Lui n°108 janvier 1973
Lui n°108 janvier 1973
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°108 de janvier 1973

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 114

  • Taille du fichier PDF : 106 Mo

  • Dans ce numéro : numéro spécial Catherine Deneuve.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARANDA " J'ai joué deux ou trois fois à la Bourse de Tokyo, mais c'est trop loin et trop dangereux... " la mort. Les facteurs psychologiques sont très importants. Quand un grand savant, un prix Nobel, par exemple, entre dans une firme, l'action monte en flèche. Mais quand un avion U.s. s'est écrasé en territoire chinois, tout Wall Street a chuté lourdement. En France, on est évidemment à l'abri de ce genre de choses. Dans les années 1960, la Bourse américaine présentait une difficulté supplémentaire  : la folie du conglomérat, c'est-à-dire (les sociétés diversifiées, comme laL.t.v., qui englobe des activités pharmaceutiques et alimentaires, des usines à traiter la viande, des fabriques de machines et la construction de l'avion Corsair. Par prudence, les firmes elles-mêmes se diversifiaient, ce qui rendait presque impossible la prévision de leurs bénéfices. Mais, depuis deux ans, le mouvement fait marche arrière, car on risque d'être incompétent à vouloir trop en faire, comme l'ont constaté, à leurs dépens, plusieurs promoteurs de conglomérats. Une autre Bourse passionnante est celle (le Francfort. Cette fois, on chasse le bison. une grosse bête lourde, solide et qu'on voit venir. Un bison n'est peut-être pas très malin, mais ce n'est pas vicieux. On ferme les yeux quelques secondes, on les ouvre. Il est toujours là. Personnellement, j'aime beaucoup cet animal. La qualité de la Bourse de Francfort est liée à celle des firmes allemandes  : des entreprises comme Siemens ou A.e.g. emploient plus de 200 000 ouvriers. C'est très robuste, et les bénéfices sont gros. Dans la chimie, il faut citer Bayer, B.a.s.f., Hoescht qui comptent plus de 100 000 employés. La société B.a.s.f. est particulièrement remarquable  : elle possède à Ludwigshafen la plus grosse usine (50 000 ouvriers) d'un seul tenant de la planète. Tout est rationalisé, la productivité est extraordinaire, les profits énormes et faciles à prévoir. Mais les autres secteurs sont aussi solides, à cause de la qualité des techniques allemandes. C'est une grande sécurité pour les porteurs d'actions. De plus, les Bourses germaniques, car il en existe ailleurs qu'à Francfort, sont étroite-. ment contrôlées par les grandes banques, pour freiner la spéculation. Aussi, les dents de scie de Francfort 30 ne présentent guère de dangers. Il est rare qu'une action y perde en une semaine 10% de sa valeur, alors qu'à Wall Street, des baisses bien plus importantes sont fréquentes, en l'espace d'une seule nuit. Devant des forêts si riches, la Bourse de Paris est une garenne à lapins. On y trouve de bons civets, qui réjouissent le père de famille. Mais le chasseur de fauves ne s'en satisfait pas. Le marché est très étroit, les transactions faibles. Ce n'est pas sans intérêt pour les porteurs de petits portefeuilles. En revanche, celui qui manie de gros capitaux et exécute des opérations importantes finit par se faire du tort à lui-même  : en voulant vendre 1000 à 3 000 titres, on ne peut trouver toujours une contrepartie, même si la situation des actions est saine, et on déclenche une baisse artificielle. Ce danger n'existe pas à Wall Street où les transactions portent sur des millions de valeurs. On rencontre à Paris un inconvénient encore plus important  : le marché, comme toute l'économie française, est étroitement tenu en main par les pouvoirs publics. Un petit nombre de grands investisseurs tiennent le haut du pavé  : ce sont la Caisse des dépôts et consignations et les banques nationalisées qui, de temps en temps, régularisent la conjoncture. Ce n'est un secret pour personne qu'une main collective rafle parfois tout le marché pour faire monter les cours, lorsque le gouvernement veut montrer la confiance que les milieux financiers portent à sa politique. Les dés sont donc plus ou moins pipés, à peu de frais d'ailleurs, étant donné le faible volume des transactions  : *le marché n'a pas d'ampleur, les dents de scie sont modestes, même sur de larges périodes d'un an. Pendant ce délai, un progrès (le 50% est rarissime, sauf dans un cas exceptionnel.comme lors de l'O.p.a. de B.s.n. sur les actions de Saint-Gobain. Il est chimérique de chercher fortune à Paris. En revanche, le marché offre (les garanties de moralité. Il faut porter à l'actif de la Commission des opérations de Bourse et de la Chambre syndicale des agents de change l'élimination des sociétés fantômes ou des entreprises en faillite. Mais ce terrain sans avenir décourage beaucoup de financiers. Pour ma part, je n'ai jamais placé à Paris que 20%, au plus, d'un capital. La Bourse la plus bizarre du monde est celle de Tokyo. Je suppose que les Japonais y comprennent quelque chose. Pour les autres, toute explication est impossible. C'est la chasse au ouistiti. Le temps de viser, l'animal est parti, saute dans tous les coins, obéissant à des motifs insaisissables. Les actions varient d'une façon extraordinaire, doublent dans la semaine ou chutent de moitié. Aussi, très peu d'étrangers se risquent dans ce Far West plein de périls, avec ses Indiens, ses règlements de comptes, ses attaques de diligence. Je pense que les Japonais ont vu dans leur Bourse une sorte de prolongation des billards de Tokyo, installés par milliers dans les rues, où on risque des billes d'acier pour le seul plaisir d'en gagner d'autres. J'ai joué deux ou trois fois à Tokyo, mais c'est trop loin et trop dangereux. Pour un financier français, c'est à coup sûr, hara-kiri. Il reste tine dernière grande Bourse, celle de Londres. Elle est très importante, assez solide et joue un rôle de premier plan. Mais, à mon avis, elle présente le désavantage de recouvrir une économie de médiocre qualité. Autant les sociétés américaines ou allemandes forcent l'admiration, autant l'analyse amène à douter des vertus de l'industrie britannique, dont la valeur est inférieure à celle de la France. Ces faiblesses paraissent notamment dues à la rigidité du matériel humain, à la sclérose des structures. Evidemment, toutes les grandes banques du monde ont des intérêts à Londres, niais j'ai toujours été personnellement réservé à l'idée d'y placer de l'argent. je crains que jouer à cette bourse soit la chasse au leurre. Vous connaissez désormais vos champs de tir. Sachez maintenant vous servir de votre fusil. Si la qualité indispensable au boursier, la solidité nerveuse, doit lui permettre d'éviter l'affolement devant la baisse, elle ne doit évidemment pas le pousser à se cramponner à un mauvais cheval, à une valeur en chute libre  : au bout du fossé, la culbute. Aussi, la réussite en bourse implique tine autre qualité assez rare  : le courage de tenir ferme parfois seul contre (Suite page 32.)
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