Lion n°713 jui/aoû 2018
Lion n°713 jui/aoû 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°713 de jui/aoû 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Lions Club International

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 54

  • Taille du fichier PDF : 3,1 Mo

  • Dans ce numéro : le conseil des gouverneurs 2018-2019.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Vie culturelle - Jazz.48//Lion édition française - N°713 Le Lion et le Tigre La première de ces séances, publiée à l’origine sous le nom The Lion and the Tiger remonte au 18 février 1972. Devant le succès rencontré, une seconde session fut organisée dès le 6 juin suivant, connue sous le titre Le Lion, Le Tigre et la Madelon. La réédition de ces deux albums par la maison Frémeaux est le résultat du dépouillement et de la remastérisation des bandes originales  : il est apparu intéressant aux réalisateurs du 21 e siècle de reconstituer le déroulement des séances d’enregistrement, et ils ont inséré à leur place les inédits qu'ils ont découverts, ainsi que quelques propos léonins et intermédiaires. La qualité de l’enregistrement, exceptionnelle dans les microsillons originaux, méritait qu’on ne transige pas avec celle de la reproduction numérique, et toute compression a été évitée. Nous ne résistons pas à citer ici quelques extraits des textes de pochette de ces deux albums parus à un an d'intervalle, textes qui avaient été rédigés par Hugues Panassié luimême, initiateur de ces enregistrements  : Bien qu’ayant joué maintes fois côte à côte dans divers groupements, Willie Smith et Jo Jones n’avaient jamais fait de disque ensemble. Le présent recueil, enregistré à New York le 18 février 1972, est la première rencontre du « Lion » et du « Tigre » dans un studio d’enregistrement. Comme pouvaient s’y attendre les « fans » familiarisés avec la musique de ces deux figures légendaires du jazz, cette rencontre a produit des étincelles. Jo Jones est le batteur favori du Lion et le swing extraordinaire de son jeu a tout naturellement stimulé le grand pianiste, de telle sorte qu’il a donné le meilleur de lui-même. En retour, phénomène bien connu dans le jazz, Jo Jones, inspiré par Le Lion, « swingue » avec une telle intensité qu’on peut dire sans exagérer qu’il n’a jamais mieux joué en disque - si même aussi bien. Que Le Lion interprète ses propres par Laurent Verdeaux C'est ce qu'on appelle un "must"  : le double album que, si vous m'en croyez, vous devrez impérativement avoir en mains et oreilles dans les meilleurs délais, est consacré à l’extraordinaire rencontre, le temps de deux séances d’enregistrement, de Willie "The Lion" Smith, figure emblématique de Harlem et du piano stride réunis, et de son batteur préféré, le seul et unique Jo Jones, ancien de l'orchestre Count Basie et un des plus grands techniciens de l'instrument  : Jo "The Tiger" Jones, dont le magnum opus sonore, consacré tout entier à son art, a été chroniqué dans la revue Lion de juillet-août 2017, il y a tout juste un an.compositions - Harlem Joys, Zig Zag ; celles de ses pianistes préférés  : Keep off the grass de James P.Johnson, I’ve got a feeling I’m falling de Fats Waller ; ou des « classiques du jazz » comme Wolverine blues, Sweet Georgia Brown, sa vitalité bouillonne plus que jamais dans ces enregistrements, stimulée par celle non moins considérable de Jo Jones. Et sa fraîcheur d’inspiration, sa tendresse et sa délicatesse d’expression sont restées intactes jusqu’au bout, comme on le constate avec émerveillement à l’audition des merveilleux Someday Sweetheart et My baby taught me her name was Mary. L’impression dominante, lorsqu’on entend ces interprétations, est que ces deux musiciens jouent comme un seul homme. Il n’y a qu’une pulsation, commune au piano et à la batterie, le cœur musical du « Lion » et celui du « Tigre » battant exactement au même rythme – ce rythme du jazz qui défie les ans et qui, à travers les styles les plus divers, reste la base sans faille de la musique de notre temps. Le second CD ne se réfère pas par hasard à La Madelon, chant populaire créé en 1914 pour le Théâtre
aux Armées  : il y a cent ans, le jeune William Henry Joseph Bonaparte Bertholoff Smith, 21 ans et pianiste de son état, débarquait en France avec les Diables Bleus du général Pershing. Sa tenue au combat lui valut un surnom qui ne devait plus le quitter par la suite, et il était connu pour apprivoiser, entre les montées en ligne, tous les pianos qui lui tombaient sous la patte dans les maisons dont les habitants avaient fui les zones de combat. Tout au long de sa vie, sa mémoire phénoménale avait enregistré des centaines et des centaines de morceaux, et ceux de ce temps-là n'ont pas fait exception  : quarante ans plus tard, un soir que l'on parlait devant lui de La Madelon, il se mit au piano et joua le morceau d'un bout à l'autre, sans hésitation aucune, couplet et refrain. D'abord en marche et ensuite en swing, dans le style stride dont il était un fabuleux représentant. C'est exactement cela que l'on entend dans une des plages de la seconde galette du boîtier - d'où le titre du microsillon d'origine  : "Le Lion, le Tigre et la Madelon". La fin de ce second volume nous place devant un grand moment d’émotion  : extraordinairement intuitif, "le Lion" ne pouvait pas ne pas pressentir que ce 6 juin 1972 marquerait la fin de sa carrière enregistrée. Après avoir gravé le Someday Sweetheart, qui marquait la fin du programme prévu, il décida qu’on n’en resterait pas là et exposa avec courtoisie qu’on dînerait plus tard. Vous aurez compris qu’était venu le moment de son testament musical… "le Lion" salua chacun de ses invités, rendit hommage à son ami Jo Jones et annonça son indicatif, Relaxin’, qu’il dédia non sans tendresse à sa Lionne, dite « Lady Jane ». Cette composition léonine – qui mérite bien son titre – une fois terminée, il annonça Here comes the band, une autre de ses compositions préférées. Mais il ne commença pas tout de suite ce célèbre morceau de bravoure  : il fit auparavant un détour par Didn’t he ramble, qui est, comme chacun sait, une musique d’enterrement. Alors, ayant ainsi mis les points sur les « i » de ce moment très particulier, il attaqua Here comes the band sur une vraie perfection de tempo, et nous en légua une version de dix minutes peaufinée avec amour, laissant une large place à l’improvisation d’un batteur inspiré, et se terminant sur une reprise flamboyante suivie d’une longue coda. Un accord de ceux qu’aimait tant Duke Ellington vint conclure, mais "le Lion" y ajouta un « la »  : après l’avoir si souvent donné, il avait l’élégance de le rendre en partant, et c’est sur cette note très symbolique que se termina une rugissante carrière discographique commencée plus de cinquante ans auparavant, aux côtés de la légendaire Mamie Smith. L’inoubliable Willie « the Lion » Smith devait disparaître le 18 avril 1973, à l’âge de soixante-seize ans. C’était il y a déjà bien longtemps, et pourtant la simple évocation de cette force de la nature et du clavier, la moindre des notes qu’on entend de lui, juste une parole, même, nous le restitue tel qu’en lui-même, gilet rouge et melon blindé, regard souverain et cigare au bec, tempo de fer et cœur sensible, comme si on l’avait quitté la veille. a Crédits photos  : Claudine Panassié Lion édition française - N°713//.49



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