Lui n°112 mai 1973
Lui n°112 mai 1973
  • Prix facial : 5 F

  • Parution : n°112 de mai 1973

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 224

  • Taille du fichier PDF : 182 Mo

  • Dans ce numéro : Ushi la sublime.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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PARIS FLAMBE-T-IL ? Les gros flambeurs à Paris ne représentent qu'une population d'environ cinquante mille habitants (Suite (le la p.126.) Ils ont dit  : « J e reconnaîtrais la Corse, les veux fermés. » J e reprends cette phrase deux fois fameuse à mon compte. Qu'il m'est agréable, lorsque je suis à l'intérieur d'un cercle de jeux à Paris, de savoir que, grâce it un petit arrosage de jetons, je participe de loin, de très loin, à la reconstruction d'un presbytère, ou à l'édification d'une résidence tertiaire dans l'île de Beauté ! Oui, grâce à moi, les familles des croupiers, des chefs de parties, des commissaires, des responsables, n'élèveront plus de porcs sauvages, niais pourront acheter leurs jambons à la charcuterie, comme tout le monde. Petite digression, me direzvous. Mais, pour revenir au cœur du problème, j'ai oublié de vous dire que ce cercle que je fréquente est flanqué d'un délicieux restaurant. Il y a vingt ans, déjà lorsque je débutais dans nia carrière de « ponte », je recevais souvent des invitations à dîner d'un club très ouvert, situé maintenant du côté droit des Champs-Elysées, en regardant l'Etoile. Ma chère grandmère qui, alors, surveillait mon courrier de jeune homme, nie suggérait de répondre rapidement à ces vives sollicitations  : « Ces messieurs, disait-elle, sont tellement gentils ! » Comme elle avait raison ! Allons ! Quand on est flambeur, il faut tenter, même dans les mauvais jours, de demeurer à la hauteur. Prenons le cas d'un établissement de jeux bien fréquenté. Le personnel vous accueille. vous sourit, se met à vos petits soins, toujours un mot aimable. On s'empresse autour de vous. Maîtres d'hôtel, garçons, nègres pour le café, valets de pied, tous vous traitent cornme un prince de l'ancien régime. Et quand vous osez réclamer l'addition, on vous déclare avec ménagements que le merveilleux repas au caviar vous était. bien entendu, offert. Ah ! Comment ces braves gens font-ils donc pour survivre ? Et si. par aventure, parce que cela arrive, je peux en témoigner, je gagne au jeu, alors, avouez que cela sera de la muflerie de ma part. Je crois ne connaître point d'autre entreprise non subventionnée où l'on entoure vos échecs de tant de soins. Et votre bonheur également. L'on ai- 128 nierait que certains de ces temples soit officiellement classés... Quoique journaliste, on n'en est pas moins réservé dans la vie privée. Aussi ne vous donnerai-je pas le nom de mes compagnons d'une heure, d'une après-midi, d'une nuit. j'ai cotoyé là des hommes de loi en goguette (plus de cent notaires n'ont-ils pas. depuis dix ans en France, mangé la grenouille ?) , des avocats, des médecins, des explorateurs. des chirurgiens esthétiques. Du, prêt-à-bouffer, à plomber, à porter, à construire. De l'argent frais. De l'argent à crédit, de l'argent bloqué. Le baccara brûle tout. Le flambe à Paris suit la chronique historique. Dans ce trou qui se trouve au centre du tapis vert, que l'on appelle « cagnotte », là se sont engloutis les billets de banque du trafic des piastres, le trésor de la milice, celui du F.l.n. Que sais-je encore ? Pour éviter les procès, je dois me taire pieusement. Les gens sont tellement pointilleux. D'ailleurs, mes preuves laissent à désirer  : des billets, des billets encore. des billets de banque l'argent bloqué. Le baccara brûle tout, toujours dans ce trou, ce précipice immense et sans fin. Mieux vaut perdre son argent entre gens agréables. Je me souviens tin jour à la roulette à Nice, d'une (lame grincheuse qui se plaignait fort au croupier qu'il ne fasse pas sortir les numéros sur lesquels elle misait. « Eh bien moi, lui dit le croupier qui ressemblait trait pour trait à Buster Keaton, j'ai perdu ma femme hier, Madame ! » Alors. puisque l'on est résigné à tout perdre dans cette vie, ses parents, ses enfants, sa situation, ses forces.comment expliquer que, à Paris, on ne flambe pas davantage ? Les Français sont de petits joueurs. Je crois que c'est la vérité. Ils se situent entre les Ecossais et les Suisses. Finalement, les gros flambeurs à Paris ne représentent qu'une population d'environ cinquante mille habitants. Tous les vingt-cinq ans, des plus jeunes remplacent les anciens qui se sont essoufflés, un peu comme si les joueurs se reproduisaient entre eux. Semblables en tous points à certains moines de monastères du futur. Je retrouve, dans les salles de baccara. les expressions que je lisais avec curiosité dans les petits romans fripons de la Belle Epoque. Du temps où l'on pouvait, dit-on, se faire décorer après une rafle dans un tripot. Le baccara distille toujours ses émotions. On regarde ses deux cartes à jouer. On en demande une autre. On attend le point de l'adversaire. On le compare au sien. Tout cela se passe très vite. Les cartes jaillissent soudain (lu « sabot ». Le coup militaire, c'est quand on a le point « 1 » et l'adversaire le point « 2 ». Une, deux, une, deux... Le coup hongrois, c'est quand on abat un huit et que l'adversaire vous bat avec tin neuf. Le coup est appelé hongrois, parce que le résultat n'est pas celui qu'on croit. A la banque-à-tout-va, le secret pour gagner nie fut confié jadis par un excellent baryton (le l'Opéra, dont la carrière fut compromise par des petites doses infinitésimales d'un breuvage nommé « mélécasse », mélange de cassis et de cognac, pour ceux qui l'ignoreraient. L'avantage du banquier, c'est-à-dire de celui qui taille pour la « maison de jeux » est mince arithmétiquement, niais énorme psychologiquement, parce que les joueurs s'affolent, perdent leur contrôle, et, fréquemment, se retrouvent la tête « dans le sac » ou « dans la cafetière ». Alors, ils plongent. L'erreur fatale du joueur, quel qu'il soit, tient dans cette petite formule « ça ne peut pas durer ». Alors, quand la banque perd, ils jouent prudemment, et si elle gagne, ils doublent leurs enjeux. Pour gagner, et je livre ici une méthode infaillible, il faut, au contraire, se dire  : « Cela va durer. » Ainsi, quand la banque perd, il faut jouer de plus en plus fort, et quand elle gagne, au contraire, s'arrêter de monter. Qui sera capable d'éprouver ma méthode ? Presque personne. Heureusement, d'ailleurs, pour les presbytères corses et l'avenir de tous nies amis, valet de pied, brosseur, croupier, que j'ai évoqués plus haut. Je lègue ma méthode à la postérité. Mais comme précisément ce seront des flambeurs qui en feront usage, je sais qu'ils ne la suivront pas longtemps. Même s'ils gagnent avec elle, leur « matérielle », (Suite page 166.)



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