Lui n°110 mars 1973
Lui n°110 mars 1973
  • Prix facial : 5 F

  • Parution : n°110 de mars 1973

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 130

  • Taille du fichier PDF : 147 Mo

  • Dans ce numéro : Ibiza, bons baisers d'Ibizance !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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FITTIPALDI Un sait aujourd'hui que Fittipaldi a pris la couronne mondiale des pilotes à Jackie Stewart en tirant parti d'une innovation technique meurtrière ou comme un pilote de Boei,og. Mais à cette différence essentielle que le champion (lu « quatre roues » est un homme seul. La séance d'essais du Grand Prix d'Italie commençait dans cette fièvre et cette excitation qu'on ne rencontre qu'à Monza. Des milliers de fanatiques étaient venus, en longues colonnes motorisées, vers l'autodrome. La consonnance transalpine du none de Fittipaldi intriguait tout un peuple, en quête d'idoles à chérir. Avant le rendez-vous de Monza, on se souvenait avoir vu Emerson Fittipaldi au départ de trois Grands Prix, en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Autriche. Sa réputation l'avait précédé. Il lui incombait désormais (le se préserver des assauts enthousiastes d'une foule résolue à adopter comme l'un des siens ce Brésilien au regard de feu. Pendant ces secondes capitales où les moteurs commencent à rugir dans une odeur d'huile de ricin, Emerson Fittipaldi, vingt-trois ans, se concentrait sur les ultimes recommandations que lui glissait à l'oreille Colin Chapman, l'étonnant sosie de'David Niven. Un génial constructeur à qui l'on doit en particulier la découverte de l'inégalable Jim Clark. Quand la Lotus verte de Fittipaldi démarra sur le bitume brûlant, Colin Chapman croyait avoir tout dit, tout prévu. Mais quelques minutes plus tard, c'est le drame. Emerson Fittipaldi, alors dans le sillage de la Ferrari rutilante d'Ignazio Giunti, apprécie mal une distance dans la courbe dite de la « Parabolica ». Il doit freiner avec l'énergie du désespoir. Ses roues se bloquent. La voiture voltige dans le sable, sort de la piste et s'écrase dans un vacarme de tôles froissées. On redoute le pire. Mais Fittipaldi émerge de l'amas de ferrailles en titubant. Indemne, miraculeusement indemne. « C'est de ma faute... » dit-il à Chapman, furieux. Jochen Rindt, l'un de ses frères de combat, est anxieux de connaître les raisons de l'accident. Emerson Fittipaldi s'explique de son mieux. C'est une scène étrange, de voir Fittipaldi, parlant beaucoup avec les mains, ses longs cheveux noirs collés par la sueur, le visage empreint d'une gravité inhabituelle, s'efforcer d'analyser le comportement du bolide. Tl marche de long en large dans le petit stand de Lotus. Entre les deux 42 champions, Chapman est là, immobile, promenant sur eux un regard interrogateur. L'autorité naissante de Fittipaldi lui plaît... Vingt-quatre heures plus tard, au volant de la même Lotus 72, sur ce même circuit, dans la sinistre « Parabolica », Jochen Rindt freine à fond avec la même réaction rageuse. L'avant de sa Lotus glisse sous le rail de sécurité avant de rebondir dans l'es airs en une cabriole de désespoir. De la monoplace disloquée, on retire un corps que la mort devait frapper quelques minutes plus tard. Emerson Fittipaldi, témoin atterré, était caché au fond du stand. Ce jour-là, donc, le 4 septembre 1970, Emerson Fittipaldi s'approcha de la mort plus près qu'il ne la frôlera jamais par la suite. Selon une enquête confidentielle, la disparition de Rindt serait attribuable à une défection du système de freinage et à l'allégement, audacieux et coupable, de certaines pièces essentielles de l'avant de la Lotus. A ce degré (le sophistication dans la technologie, la recherche de la perfection se transforme vite en un flirt avec'le crime. Tous les pilotes le savent. Mais ils gardent tous le silence avec le fol espoir d'être assez forts pour braver la Dame-à-la-Faux. Jochen Rindt est mort à vingt-huit ans, dans un défi insensé et magnifique. On sait aujourd'hui, absurde paradoxe, qu'Emerson Fittipaldi a pris la couronne mondiale des pilotes à « l'intouchable » Jackie Stewart en tirant le parti maximal d'une innovation technique meurtrière (des freins avant incorporés à l'intérieur du châssis) qui glace d'ef f roi plusieurs concepteurs des monoplaces de la Formule I. En réduisant au minimum la marge de sécurité, Colin Chapman augmentait le potentiel de ses Lotus de rêve. Il y perdit un Jochen Rindt au faîte de la gloire (champion du monde à titre posthume, couronnement bnique dans l'histoire du sport universel), mais y gagna aussi un autre champion  : Emerson Fittipaldi, pilote dont l'ascension fulgurante reste un record et un modèle du genre. Dans un sport qui exige tant des machines, des hommes et de la chance, nul ne peut prétendre s'appuyer inconsidérément sur le comportement du voisin. Au volant (le son squale de métal, un seigneur de la vitesse est un homme seul. Un homme qui a l'orgueil de croire tout commander, alors qu'il n'est que le jouet de la destinée. Tout s'est passé dans la carrière d'Emerson Fittipaldi comme si la bonne étoile qui veillait sur lui clans l'étuve del Monza ne l'avait jamais abandonné de ses débuts à l'apothéose. « Si je pensais à ce qui risque de casser dans'la multitude des pièces qui constituent une voiture, je tremblerais de peur, je n'arriverais jamais à me sangler dans mon cockpit et je serais paralysé à la simple idée de mettre le, contact. Les défaillances mécaniques représentent l'inconnue de la compétition automobile. Tout le reste appartient au pilote et, au fond, ce n'est pas grand-chose... » A froid, Emerson Fittipaldi ressemble à tous ses -pairs de la vitesse. Les aléas de son métier, il les évoque avec lucidité et réalisme. Mais il ne faut pas lui en demander plus. Il court parce qu'il aime la vie. Pour lui comme pour un Stewart, un Beltoise, un Graham Hill, un François Cevert, un Ickx. ou un Hulme, la mort à 300 km/h n'est qu'une péripétie qu'on refuse d'envisager. En n'y pensant pas ; on en repousse l'amer sortilège. En outre, on préserve sa joie de vivre. Car comment profiter autrement de l'existence, à vingt-cinq ans (c'est le plus jeune champion du monde de tous les temps) en se complaisant dans des réflexions morbides ? Fittipaldi a tracé'son chemin chez les « seigneurs » du Nurburgring, de Monza, de Watkins Glen, de Brands Hatch, bref de tous ces hauts lieux où s'écrit l'épopée de la vitesse, avec le même enthousiasme qu'enfant il s'adonnait au karting dans les rues ensoleillées de Sao Paulo. Depuis le grandiose Juan Manuel Fangio, on sait qu'il n'est pas indispensable de naître dans un pays fortement industrialisé et producteur d'automobiles pour être le meilleur conducteur du monde. En la matière, l'environnement n'a rien à voir avec le talent et les dons innés. Il s'est tout simplement trouvé qu'un certain M. Wilson Fittipaldi, fils d'un modeste émigrant venu de Calabre. possédait un petit commerce d'accessoires automobiles à Sao Paulo... Pour ses quinze ans, Emerson (Suite p.44.)
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