Lui n°108 janvier 1973
Lui n°108 janvier 1973
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°108 de janvier 1973

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 114

  • Taille du fichier PDF : 106 Mo

  • Dans ce numéro : numéro spécial Catherine Deneuve.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CES AFFREUX GONCOURT Le prix Goncourt est rarement donné à un livre coûtant moins de 30 francs pour que les libraires gagnent un maximum d'argent. (Suite de la page 74) de « Batouala » de René Maran. En 1926, ayant choisir entre « Moravagine » de Cendrars, « Colline » de Giono, « Sous le soleil de Satan » de Bernanos et « Bella » de Giraudoux, l'Académie couronna finalement « Le Suplice de Phèdre » de Henry Deberly. En 1932, elle préféra « Les Loups » de Guy Mazeline au « Voyage au bout de la nuit », de Céline. I_.e palmarès de l'Académie rassemble ainsi les noms les plus prestigieux de la littérature contemporaine  : John- Antoine Nau, Emile Moselly, Francis de Miomandre, Marius-Ary Leblond, André Savignon, Adrien Bertrand, Henri Malherbe, Ernest Pérochon, Lucien Fabre, Thierry Sandre, Maurice Constantin-Weyer, Henri Fauconnier, Jeau Fayard, Henri Pourrat, Marius Grout, Francis Aml)rière, Paul Colin, Francis Walter et Charles Plisnier ! Certes, l'académie Goncourt se « trompa » par trois fois en donnant la palme à Henri Barbusse, Marcel Proust et André Malraux, mais elle eut le bon goût d'ignorer Jean Cocteau, Jacques Perret, Roger Nimier, Marguerite Yourcenar, Julien Green, Jacques Chardonne et Bernard Franck ! Avec beaucoup d'intelligence, elle a souvent facilité la carrière des romans populaires ou « fleuves », qui, en fait, n'avaient pas besoin de ses soins pour s'imposer au public. Roger\Tercel, Joseph Peyré, Maxence Van der Meersch, Philippe Hériat ou Maurice Druon étaient assurés (l'un énorme tirage, et ce fut le mérite de l'Académie de n'avoir pas empêché celui-ci. En revanche, il lui arriva de décerner le prix à des concurrents qui, comme Paul Colin et Francis Walter, s'avérèrent par la suite incapables d'écrire une ligne. Cela n'a rien de navrant en soi, mais les éditeurs ne sont pas de cet avis. Un « Goncourt » doit pondre rapidement un autre livre pour bénéficier de l'acquis publicitaire préalable. Au pire, si l'auteur est un peu oublié de la clientèle, on mettra une bande sur l'ouvrage rappelant  : « Par le dernier (ou l'avant-dernier) Prix Goncourt. » Pour éviter ce risque de stérilité, le jury s'est habitué depuis quelques années à féliciter les écrivains confirmés, au lieu de jouer 82 sur de nouveaux auteurs dont l'avenir est hypothétique. Simone de Beauvoir, Roger Vailland, Armand Lanoux et Félicien Marceau ont reçu la palme après.avoir déjà publié une longue suite d'ouvrages de réputation souvent mondiale. On ne saurait certainement pas reprocher à l'académie Goncourt de se prendre parfois pour l'académie Nobel ! Trêve d'ironie et soyons gentils avec ces infortunés jurés ! Le sarcasme est facile, mais leur tâche ne l'est pas quand on sait que la première sélection des éditeurs leur amène plus de trois cents romans à lire. Bien sûr, ils ne les lisent pas, mais tout de même ! Et pourquoi ont-ils cette paresse, nie direz-vous ? Parce que de toute façon, il est entendu que les jurés donneront le prix à l'éditeur qu'ils représentent à l'Académie. Pendant plusieurs années, Gallimard avait la majorité à f l'assemblée et eut ainsi treize fois le prix en vingt ans, laissant de temps à autre le bénéfice à des confrères pour que la combine ne se transformât trop vite en scandale. Un petit prix à Corti, les trois suivants à Gallimard, un petit prix à Albin-Michel, les trois suivants à Gallimard, un petit prix au Seuil, deux autres à Gallimard et l'affaire tournait bien rond comme un mouvement perpétuel. Hélas, les civilisations sont mortelles et, à la suite du départ d'Aragon, le vieux Gaston perdit cette majorité que lui disputent maintenant à part égale Bernard Grasset, représenté par Armand I-anoux, Hervé Bazin et Françoise Mallet-jorris  : Edmonde Charles-Roux et Jacques Laurent en ont été les premiers bénéficiaires, tandis que Robert Sabatier veille aux intérêts d'Albin-Michel, et Bernard Clavel à ceux de Robert Laffont. billiard s'est peu à peu retiré (le la compétition après en avoir été au cours des années cinquante un des grands copropriétaires avec Gallimard. Seuls les écrivains publiés par les maisons suscitées et sauf exception relevant d'une manoeuvre extra-terrestre peuvent donc espérer avoir ce fameux prix qui rapporte une moyenne d'un million de francs en droits d'auteur. Pourtant, me direz-vous, le jury a décerné cette année son prix à jean Carrière (« L'Epervier de Maheux ») , publié par Jean-Jacques Pauvert qui depuis vingt ans est l'éditeur le plus libre et le moins conformiste de l'aris ! Les jurés, comme des élèves polissons auraient-ils fait un pied-denez à leurs employeurs ? Ce n'est pas impossible, mais s'ils ont honoré Pauvert, c'est peut-être aussi parce que le malheureux a précisément perdu sa liberté  : après de multiples faillites, ean-Jacques Pauvert a été racheté par le trust Hachette (le « Goncourt » comblera l'énorme déficit !). Cette petite concentration capitaliste a une conséquence particulièrement dramatique pour les petites maisons d'éditions  : aucun romancier de talent ne leur propose plus jamais de livres, et leurs affaires périclitent progressivement. Pour les autres, le Prix Goncourt est la fortune (le l'année. Il assure une vente minimum de 250 000 exemplaires en trois mois, et un chiffre d'affaires de sept millions de nouveaux francs, le prix étant rarement donné à un livre coûtant moins de trente francs pour que les libraires gagnent un maximum d'argent. Les Français ayant un budget bibliothèque moyen de 100 francs par an, il engloutit donc à lui seul le tiers des fantaisies littéraires de la population ! Ce phénomène est unique au monde  : dans aucun autre pays, la clientèle ne se soumet à un tel dirigisme culturel. En France, « le Goncourt » est devenu l'achat habituel de décembre, comme le muguet du ler mai, et solutionne souvent l'angoissant problème du cadeau de Noël. « Qu'est-ce qu'on pourrait bien offrir à tante Yvonne ? » « Donnonslui « le Goncourt », ça lui fera toujours plaisir ! » C'est ainsi qu'en 1070, venant de plusieurs cousins de province, j'ai reçu six fois « Le Roi (les Aulnes », de Michel Tournier. Dans leurs tombes du cimetière Montmartre, Jules et Edmond, dont les oeuvres n'ont, de leur vivant, jamais atteint un tirage de deux mille exemplaires, doivent en perdre le sommeil éternel. A moins qu'ils estiment leur institution bénéfique à la vie littéraire... D'ailleurs, le sort s'acharne à les rendre bienveillants  : leur maison de Champrosay abrite maintenant une oeuvre qui s'occupe des ecclésiastiques névrosés ! Jean Curtelin.
Hier la publicité faisait vendre. Aujourd'hui, c'est elle qu'on achète. Consacrée pop'art de notre époque, elle entre dans les salons pour mieux s'afficher. Voici, sélectionnés par Lui au bazar de la 0 uux dans le vent de l'hyperr



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