Lorraine Magazine n°152 4 fév 2020
Lorraine Magazine n°152 4 fév 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°152 de 4 fév 2020

  • Périodicité : bimensuel

  • Editeur : SCPP

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 17,4 Mo

  • Dans ce numéro : réouverture de la villa Majorelle.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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8 LorraineMagazine sur un album de photos de famille conçu par Jacques Majorelle et acquis par le Musée de l’Ecole de Nancy. « Il a fallu faire des choix. Par exemple, dans cet escalier, nous apercevons sur la photo un décor de pochoir à motif de lierre qui n’a pu être retrouvé par les sondages. Impossible de connaître sa couleur, son matériau. Nous avons donc opté pour une peinture à huile avec des effets de matière  : une intervention réversible qui permettra, dans les années à venir, de restaurer cette partie si l’on retrouve des informations plus précises. » Après le week-end événement pour sa réouverture, les 15 et 16 février (voir programme en page 11), la Villa Majorelle accueillera les visiteurs du mercredi au dimanche  : le matin pour les groupes et l’après-midi pour les individuels avec une réservation conseillée. Un voyage dans les années 1900 qui s’adresse à tous les publics, grâce au développement d’une application (disponible en français, en anglais, en allemand et en langue des signes), à la mise à disposition d’une maquette tactile, de livrets-jeux pour les familles… « Nous avons également mis en place un élévateur pour les personnes à mobilité réduite qui leur permet d’accéder au rez-de-chaussée surélevé de la maison puis de découvrir à l’aide d’une visite virtuelle, les étages de la villa » détaille Valérie Thomas. En 2021-2022, une dernière tranche de travaux est programmée mais qui ne nécessitera pas la fermeture de la maison. « Elle concernera la rénovation de la salle de bain et de la PAROLES D’ARTISANS Pierre-Manuel Gandar, conducteur de travaux chez France-Lanord & Bichaton « Notre entreprises s’est chargée du nettoyage et du changement des pierres de taille ainsi que de la démolition du bow-window sur la terrasse façade nord. Lors de cette étape, la difficulté était de protéger le garde-corps en grès d’Alexandre Bigot. L’architecte Camille André a décidé de conserver la trace au sol pour que les visiteurs voient l’évolution de la maison. Nous avons également changé certaines pierres de la terrasse et des marches extérieures, nous avons posé de nouvelles pierre sur le seuil du sous-sol et fabriqué les socles en pierre pour panneaux didactiques. Nous avons fait le choix de nous fournir uniquement en pierres provenant de Lorraine. En tout, une dizaine d’ouvriers ont été réquisitionnés pour ce chantier. » penderie attenante à la chambre à coucher, de l’atelier de Louis Majorelle sans oublier la création d’espace didactiques et pédagogiques où nous pourront montrer aux visiteurs notre fonds d’archives. » En attendant, bienvenue chez les Majorelle… ! ± Un dossier de Pauline Overney Week-end de réouverture de la Villa Majorelle Les 15 et 16 février Entrée libre Renseignements et programmation  : musee-ecole-de-nancy.nancy.fr ou nancy.fr Façade nord, détail de la terrase après destruction du bow window MEN – Cliché Siméon Levaillant, 2019 Gérard Defrance, président des Métalliers Lorrains « Chez les Métalliers Lorrains, nous avons l’habitude de travailler sur les bâtiments historiques mais chaque restauration est différente. À la Villa Majorelle, nous avions en charge la restauration des éléments de ferronnerie  : nous avons par exemple restauré le décor de la porte d’entrée qui a retrouvé sa couleur d’origine  : un gris argent. Avec le temps et l’humidité, ce décor avait beaucoup rouillé. Nous avons également repris tous les balcons, qui, eux, étaient plus exposés et donc plus abîmés. Lors de la restauration intérieure, nous nous sommes occupés de la mise en sécurité des vitraux mais aussi des personnes en plaçant des rampes dans les escaliers. Deux à quatre ouvriers étaient présentés sur le chantier pour ces travaux. »
entretien avec Camille André - architecte du patrimoine et maître d’œuvre des travaux de restauration de la Villa Majorelle - Dans votre métier, chaque chantier est important mais j’imagine que la restauration de la Villa Majorelle a été un grand challenge… C’est vrai que nous mettons le même investissement dans chacun de nos chantiers mais celui de la Villa Majorelle a été un challenge. Dans cette rénovation intérieure, le défi résidait surtout dans la décoration qui était précise, sophistiquée. Il y avait aussi, forcément, les contraintes budgétaires et temporelles. Dans un chantier comme celui-ci, quel est le point de départ finalement ? Nous avons d’abord fait des études pour connaître le bâtiment mais aussi connaître le propriétaire et le commanditaire des travaux de l’époque. Il fallait que l’on sache si c’était une maison « tape à l’œil » ou non, pourquoi Louis Majorelle a choisi Henri Sauvage, la façon de vivre dans les années 1900. Nous nous sommes aperçus qu’autour de cette maison, il y avait beaucoup de personnes avec des idéaux qui voulaient de « l’Art pour tous et de l’Art dans tout ». Puis, il y a eu des recherches sur les techniques de l’époque qui ont disparu aujourd’hui. C’est presque comme une enquête… C’est une véritable enquête ! Nous avons fouillé dans les archives et nous avons découvert que tous les documents d’exécution des travaux avaient été détruits. Nous nous sommes donc appuyés sur l’album de famille et des photos d’archives prises par les Majorelle. Bien sûr, nous avons aussi été aidés par Valérie Thomas, la Conservatrice du Musée de l’Ecole de Nancy et de la Villa Majorelle. En tout, notre étude a duré 1 an  : la première phrase a été de rendre nos résultats d’investigation, de suspicions de décoration… et la deuxième phase nous a permis de vérifier nos hypothèses et de lancer le protocole de restauration. Combien de temps ont duré ces travaux et combien de personnes ont travaillé sur ce projet ? Les travaux ont duré 11 mois. Je peux vous dire que tous les artisans présents sur le chantier n’ont pas chômé ! Nous étions 7 maîtres d’œuvre car il est important de s’entourer d’experts  : un Camille André pour la peinture murale, un autre pour la restauration d’objets, un économiste de la construction, un scénographe, une paysagiste… En tout, 11 entreprises ont travaillé sur ce chantier. Un comité scientifique et technique s’est réuni plusieurs fois pendant la durée des travaux, nous avons également eu un contrôle scientifique de l’État car la Villa Majorelle est un bâtiment classé, nous avons aussi fait appel à un bureau de contrôle pour la conformité de l’accueil du public, l’accessibilité – nous avons mis en place un élévateur au rez-de-chaussée surélevé – mais aussi pour la sécurité incendie. L’objectif de cette rénovation n’était pas une « remise à neuf » mais plutôt de redonner l’éclat à la maison telle qu’elle était dans les années 1900 ? C’est sûr qu’il ne s’agissait pas que d’une « remise à neuf ». La Villa Majorelle a été construite il y a 120 ans, elle a souffert du temps mais aussi du chauffage qui a été inadapté et de son occupation postérieure à la famille Majorelle. L’objectif était de remettre le chauffage aux normes ainsi que l’éclairage en étant vigilant à ne pas nuire à la décoration. Au fil du temps, les boiseries et les toiles ont été abîmées, nous avons dû enlever tous le vernis, refaire le parquet… Nous avons voulu être le moins intrusif possible en tout cas, conserver l’esprit de Louis Majorelle et la matière d’origine, respecter l’esprit du lieu et garder cette valeur d’authenticité. On ne triche pas avec ce qui a été la Villa Majorelle. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons conservé la « valeur d’usure ». Finalement, quel était le souhait de Louis Majorelle avec cet édifice ? La Villa Majorelle est une maison modeste, avec seulement deux ou trois pièces de représentation, pas plus. Il y avait même une terrasse qui a été fermée quelques années plus tard. Mais contrairement à d’autres maisons de cette époque, l’Art Nouveau est absolument présent partout dans cette Villa. Louis Majorelle a vraiment appliqué son mode de vie à sa bâtisse. C’était quelque part son support d’expérimentation. ± Propos recueillis par Pauline Overney LorraineMagazine 9



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