Lui n°110 mars 1973
Lui n°110 mars 1973
  • Prix facial : 5 F

  • Parution : n°110 de mars 1973

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 130

  • Taille du fichier PDF : 147 Mo

  • Dans ce numéro : Ibiza, bons baisers d'Ibizance !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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IFOP Le principe du sondage ? C'est assez d'une cuillère pour goûter une soupe ou d'un taste-vin pour identifier un cépage... (Suite de la page 96.) nal mobilise les attentions, l'exploit des instituts de sondage sera d'autant plus spectaculaire que le a pronostic » annoncé et confirmé apparaît dès l'abord surprenant comme aux Etats-Unis en 1936, en France en 1%5 ou 1969 —, et disqualifie les propos des éditorialistes chevronnés. Cette victoire reste inexplicable  : l'individu est irréductible et pourtant les sondages sont exacts. Les sondeurs violeraient les consciences et liraient clans les coeurs, leur travail irrite et fascine... « Parler feu, cracher tonnerre »  : les arborigènes du -Nouveau Monde accordaient jadis un pouvoir surnaturel aux Européens porteurs de l'arquebuse. L'attitude face aux sondages est la même. Des techniques prosaïques se voient dotées d'une aura magique parce qu'on les interprète selon les critères d'une culture non-scientifique. Dans les deux cas, elles semblent conférer à qui les emploie les attributs de la puissance divine, déchaîner la foudre et tuer à distance pour l'arme à feu, « sonder les reins et les coeurs » pour l'enquête d'opinion. Ce mythe rejoint celui de l'ordinateur, une étrange machine que l'on croit capable de penser, voire de commander, sous prétexte qu'elle sait lire, écrire et compter. La puissance magique des sondages est moins attribuée aux hommes qui les font qu'aux machines qu'ils utilisent. Les enquêtes d'opinion sont en réalité bien antérieures à l'ordinateur, ni plus ni moins nécessaire au sociologue qu'il ne l'est au comptable, à l'assureur ou au banquier. Qu'importe  : le mythe se gonfle de sa propre existence. L'échec lui-même le renforce. Loin d'être considéré comme la rançon des aléas (le l'expérimentation, un sondage inexact apparaît comme une revanche de l'homme sur la machine, la preuve qu'un irréductible secret résiste encore au tréfond des consciences  : les louches alchimies de l'enquêteur ne permettraient pas de savoir ce que pensent vraiment les gens. Ephénière soulagement  : l'erreur rend par là plus inquiétants et plus obscurs les succès du passé, surtout ceux du futur. Elle réactive l'odeur du soufre qu'une réussite trop régulière aurait fini par ternir. Comme dans le roman d'aventure, le héros le plus invulnérable aura des 98 faiblesses pour entretenir l'angoisse du lecteur, et la magie des sciences humaines, sa part d'imprévisibilité. Il suffit cependant de bien peu de choses pour comprendre et nos sénateurs, comme M. Druon, auraient pu fournir cet effort. La démocratie n'est pas ici plus menacée que la religion de nos pères par la rotation de la Terre. Le sondage se fonde avant tout sur la notion d'échantillon une démarche fort simple et en d'autres matières fort spontanée. C'est assez d'une cuillère pour goûter une soupe ou d'un taste-vin pour identifier un cépage. Chaque fois qu'il s'avère impossible, prématuré, mal commode ou trop coûteux d'apprécier un ensemble, on en prélève une partie pour induire de là les propriétés du tout. L)ans leur principe, les sondages d'opinion n'ont pas d'autre vocation. Rien n'empêche en théorie un recensement général des opinions. Et les réf érendums ou les élections y parviennent à leur façon. A ceci près qu'on ne peut y recourir à tout moment et à tout propos, ou les multiplier à une semaine d'intervalle pour juger d'une évolution, compte tenu du prix et du sens d'une opération dont la fonction relève de l'action politique plus que de la connaissance pure. Les sondages représentant d'abord et avant tout une méthode `relativement) bon marché d'observation. Mais si la cuillère de soupe est toujours aussi bonne, ou aussi mauvaise, que l'ensemble du potage, c'est que la soupe est sensée être homogène. Le problème se pose lorsqu'il s'agit d'ut ensemble composé d'éléments différents. La bonne mine d'une pomme ne garantit lias la qualité d'un cageot de fruits. Et puisque les individus sont divers et leurs opinions par définition opposées, là non plus tous les échantillons ne pourront être tenus pour représentatifs. Le sondage d'opinion suppose donc la sélection d'un échantillon de personnes qui fournisse une image aussi exacte que possible de la population au sein de laquelle elle a été prélevée. De l à, une première méthode... Celle-ci fut le fruit d'une réflexion sur les jeux de hasard. A l'été 1654, la cour du roi de France trompe l'ennui en jetant les dés. Débats de stra- tégie  : dans l'espoir de gagner quelques pistoles, le chevalier de Méré interpelle Blaise Pascal. Celui-ci réfléchit et écrit au géomètre Pierre de Fermat. Le chevalier de Méré avait eu cent fois le temps de perdre sa partie, mais les deux savants jetaient en échange de lettres les fondements du calcul des probabilités qui serviront quelques siècles plus tard la plupart des disciplines scientifiques, cle la physique quantique à la sociologie. La théorie des échantillons représentatifs n'est qu'un sommaire et tardif sous-produit des calculs de Pascal et de Fermat. Vous jouez à pile ou face avec une pièce de monnaie. Si la pièce n'est pas truquée, le côté pile a autant de chances de sortir que le côté face  : une chance sur deux, ou cinquante chances sur cent. Si vous lancez trois fois la pièce, vous pouvez fort bien obtenir trois faces. Mais si vous répétez l'opération quelques dizaines de fois, vous vous apercevrez que le nombre de `aces sorti tend progressivement à égaler le nombre de piles. Plus le nombre des lancers est grand, plus la proportion des piles ou des faces se rapproche de 50 °J. Même chose aux dés  : au bout d'un moment, le pourcentage de sortie de six ou de tout autre chiffre se stabilise un peu audessus de 16 0/(. Là encore, il y a convergence entre la fréquence d'apparition du six et la probabilité de cette apparition  : le six a une chance sur six de sortir, soit légèrement plus de seize chances sur cent. La probabilité d'un phénomène petit donc toujours expérimentalement et mathématiquement se définir. Après ces exemples monétaires et ludiques, une illustration potagère. Vous mélangez un nombre égal de haricots blancs et de haricots noirs dans tine vase de bonne taille. Si vous en prélevez un au hasard, vous avez cinquante chances sur cent de sortir un haricot noir, puisque noirs et blancs sont en égale quantité. Si vous le mettez de côté et que vous continuez à sortir des haricots un à un, la proportion des haricots noirs parmi l'ensemble des haricots tirés va tendre vers cinquante pour cent, comme lors du jeu de pile ou face. Voici donc une propriété importante  : à partir d'un certain (Suite page 100.)
Kickers for men !



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