Lui n°109 février 1973
Lui n°109 février 1973
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°109 de février 1973

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 114

  • Taille du fichier PDF : 106 Mo

  • Dans ce numéro : interview exclusive de Juan Peron.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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JUAN PERON J'ai souvent pensé à de Gaulle. J'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour lui. Je pensais que, comme lui, je reviendrais au pouvoir... ont permis de revenir en Argentine Peron Cela s'est fait en quatre étapes, depuis que le général Lanusse est au pouvoir. La première fois, il m'a envoyé le colonel Conticelli, sous-secrétaire à la présidence de la République. J'ai dit au colonel Conticelli  : « Avec Lanusse et ses amis, il est impossible de s'entendre. Lanusse doit se contenter d'organiser des élections libres, propres, sans pressions. » Nous en sommes restés là. La deuxième mission fut remplie par l'ambassadeur d'Argentine à Madrid, le général de brigade Roja Silveira. Le résultat fut le même. Ma position n'avait pas varié d'un iota. Le général Lanusse choisit, pour prendre le troisième contact, l'un de ses amis péroniste. je lui ai demandé de retourner à Buenos Aires et de dire à ceux qui l'avaient envoyé (lue toute décision devait être prise par le peuple. Et que je ne me plierais qu'au verdict populaire. J'ai également ajouté que le général Lanusse ferait bien (l'économiser l'argent de l'Etat, cet argent si longtemps dépensé en missions inutiles. Ensuite, Lanusse me lança un défi, à peine déguisé, en ces termes  : « Revenez d'abord, on parlera après. Il y aura (les élections en mars 1973. » En fait, c'était ce que je voulais. Je rentre en Argentine. Lanusse affirme qu'il n'a pas besoin de moi pour l'emporter aux prochaines élections. Moi, je veux bien. Mais pourquoi a-t-il pris toutes ces mesures en nia faveur ? Il petit (lire ce qu'il veut. Seuls comptent les actes. Et les actes prouvent qu'il souhaite mon retour pour ménager une issue démocratique. Car, j'en suis persuadé, Lanusse a autant de chances d'être élu président constitutionnel de la République argentine que moi de devenir roi d'Angleterre. Lui En quittant Buenos Aires, il y a dix-sept ans, pensiez-vous revenir un jour en Argentine ? Peron l'ai toujours su que je reviendrais. Pourtant, durant les premiers mois et même les premières années, après que certains militaires m'aient « fichu à la porte », j'ai eu quelques doutes. On m'accusait alors (le tous les crimes. j'avais volé, j'avais tué. J'étais l'infâme dictateur. On a même affirmé que j'avais détourné de toutes jeunes filles. Ma résidence privée (l'Olivos, à Buenos Aires, a été incen- 6 (liée. Les hommes au pouvoir avaient même fait dynamiter ma statue pour être bien sûrs qu'on ne la retrouverait plus. Sans parler de mes bustes qu'on s'était dépêché (l'enlever à la Casa Rosada, siège du gouvernement, comme cela se pratique couramment lorsqu'un régime change. A ce moment-là, j'ai douté. Je nie suis dit que si toutes ces accusations avaient prise stir le peuple argentin, c'en était fini. Puis, au fil des années, les désordres augmentant, les preuves d'affection se sont faites plus nombreuses. Les « justicialistes », c'est-à-dire les gens de notre mouvement, le peuple lui-même, se sont tournés à nouveau vers moi. Alors, je me suis dit que c'était gagné. _J'ai pensé que la seule épreuve qu'il me restait à traverser, c'était l'âge, et que si. au moment où on ferait appel à moi, j'étais en mesure de répondre, il n'y aurait plus aucun problème. Vous savez, j'ai souvent pensé au général de Gaulle, pendant mon exil. J'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour lui. Je nie suis dit que peut-être un jour, comme cela s'est passé en France, les Argentins feraient de nouveau appel à moi. Lui Mais le général de Gaulle est parti (le lui-même. Il n'était pas en exil et il vivait toujours en France... Peron je sais. Et on ne lui avait pas fait porter le poids de tous les péchés de la terre. Mais comme j'admire de Gaulle, je pensais seulement que, tout comme lui, je reviendrais un jour au pouvoir. Lui Comment avez-vous supporté toutes ces années d'exil ? Peron Je n'étais pas complètement isolé. Dans ma villa située dans la périphérie de Madrid, que j'avais baptisée « 17 octobre » en souvenir du jour où je devins président d'Argentine, j'ai toujours gardé tin étroit contact avec mes'amis des syndicats argentins. C'est d'ailleurs clans cette maison que repose le corps de ma première femme, Eva... Cela n'a pas été drôle tous les jours. Lui Vous avez parlé de vider les prisons d'Argentine. Ce sont vos amis (ltii y sont. Ne les rempliriez-vous pas ensuite avec vos adversaires ? Peron je ne veux pas « régler des comptes ». A soixante-dix-sept ans. j'ai tout juste le temps (le faire revivre le pays, en admettant que je réus- sisse ! Si je mets cinq ans pour réparer dix-sept ans d'erreurs, j'aurais quatre-vingt-deux ans. Croyez-vous que j'aie le temps de créer la discorde ? De me venger ? Ma plus grande victoire, je la tiens déjà. Il y a dixsept ans, on m'a chassé de mon pays comme un malpropre. Je n'avais plus de passeport. J'étais dégradé, rayé des cadres de l'armée. Maintenant, on m'a rendu néon passeport, on m'a réintégré dans l'armée, avec effet rétroactif à partir du jour où l'on m'a rayé. Le gouvernement actuel ne m'appelle plus « le dictateur en fuite », mais l' « exprésident ». ()liant au peuple argentin, il m'attend. Que puis-je demander de plus ? Ne croyez-vous pas que ceux qui m'ont chassé, et qui vivent toujours, ne sont pas assez punis en me voyant revenir ? Croyez-moi, quand on vieillit, on acquiert une sorte de sérénité, et même une philosophie, qui ne viennent qu'avec l'âge. Lui I] y a de fortes chances pour que votre retour déclenche une guerre civile entre l'armée et les syndicats qui vous soutiennent... Peron Non. Pour plusieurs raisons. D'abord, parce que si l'armée avait voulu réagir contre mon retour, elle l'aurait déjà fait. Je ne dis pas que l'armée toute entière m'est favorable. Mais je dis que l'armée est entre les mains d'une « camarille », d'une « coterie ». Certains de ses chefs ne m'aiment pas. C'est sûr. La deuxième raison, c'est que l'armée n'a pas été consultée. Or, vous savez que l'armée, en général, n'aime pas être du côté des perdants. Il en est ainsi dans tous les pays du monde. C'est pourquoi il nie fallait franchir un cap. Je l'ai franchi. Il s'agit maintenant pour l'armée, (l'être du côté du vainqueur. Le tout est (le savoir si les chefs actuels de l'armée, cette junte qui dirige l'Argentine, ont vraiment compris la mentalité de l'armée ! La troisième raison de nia confiance réside dans le fait que l'armée est au pouvoir, en Argentine, depuis des années. Or la situation politique, comme économique, est allée en empirant. Vous comprenez, je n'ai pas provoqué cette situation catastrophique par mon retour, mais au contraire, celui-ci est la conséquence de l'état dans lequel se trouve l'Argentine. Enfin, je suis confiant (Suite p.8.
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