Lui n°108 janvier 1973
Lui n°108 janvier 1973
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°108 de janvier 1973

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 114

  • Taille du fichier PDF : 106 Mo

  • Dans ce numéro : numéro spécial Catherine Deneuve.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CES AFFREUX GONCOURT La lecture du " Journal " des frères Goncourt est indispensable à qui veut analyser l'admirable bêtise de la fin du 19e siècle n'avaient impressionné ni le public ni les critiques, que l'on appelait encore des « feuilletonnistes ». Les Goncourt furent deux auteurs médiocrement estimés, à peine lus et rageurs du peu de cas que l'on fit d'eux. Alors, admirant « cette vieillesse de certains vieillards qui ressemble à l'enfance de l'immortalité », Edmond (jules mourut fou en 1870) s'accrocha sur le tard à la seule espérance des ratés  : arracher à la postérité la gloire que son époque lui avait refusée. Imaginer que l'avenir rendra meilleure justice que le présent revient à supposer que les hommes de demain seront moins crétins que ceux d'aujourd'hui. Edmond était trop misanthrope pour supposer pareille évolution, et ne prit pas le risque de confier sa survie à la seule littérature. Jaloux de l'éternelle réputation de Richelieu qui avait fondé l'Académie des Immortels, il créa en 1896 une Académie de son nom, destinée à primer chaque année le « meilleur volume d'imagination en prose » récemment paru. La plus joyeuse bouffonnerie du siècle était née, qui allait rapidement, par le succès de ce prix annuel, tournebouler l'économie de l'édition française tout entière. Les quarante Académiciens Français avaient de l'esprit comme quatre ; les dix Goncourt en auront comme personne. Le hargneux Edmond, en fin de carrière, s'est avéré un subtil humoriste en réussissant ce canular d'envergure allaisienne. Ce n'était pourtant pas l'humour qui avait inspiré jusqu'alors nos deux compères dont l'existence, d'après ce qu'on lit dans le « Journal », fut plutôt maussade. Jouissant des rentes (suffisantes) d'une aristocratie lointaine, ils menèrent la vie de cloportes de ces personnages de Labiche qui puent l'édredon et le bonnet de nuit  : un petit équipage, un hôtel à Auteuil, une maison (le campagne à Champrosay. Célibataires, ils cohabitèrent continuement, ne connurent jamais le moindre amour et leur vie sexuelle se limita aux putains des bordels et aux actrices de second rang. Ils ne voyagèrent jamais, tournant en rond dans Paris où ils avaient leurs médiocres habitudes. Comme ils étaient hommes de lettres, ils ne fréquentaient que des hommes de lettres, leur ajoutant 72 quelques peintres car ils avaient aussi le goût de la brocante et de la peinture sur laquelle ils portèrent des jugements régulièrement ridicules, estimant du génie à Gavarni pendant qu'ils traînaient dans la boue Moreau et Gustave Doré ! Un seul rayon J de soleil dans cette cave  : ils éprouvèrent une réelle amitié pour Daudet et Flaubert dont par ailleurs, ils ne comprirent pas qu'il pût, avec « Bouvard et Pécuchet », s'intéresser à des personnages qui leur ressemblaient tellement. Vaniteux de nature, leur insuccès et surtout le succès des autres (leur haine (le Zola grandit à la mesure de celui-ci) transforma leurs vies en cauchemar et en fit les parangons de l'aigreur. Crispés dans l'indifférence générale, ils jetèrent du vitriol sur la gloire des confrères qui échappèrent rarement au jeu de massacre. Catulle-Mendès ? La tête d'un Christ qui aurait une chaude-pisse. Musset ? Le jockey de Lord Byron. Hérédia ? Un nègre qui se voit en cravate blanche ! Avec si peu de considération pour l'espèce humaine, la suffisance fut le seul bien qui leur restât, résumant ainsi la paix de leur conscience  : « Je m'estime très peu quand je me considère et beaucoup quand je nie compare. » Néanmoins, la lecture du « Journal » est indispensable à qui veut analyser l'admirable bêtise de la fin du X I X'siècle, qui n'a pas d'égal dans toute l'Histoire. Et sur ce plan-là, ces braves Goncourt sont les plus forts ! Si Montaigne portait en lui « la forme entière de l'humaine condition », ils furent chargés viscéralement de toute la bêtise de leur temps, bêtise dont ils furent les chantres ! On doutait de leur titre nobilier ? Procès ! On donnait la Légion d'Honneur à un épicier ? Ils écrivaient  : « Monsieur le Chancelier, je lis dans la liste des nombreuses nominations dans la légion d'honneur publiée ces jours-ci  : « M. Pierre Durand, fruits confits. » je trouve a mon sens que la fabrication des livres et des fruits confits mérite, de la part d'un gouvernement, des récompenses différentes, et j'ai l'honneur de vous envoyer ma démission de la Légion d'honneur, en vous priant de bien vouloir désormais nie rayer des cadres. » (1889). En un mot, les Goncourt furent deux vieux cons rétrogrades, misogynes, racistes, antisémites et antisociaux qui, comme Goethe, préféraient l'injustice au désordre, et vouaient une solide admiration à Drumont, dont ils jugeaient les idées « tempérées », à Louis Veuillot, à Thiers (qui avait exterminé les Communards) et à Déroulède dont ils appréciaient le goût de grandeur tout en déplorant cependant son intense nervosité ! A titre d'exemples, ce bref échantillonnage de leurs réflexions témoignera de leur philosophie, dédié ici à certains de leurs héritiers reconnaissants qui, n'en doutons pas, seront fiers d'appartenir à cette famille spirituelle. Mesdames Béatrice Beck, Simone de Beauvoir, Anna Langfus, Edmonde Charles- Roux, Françoise Mallet- Jorris et leurs lectrices apprécieront le féminisme des deux lascars qui, dans leurs bons jours appelaient les dames des « tétonnières » et dans leurs mauvais, c des alambics à merde et à urine », « remerciant Dieu d'avoir donné aux organes génitaux de la femme l'odeur qu'Il donne à la crevette huit jours après sa mort. » « Dieu, dans sa bonté, aurait bien dû accorder à la femme des excréments ressemblant à du crottin ou à de la bouse de vache ou même, s'il avait été, lors de la création de la femme, dans ses bons jours, des excréments semblables aux crottes musquées de la gazelle, et non du caca d'homme. j'avoue que la pensée de trouver une faiseuse de merde chez la créatureange a toujours refroidi nies exaltations sentimentalo-amoureuses. » (17 septembre 1894.) « La femme est le dissolvant qui défait le caractère et l'honorabilité de l'homme. Elle est la conseillère qui pousse à toutes les lâchetés, à toutes les transactions de conscience, à tous les abaissements, à toutes les platitudes. » (1er mai 1864.) « J'ai reçu enfin hier la fameuse lettre d' « anathémisation » des femmes de la « Ligue d'émancipation », lettre signée de Mme Potonié ! La lettre est polie, et je ne réponds pas, parce que si je répondais, je dirais crûment être persuadé que, si on avait fait l'autopsie des femmes ayant un talent original.comme Mme Sand, (Suite page 74.)
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