Lui n°108 janvier 1973
Lui n°108 janvier 1973
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°108 de janvier 1973

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 114

  • Taille du fichier PDF : 106 Mo

  • Dans ce numéro : numéro spécial Catherine Deneuve.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CRUMB Chez Crumb, l'invention est prodigieuse, la vulgarité se marie à la malice, la pornographie à la fraîcheur. (Suite de la page 86.) de vieux bébés à cigare, de policiers cruels, d'hommes d'affaires guindés, d'irrécupérables déchets des drogues dures... Angelfood McSpade, la vilaine négresse aux appétits sauvages, embrase la sexualité refoulée des sinistres Blancs tandis qu'un couple de rencontre, Projunior à l'oeil noir et Honey Bunch la petite fugueuse pratiquent l'érotisme le plus troublant et le plus touchant du monde. Il y a cependant quelques incidents, singulièrement celui de Joe Blow. Dans cette bande de Crumb, une famille américaine stéréotypée pratique l'inceste avec une bonne humeur à faire frémir l'ethnologue le plus impassible. Ce coup-là, la justice frappe dur. Crumbraconte  : « Cette bande a été la plus lourdement condamnée de toutes à cause du tabou de l'inceste. C'est d'ailleurs un tabou que je respecte et je ne pense pas que l'inceste doive être encouragé. Mais les juges étaient complètement « parano »  : ils ont cru que joe Blow relevait d'une sorte de complot communiste destiné à briser le code génétique des Etats- Unis. » - « Que vouliez-vous démontrer, alors ? » - « Je ne sais pas. Je faisais simplement le con... » L'invention est partout prodigieuse, la vulgarité se marie à la malice, la pornographie à la fraîcheur. Crumbest l'un des rares dessinateurs contemporains dont les histoires tiennent toujours debout, ou ne tiennent pas du. tout ce qui est plus difficil-'encore. On y trouve tous les genres  : (le la scènette faussement enfantine oû les petites filles désobéissantes mettent leur doigt dans le nez de leurs amis - Wow ! C'est si bon ! » au réalisme tragique de cette nana si laide et si seule qui se masturbe à l'écoute (le ses fantasmes les plus profonds. Le trait est parodique jusque dans son épaisseur, si gras et si trivial qu'il en devient saisissant, à moins qu'il ne s'affine dans les détails et les visages expressifs des animaux de Fritz le Chat, ou qu'il ne tremble dans cette légère confusion (lue aux substances californiennes. Ici l'humour se nourrit (le la reconstitution (le l'univers dérisoire des familles heureuses, reflet grinçant des années cinquante, des 88 mièvreries détournées d'un Walt Disney trop propre pour être honnête  : 1 i i il éclate de vérité crue, les désirs et les gestes secrets jetés à la face du public, ailleurs il plonge dans le vocabulaire de la « défonce », encore intraduisible faute d'un argot correspondant. En singeant les attitudes de l'Amérique conservatrice ou de son envers la pop-culture, les comix profitent à l'évidence du déclin du roman et suppléent à ses défaillances dans mi rôle de commentaire et de critique sociale. Crumbintroduit « l'art merdeux » dans l'Olympe culturelle ; finalement, il le rend respectable jusque par ses adversaires épouvantés. Quelques écrivains en sont à jamais ridicules  : les dialogues s'imposent comme des chefs-d'oeuvre dans leurs réparties, leurs calembours, leurs citations pira - tées, leurs alitérations. C'est toute une philosophie  : une immense distance vis-à-vis de la société bien sûr, niais aussi une méfiance fraternelle envers les militants, les systèmes. les mystiques, les libérateurs engoncés dans leur bonne conscience. Le texte d'une des bandes les plus fameuses, « C'est vraiment dommage » est un condensé de cette anti-doctrine. Encore faudrait-il ne pas le prendre tout à fait au sérieux. « C'est vraiment dommage..., oui, c'est vraiment dommage la façon dont les. choses tournent... Ç'aurait pu être tellement bien... Mais enfin  : lisez et lamentez-vous. Voyons un peu ce monde moderne... Il n'est pas très marrant niais il est efficace... Il est un peu névrosé... Mais pourquoi s'en faire ? Organisez des boums... La mission historique du luiti) cn-prolétariat est-elle mal barrée ? L'avenir seul le dira... Peut-être... peut-être que ces temps sont les derniers. Il faut continuer le petit traintrain quotidien... Que ce soit le capitalisme  : « Signez là ! » Le communisme.., Ou n'importe quel système ou système... Dans les rues des grandes villes, des millions de consommateufflouflent derrière leurs besoins... Ils sont si nombreux qu'ils couvrent la terre comme des sauterelles... Ils cherchent la paix en se foutant sur la gueule... Des millions de morts pour chaque bonne cause... Ils croient que cela les délivrera (le l'angoisse et de l'ennui de la réalité quotidienne, ils croient que la guerre les délivrera du désespoir... Ah ! Mais la population double, triple jus qu'à qu'on ne puisse plus respirer... Plus ils sont nombreux, plus ils sont seuls... L'expérience est remplacée par les fantasmes, l'individu est frustré par ses désirs insatisfaits... Des saints nous montrent la voie  : on les jette dehors... Dans son jeune âge, l'homme est plein d'espoir et d'optimisme... A sa maturité, il commence à regarder en face les dures réalités de l'existence. Il finit vieux, aigri, plein de regrets et de rêves manqués, le destin lui a volé cette vie qui l'emmène à la mort... L'homme s'est toujours demandé pourquoi. Depuis dix mille ans, il a prié de dix mille manières différentes... L'homme est assez intelligent pour détruire la planète et trop bête pour vivre sa vie... Tout bien réfléchi, la seule solution reste de s'asseoir et de ne rien faire... » Ne rien faire  : c'est la dernière image d'un gros homme rose et nu, nez volumineux et crâne minuscule, les nains sur les cuisses dans une attitude de méditation creuse au milieu des grands arbres. Tel est peut-être aussi, au spectacle du monde, le rêve profond de Robert Crumb, le dessinateur le plus infatigable et le plus prolifique de sa génération. Voilà pourquoi après avoir erré clans les villes américaines et couvert des carnets de croquis, il se terre périodiquement dans une ferme écartée avec son encre de chine, ses 78 tours, ses poules et sa chèvre. Pourquoi après avoir laissé échapper un oui réticent à Bakshi, le réalisateur qui allait tourner « Fritz le Chat », il a ensuite regretté son accord et insisté pour retirer son nom d'une production dont il ne voulait plus rien savoir. Il (lit à propos du film  : « Plus il y a d'argent en jeu, plus il y a de chances de corruption. D'une manière ou d'une autre, tous ces mecs finissent par vous enculer. » Puis, se (Suite page 108.)
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