Lion n°715 octobre 2018
Lion n°715 octobre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°715 de octobre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Lions Club International

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 61

  • Taille du fichier PDF : 5,2 Mo

  • Dans ce numéro : arrivée de la Charity Run.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Passion - Jazz Aretha Franklin Queen of the soul, 1942-2018 « Une pure merveille » écrit l’envoyé spécial du Bulletin du Hot Club de France « quelle chanteuse ! De la présence, du swing dans ses moindres gestes, une aisance fantastique, le choc, quoi ». À cette époque, Aretha Franklin, vingt-six ans, est déjà une star aux États-Unis. Fille d’une chanteuse de gospel modeste mais de grande réputation et d’un célèbre pasteur baptiste familier de Martin Luther King, elle se trouve placée dès le plus jeune âge au centre d’un véritable tourbillon où se mêlent religion, politique et showbiz, sans parler d’une vie privée passablement agitée. Enfant, elle est le cauchemar d’une prof de piano.56//Lion édition française - N°715 « Là, j’ai entendu l’interprète de jazz la plus formidable depuis Billie Holiday » John Hammond par Laurent Verdeaux Paris, 6 mai 1968  : pendant qu’on s’étripe sur la rive gauche, le nom d’Aretha Franklin est inscrit en lettre de feu boulevard des Capucines, et si on demandait aux spectateurs qui remplissent l’Olympia ce soir-là de commenter « les événements », c’est certainement du concert qu’ils parleraient ! il'ET11.5 F.RANKL414...4.424443 TH ! Ça ; Ç 0.4.44D dont elle rejette l’enseignement pour cause de phobie du solfège… pour passer beaucoup de temps à chanter et jouer d’oreille les airs à la mode, et « avec ses tripes » comme l’a raconté l’un de ses amis d’enfance. Elle donne même des récitals autour du piano du salon, et son jeune talent commence à être connu, véhiculé par les nombreux jazzmen de passage à Detroit et venus rendre visite au fameux pasteur Franklin, dont la maison semble être une sorte de scène ouverte. Parmi les familiers, Mahalia Jackson et Clara Ward, qui encouragent et canalisent l’enfant surdouée. Et c’est la même Clara Ward, révolutionnaire du gospel, qui est à l’origine du parcours musical d’Aretha Franklin, parcours donc commencé très jeune – dix ans – et à jamais placé sous l’influence de la musique religieuse.
Après un long apprentissage dans le « circuit gospel », la jeune Aretha décide, à dix-huit ans, de sauter le pas vers la musique profane – que le commerce vient de baptiser « Rythm and Blues » – et de tenter sa chance à New York. Cette démarche fusionnant deux formes populaires jusque-là férocement séparées est déjà popularisée par Ray Charles et prend de l’ampleur. On commence à appeler ça la musique soul. John Hammond, certainement le plus grand producteur et découvreur de talents de son temps, ne tarde pas à repérer cette voix, entendue par hasard sur la maquette de présentation d’un compositeur  : « là, j’ai entendu l’interprète de jazz la plus formidable depuis Billie Holiday », écrira-t-il plus tard. Il la contacte et lui fait signer un contrat pour la Columbia, contrat qu’elle ne renouvellera pas, préférant quelques années plus tard rejoindre Ray Charles chez Atlantic, où son potentiel est mieux utilisé. Dès lors, le succès est foudroyant et la mène en moins de deux ans à dépasser huit fois le million d’exemplaires vendus et à accéder aux plus hautes récompenses… et même à la couverture de Times. On connaît la suite, et si vous en voulez le détail, voyez par exemple le livre de Sébastian Danchin, Aretha Franklin, portrait d’une natural woman, biographie fort intéressante publiée en 2005 chez Buchet-Chastel. En matière de répertoire et d’accompagnements, Aretha Franklin a été mise à toutes les sauces – commerce oblige ! Pour l’amateur de jazz, de blues et de gospel, il peut être intéressant d’établir une sélection rendant compte de son parcours et des réussites musicales qu’il contient, qu’elles aient connu la célébrité ou non. Vous pourriez commencer par ses tout premiers enregistrements, réédités par Chess (album Songs of faith) et méditer sur le talent de cette ado alors âgée de 14 ans ! Ses premières productions new-yorkaises (1961) viennent ensuite avec Right now, où Ray Bryant tient le piano, et on peut enchaîner sur l’année suivante et le That lucky old sun du recueil The Electrifying Aretha Franklin. Toujours chez Columbia, voici Soulville et What a diff’rence a day made (1964, album A Tribute to Dinah Washington dédié à une de ses icônes), et aussi Muddy Water (1965, album Yeah !!! In person with her quartet). Chez Atlantic  : I never loved a man et Respect (1967) comptent parmi les plages les plus marquantes enregistrées par Aretha Franklin. Année faste que 1967  : Prove it, Going down slow, Dr Feelgood, You are my sunshine. Ensuite, ne pas passer à côté de Ramblin’, Today I sing the blues, Pityful, Bring it on home tome (1969), et ne pas oublier The thrill is gone, Spirit in the dark, Don’t play that song (1970), ni A brand new me et After hours (1972). Plus tard et après une éclipse partielle, Aretha quitte Atlantic pour Arista. On peut y citer Can’t turn me loose (1980) et quelques autres, mais il faut bien avouer que le côté commercial prend désormais la plupart du temps le dessus, avec une utilisation abondante de « plans soul » trop stéréotypés pour soutenir l’intérêt (sans parler de mixages déséquilibrés et au son systématiquement durci). Sa production se raréfie peu à peu, avec des ventes en dents de scie  : désormais, la diva du soul sera plutôt présente dans le militantisme et l’événementiel – où elle continuera à faire merveille, jusqu’à sa récente disparition. Cela dit, beaucoup pensent que LE chefd’œuvre d’Aretha Franklin est un enregistrement public réalisé les 13 et 14 janvier 1972 et publié sous le titre Amazing Grace. Et ils n’ont pas tort ! La star va alors sur ses trente ans mais il s’agit déjà d’une sorte de testament musical  : elle sent que le moment en est venu, et ça ne se discute pas. Pas plus que la forme  : quand Aretha dit que son cœur « appartient à tout jamais au gospel », ce n’est pas une parole en l’air. L’église, donc, et la musique qui va avec. Pas de studio  : on enregistrera un véritable office, et ce deux jours de suite, par sécurité. Aretha choisit le lieu (l’église baptiste où, à Los Angeles, officie le Révérend James Cleveland), le chœur, l’orchestre, le programme. On répète pendant presque une semaine ! L’enjeu est énorme  : toute la famille Franklin est sur le pont et, toujours très présent aux côtés de sa fille, le pasteur peaufine son speech de présentation. Le grand soir venu, un millier de fidèles bien décidés à une participation active sont venus, au premier rang desquels Clara Ward et John Hammond. Un tas de gens qui n’ont pas réservé s’entassent un peu partout. Il en sera de même le lendemain. Ces deux offices successifs tiennent toutes leurs promesses, l’enregistrement est parfait et le double album magnifique… il sera publié six mois plus tard et il s’en vendra plus de deux millions. Plusieurs fois réédité depuis, il est universellement connu. Le gospel, c’est un monde  : au-delà d’une page d’histoire, ce témoignage sonore représente une véritable plongée dans l’univers et l’émotion d’une musique dont beaucoup d’aspects nous échappent – et continueront à nous échapper. Pour autant, dernière en date des grandes chanteuses noires, Aretha Franklin l’aura propulsée au-delà du confinement « ethnique » où elle était maintenue jusque-là  : ni son immense talent, ni ce rôle historique ne seront oubliés. Lion édition française - N°715//.57



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