Lui n°112 mai 1973
Lui n°112 mai 1973
  • Prix facial : 5 F

  • Parution : n°112 de mai 1973

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 224

  • Taille du fichier PDF : 182 Mo

  • Dans ce numéro : Ushi la sublime.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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PARIS FLAMBE-T-IL ? Après une nuit d'épreuves, le flambeur s'apercevra qu'il lui reste encore la vie, même si tous ses biens ont sombré ry (créateur (le « Banco » au théâtre. A l'écran du (fiable ales « Visiteurs du soir », et peint par Van Dongen), repère les membres du cercle. Il les salue, il les inscrit. II les cite. Il surveille aussi leur tenue. Pas de col roulé clans la maison. Pas de menton trop bleu. Rien qui puisse évoquer une démarche un peu vacillante. Jojo doit. avec autant de fermeté, repousser aussi bien les « triquards » que les « soiffards ». Les premiers sont (les interdits de jeu. Des « flambeurs », qui ont déposé leur volonté au vestiaire de la préfecture de police. lis ont supplié qu'on leur refuse l'entrée (les salles de jeux, même s'ils tentaient (l'y revenir. Mais c'est bien vrai, ils rôdent encore, un mouchoir sur leur dignité. « Pour cinq minutes seulement, Jojo.., juste k temps (le finir nia cigarette. » Pas question. jojo est intraitable. Greffier, arbitre des élégances, magistrat, cher, indispensable Jojo. Je monte quelques marches. A ma droite, il y a la salle (le lecture. Il faut bien (lire, la littérature ne règne pas ici en maîtresse. Sauf le journal hippique « Sport complet » qui traîne, déplié nonchalamment stir une bergère. La. télévision, elle, marche sans arrêt. 1)ans son miroir bombé. elle reflète. A travers les émissions, les femmes abandonnées pour cinq minutes, et (lui se retrouvent coincées pendant (les heures. Les joueurs décavés qui hésitent encore avant de se retrouver (fans la rue. Là. A la fois près de l'entrée et de la sortie, on se sent encore au chaud. Dans !'oeuf. Dans la grotte tapissée de cartes. I)eux marches encore. La dernière pièce avant la salle tie jeux  : un bar. Pourquoi ne boirais-je pas un léger cordial ? Pourquoi pas ? Après, je pousserai la porte d'une main assurée. je saluerai le changeur (tiens.comme il a changé !). distraitement le cliquetis -des (les plaques qui se heurtent les unes aux autres. Je taperai sur le ventre du brosseur qui connut le « Frolic's » avant-guerre. Je saluerai M. Simon. « l'ancêtre » dont le frère fut champion d'échecs à Saint-Petersbourg. Je tomberai dans les bras du chef de partie, qui voudra bien me réserver une place assise. Pourvu que ce soit François, un charmant garçon, je l'ai 126 connu jadis dans un snack-bar, rue Pierre-Charron, où il servait. Maintenant, il a réussi. je me sens vraiment très bien. Je froisse mes billets en les comptant dans ma poche. L'aventure recommence, Elle commence. Derrière mon fauteuil, des anges gardiens à l'accent corse me protègent, en échangeant des recettes de marinade. Ils s'appellent ean-Baptiste, Antoine, ou même Dante. Je suis enchanté. On Ife peut plus vraiment ranger le flambe, désormais, parmi le catalogue des péchés majeurs. Il faut bien s'y faire. Depuis ces dernières décades, les vices ont gagné beaucoup en popularité. Le pays grâce au génial inventeur du tiercé, André Carrus, est devenu un casino hexagonal et dominical. Mais il faut aller plus loin. La faculté reconnaît que, dans certains cas de mélancolie jadis incurables, le jeu permet de soudaines renversées. Surtout dans l'univers carcéral  : « Cela ne va pas bien, cher condamné à perpétuité ? Venez donc taper tin petit carton avec les psychologues, et la magie du flambe vous procurera certainement l'oubli de vos petites bêtises. » Les maisons de jeux autorisées jouissent aujourd'hui d'une réputation aussi honorable que celle des cliniques. I.e bonheur progresse. Entre quatrez-veux, les vôtres et les miens, quel est le vice majeur à Paris, en 1973 Disons-le tout net, c'est la pauvreté. Hors (le ses haillons, qu'est-ce qui ne brille pas dans la capitale ? Et qu'estce qui ne grille pas ? Encore un peu de morale. Jouer procure tin immense plaisir, une sensation unique, à cheval entre la souffrance et la joie. Quelque chose qui rebondit dans le sang et la tête. Source de frissons, toujours plus ar- (lents, dont les délices permettent d'échapper au temps. Un joueur n'a jamais l'heure. Lorsqu'il la demande, c'est pour ne pas s'en servir. Pour s'étonner, hâtivement, que les heures passent si vite. Ah ! qu'il sera chaud, s'il tient jusque-là, le croissant qu'on lui apportera au petit matin  : après une nuit d'épreuves volontaires, le flambeur s'apercevra qu'il lui reste encore la vie, même si tous ses biens ont sombré. L'homme passionné ne cannait pas de limites pour ses plaisirs. Il est décidé à les payer au prix fort. Je rencontre souvent un joueur qui jette sur le tapis, chaque jour, ties sommes variant entre (six mille et cinquante mille francs. Il se plaint pourtant amèrement que sa femme lui demande de temps en temps cent francs pour la bonne marche de son petit ménage. Il y a dix-huit cercles autorisés à Paris. Pourquoi parler des plus modestes ? On s'y trouve moins bien, c'est tout. Paul Morand le conseillait aux jeunes gens  : « Il vaut mieux vivre en première classe. » Si vraiment on veut flamber sa vie, on ne doit plus garder de complexes. Pourquoi l'argent ? S'il ne sert pas à guérir des infirmités, s'il n'est pas l'oxygène commun, le passeport, le bouche- A-bouche universel. Allons-nous évoquer le bonneteau, ou la bobinette, que l'on jouait jadis après les courses d'Auteuil, sous l'ancien viaduc ? Allons-nous nous étendre stir ces multicolores, roulettes du pauvre dissimulées sous l'enseigne des billards-clubs ? Et les parties de poker privées, ou de gin-rummy ? Non. A Paris, le jeu suprême demeure le baccara sous ses deux formes, chemin de fer et la banque a tout va (soixante mille francs maximum par coup) dite  : la grande faucheuse. Pourquoi aller se fourvoyer dans des cercles clandestins ? Là on ne rencontre que des joueurs évincés pour indélicatesses, ou des matelassières chassées du casino d'Enghien parce que « leurs coups de lattes » semblaient trop fréquents. Jouons, messieurs, mais d'abord à nous sentir bien vêtus. Eugène Sue et les tapis f rancs sont entrés clans l'histoire ancienne et dans l'oubli. Place maintenant.1n jeu. mais au soleil, avec (les cadres bien nourris et de jolis rateaux, et du confort. Défendons notre niveau de flambe. Deux personnages à des époques di f- férentes, qui ne furent pas des joueurs sur pies tapis verts. mais l'un stir le tapis pourpre des champs de bataille. l'autre sur le tapis bleu des loisirs, ont prononcé, à plus d'un siècle de distance, exactement la même phrase. L'un fut Napoléon Bonaparte, l'autre jean Castel. (Suite page 128.)
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