Lion n°708 février 2018
Lion n°708 février 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°708 de février 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Lions Club International

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 50

  • Taille du fichier PDF : 4,4 Mo

  • Dans ce numéro : environnement et écologie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Vie culturelle - Jazz.40//Lion édition française - N°708 The french blues connexion En juin 2016, j'avais eu l'occasion de consacrer cette rubrique à Mémoires de Blues, double DVD conçu et réalisé par Jacques Morgantini, expert mondialement connu sur la planète blues, à telle enseigne qu'il a reçu il y a quelques mois la Keeping the blues alive award, distinction attribuée au compte-gouttes par la Blues Foundation de Memphis. Il faut dire que le parcours de Jacques Morgantini dans la culture du blues a commencé il y a soixante-six ans en compagnie de Big Bill Broonzy et s'est poursuivie en fréquentant un effectif considérable de grandes figures de cette musique parmi lesquelles Muddy Waters et John Lee Hooker… ce qui renvoie au double DVD susdit. Jacques Morgantini a supervisé les deux coffrets que voilà, qui ne contiennent pas moins de 8 CD chacun et ont été récemment publiés sous le nom de Chicago Blues Box par Storyville Records, label danois indépendant et bien connu pour un catalogue tourné depuis l'origine (1950) vers le jazz, le blues et le gospel. L'histoire de cette masse d'enregistrements, pris sur le vif entre 1973 et 1979 dans des clubs des quartiers noirs de Chicago, n'est pas banale. Il s'agit en fait d'une affaire de famille et même de fourneaux, qui commence dans une grande maison sise aux environs de Pau  : Marcelle, l'épouse de Jacques Morgantini, aussi fondue de blues que lui, sait recevoir et est même devenue, au fil des visites amicales de nombreux bluesmen en tournée, une sorte de légende vivante… du cassoulet (on ne dira jamais assez le rôle du cassoulet dans le développement de ce genre d'amitiés franco-américaines). À l'occasion de plusieurs voyages par Laurent Verdeaux à Chicago, ces mêmes bluesmen mènent tout naturellement leurs amis Français là où la musique vaut le déplacement… le genre d’endroit où l’homme blanc n'a jamais mis le pied ! "Nous nous sommes retrouvés devant une sorte d'entrepôt désaffecté avec un grillage de basse-cour tout autour", raconte Jacques Morgantini, "et quand je suis entré là-dedans, ç'a été comme quand John Wayne poussait la porte d'un saloon dans un vieux western  : l'orchestre s'est arrêté de jouer et une trentaine de visages noirs se sont tournés vers moi. Là, j'ai vraiment senti que j'étais le seul Blanc à plusieurs miles à la ronde ! " Une fois les présentations faites, l'atmosphère se détend, et les Morgantini reviendront souvent, en ces années 1970, dans le South Side ou le West Side de Chicago, sortes de capitales du blues – et qui le sont restées depuis. Ils constatent que la vie est dure pour tous ces formidables musiciens  : petits boulots le jour - chauffeurs, mécanos, coursiers ou balayeurs - musique pour une pincée de dollars la nuit, impossibilité de vivre de leur art et de se faire connaître dans un monde médiatique qui leur est alors aussi fermé que les studios des majors du disque. Marcelle Morgantini veut absolument faire quelque chose pour eux et
The Chicago blues box Storyville 1088612 (8 CD) The Chicago blues box n°2 Storyville 1088620 (8 CD) (Disponibles sur de nombreux sites de vente). leur notoriété, mais il y faut des moyens… et voici que lui arrive un providentiel héritage. Au lieu d'investir dans le vison ou les parures endiamantées, elle préfère fonder un label de production de disques - qu'elle nommera MCM - et acquérir de quoi enregistrer dans les meilleures conditions techniques tous ces inconnus là même où ils se produisent. Pourvue d'une bonne dose d'obstination, elle joint ainsi le faire au dire et publie une kyrielle de microsillons – exactement dixsept. Des portes s'ouvrent, des tournées en Europe s'organisent, certains artistes sortent de l'obscurité. Côté musicien, celui qui a joué le rôle le plus important dans l'histoire de cette French blues connexion est Fred Below, batteur que tout un milieu musical se dispute  : formé dans le jazz mais venu au blues vers l'âge de 25 ans il est devenu une sorte d'incontournable, a joué avec tout le monde et connaît les bons coins. Sa philosophie artistique est directe  : "Quand vous entendez de la bonne musique, vous avez envie de taper du pied, de danser" m'a-t-il dit un jour d'interview "je joue une musique de danse, et pour le public… il ne faut jamais jouer pour soi. Un type qui joue pour lui-même ça peut sonner bien, mais il n'a rien à dire, rien à communiquer." C'est l'ensemble des sessions MCM, réalisées en direct dans des clubs devenus maintenant légendaires et augmenté d'inédits que Storyville vient de rééditer dans ces deux coffrets. Vous voilà au Ma Bea's, au Golden Slipper, au Big Duke's, au Queen Bee's… sur scène, Jimmy Dawkins, Magic Slim, Luther Johnson Jr, Jimmy Johnson, John Littlejohn, une foultitude d'autres, et souvent la présence de Fred Below en personne. Cerise sur le gâteau, vous y trouverez même – tout au long du CD 7 du second coffret, le trio que le grand batteur formait avec les frères Lou Myers (chanteur, guitariste, harmoniciste) et Dave Myers (bassiste), trio particulièrement performant et dynamique, connu sous le nom de The Aces. Tout au long de l'itinéraire, que vous mettiez seize heures, seize semaines ou seize mois à le parcourir, vous serez sans doute souvent étonné de la qualité et de l'inspiration de musiciens qui vous étaient peut-être jusque-là parfaitement inconnus. Avoir tenu à consacrer toute la production d'un label à tant de musiciens remarquables, mais alors uniquement réputés dans leur quartier, restera un des grands mérites de l'initiatrice de cette série d'enregistrements, et il faut bien reconnaître que c'est là une sorte de rareté  : la curiosité et la sélectivité n'ont pas si souvent été le souci des producteurs de disques, les galettes fussent-elles d'or ou de platine, voire awardées d'importance. À souligner la belle présentation de ces coffrets et la qualité – documentaire et iconographique – des copieux livrets qui vont avec. À souligner aussi la qualité des enregistrements, organisés par Luc Morgantini (le fils, également porteur du virus du blues)  : on est là en plein "son naturel". Il faut dire que, côté équipements, MCM n'avait pas mégoté  : magnétophone Nagra IV stéréo (on n'a jamais fait mieux) et micros Neumann(on n'a jamais fait mieux non plus). Il semble que Marcelle Morgantini ne plaisantait pas plus avec la technique qu'avec le cassoulet. Je ne peux que vous recommander chaudement ce témoignage unique de la scène underground du blues de Chicago à cette époque, écho d’une authenticité indiscutable et recueilli par cette Française qui aimait les gens en général et le blues en particulier. Le dernier mot appartient à Jimmy Johnson, qui déclara il y a un peu plus de dix ans, en apprenant sa disparition  : "Je n’oublierai jamais Madame Marcelle Morgantini. Je sais combien je lui dois. Qu’elle soit bénie". Lion édition française - N°708//.41



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