Lui n°110 mars 1973
Lui n°110 mars 1973
  • Prix facial : 5 F

  • Parution : n°110 de mars 1973

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 130

  • Taille du fichier PDF : 147 Mo

  • Dans ce numéro : Ibiza, bons baisers d'Ibizance !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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IFOP Les sondages ? Chacun y croit et chacun les condamne, comme ces messieurs qui tonnent contre la pornographie au sortir du bordel... tations qu'elles précèdent, voire même comme leur véritable substitut. En France même, la technique des sondages n'est pas (l'importation récente. L'Institut français d'opinion publique (If op) fut fondé en 1938 par un professeur de psychologie sociale, ancien collaborateur de George Gallup, Jean Stoetzel. Méfiance de l'Université, indifférence des milieux d'affaires et de la quasi-totalité des journaux  : bien sûr, l'aventure fut longtemps difficile et sans gloire au moment où les instituts américains trouvaient une source considérable (l'expérience et de financement dans le marketing commandité par l'industrie. L'If op survit à la guerre, durant la fabrication insolite des sondages clandestins. A la Libération, on s'accroche, et les membres fondateurs doivent comme les autres enquêter, copier des adresses, trier les réponses à la main faute de crédits. La notoriété ne viendra qu'en 1965. pour l'I f op comme pour la Sofres, nouveau concurrent qui se lance à son tour clans l'enquête politique après s'être rôdé dans les études de marché sous l'égide de la Sema. Mais les sondages pré-électoraux de l'If op avaient déjà perçu le flux poujadiste de 1956, les vagues gaullistes de 1958 et 1962. Pour les spécialistes, la rigueur (les calculs de 1965 n'avait rien d'exceptionnel. Depuis il n'est plus de débats ou de personnages politiques de quelque importance qui Ise soient l'objet de sondages, commandés, diffusés et commentés par la presse écrite, la télévision, la radio. Les prix eux-mêmes sont devenus fort accessibles  : à l'Ifop, 2 800 francs pour une question à un échantillon de 2 000 personnes représentatif de la population française, à la Sofres de 1 500 à 2 000 francs pour une question à un échantillon de 1000 personnes ce qui est donné si l'on sait que l'enquête mobilise environ quatre cents interviewers. Avec la collaboration des grands quotidiens. les instituts ont « annoncé » le recul li.(l.r. de 1967, la majorité introuvable de 1968. En 1969, nouveau tapage contre toute attente, les sondages « prévoient » la défaite du général de Gaulle au référendum (lu 27 avril. Ces opérations électorales 96 grand spectacle ont au premier chef contribué à la récente renommée des organismes de sondage quoique cette dif. fusion soudaine et considérable des résultats d'enquêtes s'accompagne d'une ignorance absolue des techniques mises en oeuvre, de leur valeur et de leurs limites. Les succès répétés des sondages pré-électoraux projettent une image totalement mystificatrice du sondage, désormais perçu comme une opération magique qui suscite, au-delà d'un scepticisme mal assuré, des sentiments ambivalents de répulsion et de fascination. Il y a moins de trois mois, le Sénat de la République proposait, avec une surprenante unanimité, d'interdire la diffusion des sondages pendant la durée des campagnes électorales. Heureusement en vain. Mais il exprimait là un sentiment fort répandu. Le café du Commerce, M. Maurice Druon, de l'Académie française, et les gauchistes partagent avec lui cette réprobation  : vrais ou faux, les sondages sont dénoncés comme une manipulation. On n'en conteste guère les résultats, niais le principe même, comme s'ils étaient intrinsèquement pervers, quitte à saluer périodiquement et contradictoirement la performance d'une enquête pré-électorale plus frappante ou d'une estimation au soir d'une élection. Au fond, chacun y croit et chacun les condamne ; on se précipite sur le sondage du matin pour le maudire au dîner de famille comme ces messieurs qui tonnent contre la pornographie au sortir du bordel et recouvrent les oeuvres de Sade (l'une « Imitation de Jésus- Christ ». Stupéfiantes passions que nourrissent d'innocentes statistiques. On magnifie leur puissance dans le même temps qu'on redoute leur nocivité. Faudrait-il interdire à Adam ce fruit de la connaissance ? Le malaise ne se réduit pas aux craintes ou aux interrogations de l'ignorance. Plus profondément. les modes de pensée qui définissent une démarche scientifique et ses applications pratiques contredisent par définition les préceptes de la sagesse commune. L'analyse est en bonne partie valable pour les sciences physiques et biologiques qui accompagnent pourtant depuis deux siècles l'évolution sociale et l'essor industriel  : le succès grandissant de l'astrologie et autres « sciences occultes » en porte témoignage comme une inévitable contrepartie et un exorcisme imaginaire devant la rationalité du savoir. Dans le domaine des sciences humaines, la contradiction, plus récente, est plus vive encore. Que l'homme puisse être l'objet de science dans ses comportements individuels et collectifs, voilà une idée neuve, encore scandaleuse et difficilement acceptée. Les résultats de la pratique scientifique s'opposent aux cadres mentaux les plus profonds par lesquels l'homme se représente son expérience vécue ici la formation et l'affirmation publique d'une opinion personnelle. Autant de têtes, autant d'avis, (lit la robuste sagesse des nations, chacun voit avec ses lunettes et charbonnier est maître chez soi. Le sens commun s'organise autour d'un principe central  : l'irréductibilité de l'individu. Chaque homme est spécifique ; ses actes, ses pensées, ses opinions constituent son bien propre. Tout l'en assure  : sa propre conscience, les enseignements sur le libre-arbitre et le secret de l'isoloir. Le raisonnement s'articule sur une banalité confondante  : « Comment donc pourrait-on savoir ce que pensent ou comment vont voter les Français puisqu'on ne m'a pas consulté ? » M. Maurice Druon. la pompe du style mise à part, s'irritait aussi platement dans le « Monde » du 6 septembre 1972  : « S'il suffit de cent soixante-treize communes pour connaître à 20 h 2 le résultat d'un scrutin qui se clot à 20 heures, pourquoi donc faire voter les autres ? » A croire que M. Druon n'a jamais goûté sa soupe pour en déduire d'une seule cuillère que l'assiette entière manquait encore de sel. Dans une première étape, la sagesse commune récuse donc le sondage. L'attitude s'inverse devant le miracle l'évidente confirmation de la valeur représentative des échantillons. L'incrédulité cède alors la place à une révérence sacrée. Les élections fournissent une démonstration privilégiée  : le dépouillement du scrutin suit de peu la publication dos sondages et permet d'en vérifier la valeur. Lorsqu'un scrutin natio- (Suite page 98.)
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