Lui n°107 décembre 1972
Lui n°107 décembre 1972
  • Prix facial : 5 F

  • Parution : n°107 de décembre 1972

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (213 x 268) mm

  • Nombre de pages : 216

  • Taille du fichier PDF : 183 Mo

  • Dans ce numéro : entretien privé avec Jean-Jacques Servan-Schreiber.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LES DINGUES DU GROS CUBE Chez les motards, personne c'est évident, ne se reconnaît frimeur. En revanche, tout le monde s'entr'accuse de frime... (Suite de la p.116.) chés ? Personne n'imaginait, à l'époque, qu'une grosse moto ça coûtait déjà très cher et que les occasions étaient rares et hors de prix. La cote ne baissait pas puisqu'il n'y avait pas d'échanges. L'aurait-on su qu'on aurait simplement porté son doigt à son front. Un motard sous la pluie, quelle rigolade dans les limousines ! Et ces demi-soldes indécrottables n'avaient pas d'ateliers de réparation, de pièces de rechange, encore moins de designers et plus du tout de journaux. Même l'immémorial « Moto-Revue » avait mis la clef sous la porte. Aujourd'hui, il y en a au moins une dizaine, du traditionnel «. Moto-Revue » au très pop « Culbuteur », sorte de « Charlie- Hebdo » du deux roues. Et c'est peut-être faute de journal que la concentration est née. Il fallait se grouper pour survivre, échanger des pièces, des « tuyaux », des trajets « motards ». Il faisait bon alors se rencontrer sur une route entre dinosaures, C'était rare, mais quelle amitié derrière l'anonymat des lunette ; et du foulard le casque n'était pas encore obligatoire et les « vrais » roulaient tête nue. La 500 « culbutée » ralentissait gentiment pour rouler (le conserve avec la 350 ou l'antique « latérale » du plus défavorisé. On avait son quant-à-soi, son langage. sa misère fiérote, et le goût du partage. On se passait des journaux pour se protéger les genoux du froid, et on partait en balade dans un maelström hétéroclite et romantiquement réprouvé. Du samedi au lundi on vivait sur une autre planète. Aujourd'hui, on le sait, la moto est totalement récupérée. Quel bon fils du 16e donnerait deux sous d'une Ferrari contre son « gros cube » (qui a remplacé le « tas de fer » ) , ou sa « meule »  : Castel, Régine, le Flore, Saint-Germain-des-Prés, les Champs- _, Ely sées, autant de parcs à motos. Que d'attaché-cases (le directeurs généraux sur les porte-bagages ! Quel restaurant (Maxim's même), quel hôtel (le luxe, quel boîte refuserait aujourd'hui l'entrée à une combinaison de cuir d'où sortent des mains un peu noircies d'huile de moteur ? Les anciens peuvent se souvenir avec amertume des mines dégoûtées des patrons du moindre hôtel de province à l'appa- 118 rition, la duit tombée, d'un (le ces inquiétants hurluberlus boucanés de pluie, de boue, de soleil et de bruit. « Ah non, vous n'allez pas mettre votre machine dans la cour ! Pour avoir des taches qui ne s'en vont pas. j'en ai déjà eu des comme vous... » Le ghetto est grand ouvert. Mais le succès a engendré la division. Finie ou presque la belle fraternité des motards. A la Bastille, il y a des clans, bien fermés, ramassés sur eux-mêmes. Le nouvel arrivant est accueilli dans le froid, avec réticence même. On ne se précipite pas comme avant autour de sa machine pour en admirer les particularités. On se contente de jeter un oeil en coin, négligent, presque hostile. Et d'abord, des particularités il n'y en a plus guère, ou elles sont préfabriquées, industrielles. Auparavant, la moto c'était la meilleure illustration de la parabole du couteau de Jeannot dont on a remplacé la lame d'abord, puis le manche, mais qui reste toujours le couteau de Jeannot. Sur dix motos du même modèle. il n'y en avait pas deux pareilles. Des purs, il en reste à la Bastille. Ils forment l'un des clans, le plus petit, celui des survivants, les rescapés d'Alésia et des batailles qui ont suivi. Certes, ils n'allaient pas renoncer it la moto, leur drogue. parce que celleci était devenue une mode, parce qu'elle avait été récupérée, envahie, débordée par une population hybride, venue de tous horizons sans connaître autre chose de leurs machines que le sélecteur et le démarreur électrique. cette hérésie. Au début, ils étaient même plutôt contents de s'évader un pen de leur isolement maudit et splendide. de décrocher leurs étoiles de parias. ils ont accueilli les néophytes avec cordialité, chaleur même. On est toujours heureux, un temps, de transmettre sis secrets. son flambeau, d'initier. Puis le désenchantement est venu. Il reste toujours un petit carré de concentrationnaires d'Alésia qui font un peu figure de demi-soldes impénitents. 14a plupart des autres sans abandonner la moto ont laissé tomber en lâchant la sentence sans pardon  : « C'est plus rien que de la frime ! » 1)e la frime parce qu'à leurs veux la concentration ne répond plus désormais à une nécessité ; nécessité de regroupement minoritaire, de rassem- blement d'informations, d'organisation d'un marché passionnant avec ses allures de foire de village, ses discussions interminables comme celles de chevillards autour d'une vache. Tout est désormais régenté, « managé », « marketé » d'en-haut par des experts anonymes qui n'ont, si ça se trouve, jamais « sué des miches » sur une selle biplace. La concentration, ça n'est plus dorénavant qu'une fantaisie sans objet qui ne trouve sa justification qu'en elle-même. Cette raideur un peu grincheuse n'a, de fait, plus sa place à la Bastille. On la retrouve quand même dans les visages fermés des quelques « anciens », leur accueil sibérien, leur affectation d'isolement au milieu de la troupe. On les reconnaît encore à ce qu'ils se rassemblent non par communauté de marque comme la plupart des autres groupes, mais en fonction de leur passé commun. Entre les japonaises, anglaises, allemandes, italiennes, chacun a choisi selon son seul penchant, sans souci d'intégration. La frime, c'est aussi les « frimeurs ». Personne, c'est bien évident, ne se reconnaît frimeur. En revanche, tout le monde s'entr'accuse de frime. La frime ça commence à la machine 750 Honda ou Norton Commando, qui ne servent qu'à de brefs trajets en ville. Ça peut être aussi la toute nouvelle Guzzisport ou une machine tout-terrain pour aller-retour Coupole-Café de Flore. Le fin du fin c'est la 950 Japauto ou la MA'Agusta aux démarrages de fusée. Ce n'est pas tout. Un équipement un peu trop parfait, un peu trop neuf et surtout la technique de « l'emballe » en croupe. Comme si par un reste de respect pour leurs anciens, les vrais motards d'aujourd'hui trouvaient un peu sacrilège d'aller « lever » en bécane, en souvenir de l'époque où la passion de la moto signifiait l'impossibilité de séduire, le renoncement à tout succès féminin et même parfois le choix torturant entre la fiancée et la moto. La mode unisexe a bien arrangé les choses et pourtant, jouer de sa machine à des fins don juanesques, ça reste tarte. Emmener une copine d'accord, mais fonder des succès renouvelés sur le ronflement de ses 4 cylindres, pas question. D'autant plus que parmi les « frimeurs » il n'y a pas que des minets. l)es quinquagénaires (Suite page 197.)



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