Longueur d'Ondes n°91 sep/oct/nov 2019
Longueur d'Ondes n°91 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°91 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Sur la Même Longueur d'Ondes

  • Format : (200 x 260) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 9,7 Mo

  • Dans ce numéro : le futur du Rock...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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couli road-trip 38 Longueur d’ondes N°91 es SS The riverbed OWEN PALLETT Oui, ça vaudra le coup, mais on ne le sait pas encore. Pour l’instant, on est seulement impatient face au rythme répétitif du paysage, devant ce Saint-Laurent hypnotique. Chaque kilomètre ressemble au kilomètre précédent. Et puis viennent les derniers virages. Et Saint-Siméon. Un dernier arrêt pour une poutine en guise de tradition. Les embouteillages d’avant traversier. The cedars PENELOPE ANTENA Et puis le temps qui ralentit. Ou alors son cours vient de se suspendre. J’observe les forêts histrioniques aux allures d’irréel avant de me perdre dans la transparence de l’eau qui s’enfuit sur notre passage. Au confluent du Saint-Laurent salé et du doux Saguenay, je doute sur les raisons de ma venue et sur la fatigue du voyage qui touche à sa fin. Ou est-ce un début ? Je me suis égaré entre la nature dominante et les voitures immobilisées. Seules les cornes de brume qui bavardent entre elles me fixent à un instant présent. Hier LA GRANDE SOPHIE La nuit est tombée. Je rôde dans une Tadoussac à la fois calme et agitée. Certes, rien de comparable au maelström de Montréal, mais surtout rien qui n’approche le stéréotype que je m’étais imaginé. Je croyais débarquer en 1880, chez les cousins lointains de Laura Ingalls, me voilà à la place dans un film de Miyazaki. La brume aidant, la dimension fantasmagorique de la promenade nocturne s’accentue ; la lumière des phares de voitures et des devantures de magasins s’imprime sur ma rétine. C’est sublime. Au milieu d’images improbables, je me questionne sur l’époque où j’ai appris à avoir peur au point de décider de rester coincé hier. Poussière LOU-ADRIANE CASSIDY Le retour à l’hôtel Tadoussac n’aide pas à estomper mon impression d’étrange. Dans cette bâtisse splendide, je plonge dans un film d’époque dont les saveurs agréables me retiennent dans un passé qui n’est pas le mien. On voyage toujours pour fuir, mais les scénarios se ressemblent depuis la nuit des temps  : des heures à s’allonger avant d’enchaîner les faux départs. Et un jour, on se réveille. Je m’endors, imaginant au loin les sons des soirs de fête des bateaux blancs. Quand les touristes anglophones d’antan débarquaient dans la baie. Blankenberge MATHIAS BRESSAN Et c’est déjà l’aurore. Je longe la Marina pour éveiller mes sens. La lumière varie sur la baie et me ramène aux plages mélancoliques belges de la mer du Nord et aux étendues apaisantes vendéennes des vacances de mon enfance. Pourquoi me faut-il superposer les lieux que je découvre à ceux qui me sont familiers ? D’où vient cette nécessité de me rassurer dans la comparaison ? Pourquoi ordonner ? disséquer ? et finalement juger sans apprécier ? Arrivé à la Pointe-de-l’Islet, je goûte une impression de liberté. Ce fleuve ressemble à la mer et je hume un vent frais qui m’appelle. J’aimerais pouvoir surfer sans fin sur cette sensation, aider ce courant d’air nouveau à me porter là où il veut.
Pour toi ARIANE MOFFATT Il n’est pas trop tard. J’embarque pour le large dans un de ces colosses à touristes. Eux veulent s’approcher des baleines, moi du phare du Haut-fond Prince. J’espère frôler cette toupie géante pour qu’elle m’emporte par la houle. Au premier béluga, je ne peux m’empêcher d’avoir « Mambo N o 5 « de Lou Bega en tête. Mon cerveau me laissera-t-il un jour du répit ? Je reste un touriste éternel en moimême, inapte à accepter que le relief sous-marin puisse être accidenté. Il me faudra regarder tôt ou tard sous l’eau si je veux autoriser les fleurs à pousser aussi à l’extérieur. La seule question LOUIS-JEAN CORMIER La chapelle est belle. Je l’observais de ma chambre sans la voir. La scruter depuis le fleuve me force à penser aux premiers Européens, venus ici, munis du courage de reprendre à zéro. Ils ont construit ce qui les rassurait, s’autorisant les ajustements. D’habitude les églises regardent à l’est, elle, regarde la baie, au sud. Peut-être avaient-ils tout compris  : on ne repart jamais du début, on continue en s’adaptant. Tadoussac n’est pas un village historique, c’est un lieu intemporel. Oiseau FRED FORTIN De loin, j’aperçois les dunes. Les mamelles du berceau de la Nouvelle-France. La beauté d’un tel lieu naturel réside dans la dualité qui peut survenir en nous  : va-t-on en dégringoler ou s’en servir pour se hisser plus haut ? La réponse est immédiate. Au lieu des cous cassés et des yeux rétroéclairés auxquels je suis habitué dans les capitales, les regards sont tendus vers l’horizon et les gorges déployées. Des curieux observent les oiseaux bavards dont les chants ressemblent à autant de solos de guitare. Même en période de festival, les guitar heroes ne sont pas tous sur scène. Fille de personne II HUBERT LENOIR Demain, il fera brume. C’est tôt le matin que je quitterai Tadoussac. Le traversier en sens inverse m’aura porté sur l’autre rive. La côte de mon épopée récente sera devenue invisible. Je douterai de son existence. Dans un bus scolaire jaune, je comprendrai que c’est parfois hors des grands espaces que l’on se sent finalement plus libre, rassuré, enfin enclin à changer. Il n’y a qu’une route pour aller là où l’on cherche ce qui ne se trouve pas ailleurs. Sous les arbres protecteurs du parc des Ancêtres, il ne s’agissait après tout que de préparer les premières foulées d’un marathon qui reste à venir. i Retrouvez la playlist de cette promenade sur tadoussac.labandesong.com  : 1. The riverbed (Owen Pallett) 2. The cedars (Penelope Antena) 3. Hier (La Grande Sophie) 4. Poussière (Lou-Adriane Cassidy) 5. Blankenberge (Mathias Bressan) 6. Pour toi (Ariane Moffatt) 7. La seule question (Louis-Jean Cormier) 8. Oiseau (Fred Fortin) 9. Fille de personne II (Hubert Lenoir) couli es road-trip LONGUEUR D’ondes N°91 39 SS



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