. Je suggère à Monsieur de dîner au champagne — clin d'œil complice rosé, bien entendu »... Quelques instants plus tard nous avons à peine terminé notre vodka —, apparaît une bouteille de Lanson brut rosé 1966. Elle sera suivie, histoire de changer, d'un Dom Pérignon 54. Après un café solide, arrosé d'un calvados sans âge — à ce rythme-là, je serai bientôt comme le calvados nous nous rendons au salon « Riviera » pour exécuter quelques pas de danse digestive. Quelques pas en arrière aussi car, ici, pas question de Pink Floyd ou de Rolling Stones, nous débarquons en plein paradis 1930  : tango, fox-trot et one-step sont les mamelles de la chorégraphie transatlantique. L'orchestre a cependant un sursaut d'audace  : il se lance dans une rumba. Le résultat n'est pas évident et nous rejoignons nos appartements. A demain. « Qu'est-ce qu'il y a qui ne va pas, mon vieil Atlantique... » Décidément, le Trenet des années cinquante me suit pas à pas dans ce voyage. I..e « vieil Atlantique » est de mauvaise humeur ce matin et la salle à manger presque vide à l'heure du petit déjeuner. Philippe nie conseille fermement ce qu'il appelle un breakfast russe  : blinis, caviar, esturgeon fumé, vodka et un thé très fort. Il paraît qu'il n'y a rien de tel en cas de gros temps pour figurer honorablement quand tous les autres ont abandonné. Le résultat est, je dois l'avouer, assez spectaculaire  : cela me permet de grirrrpci jusqu'a u pont supérieur salis aucune difficulté. Là, un coup de vent du large, un zeste d'embruns, et me voilà reparti coin Ille en 14. Autrement dit, je pourrai tenir jusqu'au déjeuner. Après un après-midi de méditation — une fine champagne d'avant-guerre, celle de 14 bien entendu, y a quelque peu concouru — nous nous habillons. A partir de maintenant, et jusqu'à l'arrivée, smoking et robe du soir obligatoires. Cela nie permettra de faire le tour de la mode anglosaxonne pour sexagénaires milliardaires en dollars  : c'est le règne de la mousseline et du taffetas ; sur le plan de la couleur, le rose triomphe, un rose indéfinissable, mi-bonbon micoeur de pigeon dont ces dames d'Outre-Atlantique gardent obstinément le secret. Quand nous arrivons au cocktail du commandant, Françoise qui porte une robe pourtant raisonnablement décolletée est l'objet d'un murmure vaguement scandalisé. Je fais connaissance avec le « Pacha », le seul maître à bord, Yves Pétré. Comme son prédécesseur, Monsieur Croisille, était un homme du monde, assez « salonnard » il faut bien le dire, notre hôte a choisi de jouer les vieux loups de mer, non sans talent d'ailleurs  : ironie facile, mots à l'emporte-pièce, grossièreté savamment dosée et toujours pittoresque, clins d'oeil complices à qui lui plaît, son numéro est très au point. Pourquoi, sur tous les bateaux du monde, y a-t-il toujours un personnage de roman ? France ne manque pas à la règle car nous voici présentés au Prince (sic) del.ignac. Raide comme son accent prussien, le cheveu dru mais bleu pâle, il porte à son revers une couronne fermée tandis que brinqueballe sur son plastron de dentelle de Bruges une étrange décoration qui tient du collier de la l'oison d'Or et de l'Ordre du Tastevin. 11 fume un narguilé de poche que lui a offert, du moins le prétend-il, un mystérieux émir du (Suite page 98.)
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