Lui n°110 mars 1973
Lui n°110 mars 1973
  • Prix facial : 5 F

  • Parution : n°110 de mars 1973

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 130

  • Taille du fichier PDF : 147 Mo

  • Dans ce numéro : Ibiza, bons baisers d'Ibizance !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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EDGAR MORIN « Tout ce que je portais en moi de plus profond ne pouvait qu'être écrabouillé par la vie politique et sociale telle qu'elle est aujourd'hui » pouvoirs, et grâce à celà je reste plus ou moins en contact avec ce que j'appelle la vie. Mais entendons-nous. je suis partagé entre plusieurs choses  : vivre, travailler et nie cultiver. Je me rends compte sans arrêt que si je vis je ne peux ni travailler, c'est-àdire étudier les problèmes qui m'intéressent, ni me cultiver. Si je me cultive, je ne peux pas vivre et je ne peux pas travailler, et si je travaille, je ne peux ni nie cultiver ni vivre. A de rares moments seulement, j'ai l'impression de faire tout cela à la fois mais c'est tout à fait exceptionnel. La plupart du temps, j'ai l'impression que quelque chose nie dévore. Lui l)e votre poste d'observation en marge n'avez-vous pas l'impression d'être un peu voyeur ? Morin Pendant la guerre, lorsque je confondais mon destin personnel à une libération qui portait en elle l'espoir d'un autre monde, (l'une autre société, je n'aurais pas envisagé de gaîté de cour, d'être le type qui contemple, disons de sa berge, de son rocher, le flot tumultueux des choses. Je me voulais dans ce flot-là. Mais, à partir d'un moment, j'ai senti que, vitalement, si je voulais vraiment cet autre monde, cette autre société, il fallait que je m'arrache à ces appareils, à ces réalités politiques et sociales, qui elles-mêmes me rejetaient et me niaient. Si je restais moi-même, elles me détruisaient. Il fallait donc que je me sauve. Et, comme toujours vous savez, les gens qui ne peuvent pas agir sont rejetés vers la réflexion. Et inversement les gens qui ne peuvent pas réfléchir. sont rejetés vers l'action. Il y a un va-et-vient. Les grands hommes politiques sont souvent (les hommes de science ou des écrivains ratés, et inversement. Tout ce que je portais en moi (le plus profond, ne pouvait qu'être écrabouillé par la vie politique et sociale telle qu'elle est aujourd'hui. Lui Qu'est-ce qui intéresse le plus votre réflexion  : vous ou les autres ? Morin je crois que nous portons, tous, comme disait Montaigne, l'humaine condition, je lisais dernièrement dans un texte quelqu'un qui disait « Mais qu'ai-je de commun avec Hitler, avec Mengel, avec tous ces monstres ? » Je crois que nous 6 avons tous en commun quelque chose avec ces monstres, mais aussi avec des saints, avec les héros, avec Gan dhi, avec Jésus, avec Bouddha, avec Assurbannipal... Nous renfermons des virtualités de tout ça, et bien entendu certaines virtualités restent (le purs fantasmes, elles n'existent que dans nos rêves la nuit, refoulées et quelques autres s'expriment. Je suis un microcosme, un mini univers en reflet. D'abord, je suis un microcosme de la culture qui m'a formé et puis au-delà, si je gratte encore plus profond, je suis tin microcosme de tous les êtres humains, comme chacun (l'entre nous. Et pour ma part je n'arrive pas à compartimenter tout cela  : moi et les autres, moi et le monde, moi et la société. Lui Vous tirez tout de même (les lois de cette observation ? Morin Non, parce qu'aujourd'hui, les lois n'ont plus grande importance. La science s'est rendu compte que les lois étaient (les choses trop limitées et trop générales et qu'une partie de la réalité échappe toujours aux lois ; dès qu'on entre dans le profond des choses, on ne peut plus les déterminer, les étiqueter. Cela étant dit, je suis convaincu profondément que les sciences humaines, domaine où je nie meus, n'existent pas encore en tant que sciences. La science c'est quelque chose qui fonctionne certes avec beaucoup d'esprit critique et beaucoup d'imagination niais les savants défendent leurs idées et luttent contre des documents ou (les expériences qui les inquiètent. Lui Alors sur quoi débouchez-vous ? Morin je fais des plongées. Dans le fond, je me suis aperçu que deux choses m'intéressaient  : la première c'est de rattacher n'importe quel fait, n'importe quel élément, n'importe quelle idée, à tout ce qui est lié avec lui. Alors évidemment, je nie rends compte (lue l'individu est rattaché à la société, que la société est rattachée à la vie, que la vie est rattachée au cosmos  : toute une partie de moi cherche don-une théorie générale où l'on cesse de voir les choses compartimentées, découpées avec des frontières hermétiques et où l'on se rend compte des inter-relations. L'autre aspect de moi-même va vers le concret  : il se passe un événement qui peut sembler secondaire, comme par exemple cette histoire microscopique de la rumeur d'Orléans (on disait que des filles disparaissaient dans les sous-sols des magasins d'Orléans, le tout agrémenté de relents antisémites) que j'ai étudiée, il y a maintenant trois ans, oui bien quelque chose comme la grosse explosion rurale et de pêcheurs de Bretagne sous le flux de la civilisation moderne, et j'essaye de voir ce qui se passe, de capter le vécu, l'événement. Je'suis partagé entre (les choses très concrètes, très vécues, événementielles d'un côté et de l'autre des choses très générales et théoriques. Alors j'essaye de faire la navette entre les deux. J'aime ces deux extrêmes. Et si gtielgties idées qui semblaient complètement ridicules au moment où je les ai exprimées deviennent des idées admises quelques années après et bien tant mieux... Lui On parle aujourd'hui de « métamorphose explosive de l'humanité » et vous avez écrit  : « Rien n'est tout à fait bouché, rien n'est tout à fait ouvert, une nouvelle aventure est toujours possible... » Morin Oui, ce qui est frappant aujourd'hui, c'est que d'un côté nous assistons à (les processus extrêmement rapides d'évolution niais que stir d'autres plans nous connaissons un ralentissement énorme. Et la crise c'est ça  : vous avez des rouages qui se grippent et qui se bloquent, qui n'évoluent pas et d'autres au contraire qui s'emballent à une allure quasi explosive. Prenez l'LT.r.s.s., cinquante ans après la révolution d'Octobre. C'est une sorte de machine qui semble gelée, n'est-ce pas, où l'évolution est très lente. De nombreux pays, des continents entiers ne bougent pas. En France, où il y a cette crise formidable de l'enseignement. les choses sont retombées et ne bougent plus. Partout, il est frappant de voir le contraste entre l'immobilisation, la stagnation et la rapidité (lu processus historique sur la planète. Lui Mais toute l'évolution, dans le fond, a été liée à des crises, non ? Morin On petit dire que l'homme est un animal en crise qui porte en lui sa propre contradiction permanente. On peut dire que l'évolution des sociétés doit s'accom- (Suite p<âe 10.)
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