Lion n°706 décembre 2017
Lion n°706 décembre 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°706 de décembre 2017

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Lions Club International

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 6 Mo

  • Dans ce numéro : les premières actions dans nos districts.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Savoir - Sciences.52//Lion édition française - N°706 mêmes, dont il a dit qu’il ne les rasait pas. Ah… Alors, il ne se rase pas lui-même. Dans ces conditions, il entre dans le groupe de ceux qui ne se rasent pas eux-mêmes, dont il a dit qu’ils les rasaient tous. Saperlipopette, que se passe-t-il ? S’il se rase lui-même, il ne se rase pas, et s’il ne se rase pas lui-même, il se rase ! D’où sort cette logique autodestructrice, stupidement contradictoire et rationnellement irrationnelle ? Le problème vient de ce que nous avons discrètement « autoréférencé » le barbier  : nous lui avons appliqué une règle qu’il avait édictée pour les autres. Une erreur qui l’a conduit à détourner mine de rien la définition précise du groupe. Il est en effet faux de dire que s’il ne se rase pas, il entre dans le groupe de ceux qui ne se rasent pas eux-mêmes. En effet, il diffère d’eux, car en plus de ne pas se raser, il rase d’autres personnes, ce que ne font pas les membres du groupe. De même pour ceux qui se rasent eux-mêmes, groupe dont il ne peut non plus faire partie. En fait, s’il ne se rase pas, il ne se rase pas, et s’il se rase, il se rase, et rien de plus. Toujours là ? Alors, revenons aux péripéties administratives de Gödel. Il se prépare avec minutie pour son examen. Étudiant la Constitution, il pense y découvrir une faille logique qui permettrait de transformer en toute légalité le régime démocratique du pays en une dictature. Il fait part de sa trouvaille aux deux témoins qui doivent l’accompagner, Einstein et Morgenstern – un mathématicien économiste lui aussi fort connu. Tous deux tendent de le dissuader d’évoquer la question devant le juge, car sa naturalisation serait compromise. Mais lors de l’examen, le juge s’enquiert du système politique en Autriche. Gödel répond que celui-ci, autrefois une démocratie, s’est transformé en dictature. « Une Kurt Gödel et Albert Einstein telle chose ne pourrait arriver en Amérique », rétorque le juge. Pour Gödel, s’en est trop. Il s’emballe, soutient le contraire, et dit qu’il peut le prouver. Prudent, le juge, conscient d’avoir en face de lui trois des plus puissants cerveaux de la planète, décide de ne pas insister. Il termine l’entretien, accordant la citoyenneté à Gödel. Notre ami n’a jamais indiqué la nature de la faille qu’il avait trouvée, pas plus qu’Einstein ou Morgenstern. En fait, aucun écrit n’existe pour la décrire. On l’imagine, les constitutionnalistes et autres amateurs se sont rués sur le sujet. Il semble qu’ils aient abouti  : le problème se situerait dans l’article 5 de la Constitution, celui qui précise les règles permettant de la modifier. Pour faire simple, un changement ne peut intervenir que par un amendement proposé par les deux tiers du Congrès (Chambre des représentants plus Sénat), et ratifié par trois quarts des États. On le voit, les conditions sont drastiques, et la démocratie est solidement protégée. Sauf… autoréférencement. En effet, rien n’empêche d’appliquer l’article 5 à lui-même. Auquel cas la règle des deux tiers du Congrès peut être ramenée à une valeur très inférieure, ainsi que celle du trois quarts des États. Ce qui ouvre la porte à n’importe quel débordement. Certes, il faut que le contexte politique se prête à une révolution légale de cette ampleur. Mais elle reste possible. Gödel craint sur le tard un complot visant à l’empoisonner. Il cesse de s’alimenter, tombant progressivement dans la cachexie. Il meurt le 14 janvier 1978, à Princeton. Il pesait 30 kilos. Faut-il se méfier des mathématiciens ? Plutôt des politiques. Comme l’a dit Ronald Reagan « La politique est supposée être la seconde plus ancienne profession. J’ai réalisé qu’elle ressemble beaucoup à la première ».
1914 - 1918 Sous le regard d’un artiste « Albert Dardy, architecte et peintre (1874- 1921), était mon arrière-grand-père. Engagé pendant la Première Guerre mondiale, il a écrit quatorze carnets qui racontent ce qui s’est passé sur la ligne de front et dans les tranchées, au risque de se faire fusiller », explique Philippe Dardy. Lisons ce grand-père  : « 6 octobre 1915, visibilité nulle, nous nous réveillons sous un épais et froid brouillard. Depuis 4 heures du matin, l’artillerie roule comme un tonnerre. On entend également, surtout à droite, les fusils et les mitrailleuses. 8 heures, la canonnade diminue d’intensité, brouillard toujours épais. Chose curieuse, un lieutenant aviateur qui est à côté de nous, dit qu’en aéronautique la visibilité est bonne et sur terre, la brume ne nous permet pas de voir à plus d’un kilomètre. On entend parfaitement les fantassins se battre, ils ont dû attaquer de bonne heure. 8 heures 30, j’apprends que l’ouvrage de la Défaite à gauche du Mont Têtu est pris par les Marocains, une des buttes de Souain est également prise. 10 heures 30, le capitaine vient à l’observatoire, il paraît que la nuit dernière, une marmite est tombée sur la batterie mettant le feu aux douilles, plus de 100 douilles ont brûlé, aussi on craignait que les obus ne sautent. Il n’y a pas eu d’autre mal. Quant à l’immense flamme, elle n’a guère pu se voir étant donné le brouillard. Je viens d’avoir une grande émotion, je cherchais dans mon portefeuille la photographie des miens pour les regarder un peu et leur sourire de loin, lorsque je me suis aperçu que l’une des initiales en argent était aplatie, abîmée, à côté un trou dans la peau très solide du portefeuille et je vois ce trou traverser en partie mon portefeuille et aboutir intérieurement à un éclat d’obus. C’est mon excellent crocodile qui m’a préservé, l’éclat devant m’arriver du côté du cœur un peu en dessous. J’ai eu de la chance le 30 septembre. Je garde précieusement l’éclat par Philippe Colombet d’obus qui a failli mettre fin à mon existence. 1 heure, le capitaine Bonsignes me dit que l’on n’avance pas, que le Chausson est indécis, que la « Défaite » a été reprise par les Allemands. Étant donné la brume, le capitaine nous donne campo et nous allons nous promener jusqu’à l’échelon où j’ai le plaisir de voir Balanger et Fleuriet qui venaient ravitailler. Nous remontons un blessé, d’après lui le Chausson, la Chenille, la ferme Chausson seraient à nous et nous marcherions sur Bouconville. J’ai pu faire un croquis de notre cagna. Suis depuis deux jours sans nouvelles de chez moi. Un brigadier que nous avons vu sortir d’un boyau avec deux prisonniers passe. Les deux Boches ont une mine plantureuse et je remarque que en conservant leur petite culotte, ils ont des vêtements d’un drap du bleu clair du nôtre. Ils ont été pris travaillant dans une tranchée ». L’architecte 1914, Albert Dardy, âgé de 40 ans, s’est engagé volontairement sur le front. Il restera sous les drapeaux jusqu’en janvier 1919. Parti maréchal des logis, il reviendra sous-lieutenant, ayant obtenu plusieurs citations, la Légion d’honneur et la Croix de guerre 1914-1918. Il aura exercé essentiellement des fonctions d’observateur, fonction très risquée, consistant à relever avec précision les positions de l’ennemi et à étudier les emplacements des batteries. Il retrace jours après jours, les faits, les joies, les pleurs, les douleurs, les souffrances de ces hommes qui, au contact d’une hiérarchie dans tous ses états, se sont battus pour libérer la France. Son œuvre comprend aussi des tableaux impressionnistes, dont certains sont exposés au musée de la Loire à Cosne-Cours-sur-Loire, Nièvre, ou au musée de l’Armée à Paris. La guerre révèle un aspect de sa personnalité guère évident jusque-là. L’esthète, le dilettante, l’épicurien se montre homme d’endurance, courage, conscience. Savoir - Histoire LES CARNETS DE CAMPAGNE 14-18.11.11 terrien I" d' « ulisreeerviimnin èfflidid.:-.1 P.., - 1, mu - Ce livre, passionnant, est édité par Monique et Philippe Dardy aux éditions Saint-Honoré à Paris. Il coûte 22,90  € TTC. L’image de couverture est une aquarelle d’Albert Dardy. Il acquiert un sens du tragique. Comme à l’époque de la Guerre de Sécession, ces Sudistes qu’évoquent les romans de Faulkner. Flash-back, Albert Dardy est né en 1874 à New-York, aîné d’une famille nivernaise et cosnoise. Fortune faite, la famille revient en France et s’établit à Cosne, dans une maison bourgeoise qui existe toujours. Albert deviendra architecte, mais était peintre de vocation. Il se lie à Charles Bousquet, peintre plus âgé, qui aura une grande influence sur son œuvre. Albert épouse, en 1899, la sœur de Charles, Jeanne Bousquet. Parti maréchal des logis, il reviendra sous-lieutenant. Sur le front, il tient des carnets de route, aux nombres de quinze carnets conservés par sa petite fille. De la guerre, Albert Dardy revient couvert de gloire mais criblé de dettes. Il ne réalisera que quelques-uns des tableaux rêvés sur le front « La cote 301 ». Il en accrocha en 1919 à l’Exposition spéciale des artistes mobilisés. Les soucis d’argent le contraignent à une production utilitaire. Démobilisé, le peintre reprend son métier d’architecte, architecte inspecteur des travaux de la Banque de France. Albert Dardy meurt en 1921, à l’âge de 47 ans. Lion édition française - N°706//.53



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