Lion n°696 janvier 2017
Lion n°696 janvier 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°696 de janvier 2017

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Lions Club International

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 6,8 Mo

  • Dans ce numéro : tous nos voeux pour cette année exceptionnelle du Centenaire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Vie culturelle - Jazz Goin’to Chicago… Avant de rebondir à Harlem, le jazz naissant a ricoché à Chicago, apporté par un demi-million de travailleurs noirs passant au nord comme d’autres sont plus tard passés à l’ouest, ou comme chez nous, toutes proportions gardées, beaucoup de travailleurs et musiciens du Massif central sont devenus au siècle avant-dernier des Auvergnats de Paris. Autour de 1917, parfois un peu avant, la question de tenter cette aventure s’est donc aussi posée à beaucoup de musiciens de la Nouvelle-Orléans. Ce sont les meilleurs qui sont partis, dont le fort caractère s’entend parfaitement dans leur façon de jouer. Parvenus à destination et installés dans le South Side, ils ont véritablement « explosé ». Le Chicago des années vingt, corrompu, gangstérisé, terrifiant mélange de violence et de suractivité, a pourtant fait rêver par la suite plus d’un futur musicien, souvent par l’intermédiaire de la description haute en couleurs qu’en fait Milton « Mezz » Mezzrow, enfant du pays, dans un livre de souvenirs (1) resté fameux. C’est aussi cela, l’histoire de Chicago. Imaginez-vous donc un instant dans le quartier sud de la Cité des Vents et à l’époque de la Prohibition  : entre State Street et la 35 ème rue, la musique ne va pas vous quitter. Suivez State Street, sorte d’épine dorsale de ce quartier baptisé « The Stroll »  : au nord, vers Dearborn, le Pekin Café est plutôt ce qu’on appellerait un mauvais lieu, mais ce mauvais lieu-là est illuminé par le piano de Tony Jackson, le meilleur de tous selon la vox populi (mais Jelly Roll Morton lui dispute ce titre avec ardeur), personnage devenu d’autant plus légendaire qu’il n’a pas enregistré le moindre disque ! State Street toujours, cap au sud. Voici le Grand Théâtre, d’où tout est parti dès 1915, avec l’irruption dans le décor chicagoan de par Laurent Verdeaux Pour quiconque s’intéresse au jazz, le nom de la métropole de l’Illinois évoque une sorte d’âge d’or, âge d’or dont les jazzmen d’aujourd’hui sont les lointains héritiers  : si c’est depuis les États du Sud et en particulier la Louisiane qu’est parti le jazz, c’est bien depuis Chicago qu’il a été expédié, le temps d’une décennie, à la planète entière, par la force créatrice d’une jeune génération d’exceptionnels musiciens..74//Lion édition française - N°696 Jimmie Noon l’Original New Orleans Creole Orchestra de Lawrence Duhé, que rejoindra un peu plus tard le jeune clarinettiste Sidney Bechet. Mais l’endroit affectionne le spectacle chanté, et vous y entendrez plutôt Bessie Smith, Ma Rainey, ou Ethel Waters. Les résidences sont parfois longues  : il n’y a que 500 places au Grand Théâtre. Traversez la 31 ème rue, le Vendome Theater vous tend les bras  : lui, des places, il en a 1 250 dans un magnifique décor Renaissance où le marbre prédomine. La scène y est la plus large de la ville et il possède un grand orgue qui a coûté 10 000 dollars, valeur 1919. L’orchestre-maison est dirigé par Erskine Tate et le jeune Louis Armstrong s’y produit régulièrement en guest star. Autre guest star, Fats Waller passe par là et y prend l’orgue pendant un mois entier  : les duos trompette-orgue qui en résultent sont un rêve dans le rêve… on en parle encore !
Poursuivez… voici le Chicago Defender, organe de presse exclusivement afro-américain et qui constituera une source ultra-précieuse d’informations pour les chercheurs es-jazz. Le journal occupe un immeuble entier, mais son premier numéro (1905, tirage à 300) a été composé dans une cuisine… juste après, mais de l’autre côté de State Street, voici le grand immeuble Mecca Flats, chef d’œuvre de l’architecture locale, où habitent de nombreux musiciens et où les jam-sessions impromptues font rage. Ce qui rappelle qu’ils sont presque tous très jeunes ! Presque en face, voici le Dusty Bottom Café. C’est un lieu de blues-blues, un des premiers. Le podium est construit en bois, mais autour, c’est juste de la terre battue  : les danseurs font une poussière d’enfer, d’où le nom de l’établissement, qui vit sa vie à l’abri d’un grand barnum. Poursuivez, poursuivez ! Vous voilà au carrefour de State Street avec la 35 e rue, c’est le centre névralgique du « Stroll », marqué par le Dreamland et le DeLuxe Gardens. Lieu de renom, on croise au DeLuxe toute la jet society, on y danse le bunny hug et l’orchestre, mené par la puissante trompette de Freddie Keppard, est renversant. Vous pourriez continuer sur State Street  : vous y trouveriez la maison Paramount (adossée à Wabash Avenue et qui produit des race records), le Local 208 (Syndicat des musiciens noirs) et la boutique de Clarence Williams, pianiste, chef d’orchestre, compositeur intarissable et éditeur de musique. Mais les jazzmen sont des oiseaux de nuit, tout cela est fermé car il est maintenant fort tard, prenez plutôt la 35 e rue vers l’est et son fameux carrefour avec Calumet Avenue  : là, dans un mouchoir de poche, se trouvent le Sunset Café, l’Apex Club et le Plantation Café. Lieux de haute mémoire (2) ! Garage réaménagé en boîte de nuit, le Sunset est l’un des plus fameux speakeasy de l’époque  : moonshine et whisky de baignoire y règnent, c’est un endroit « black and tan » (Noirs et Blancs acceptés, ce qui n’est pas le cas partout) et il faut, pour y pénétrer, répondre préalablement à un questionnaire musical. Juste à côté, le Plantation, son grand concurrent, lui dispute pied à pied les vedettes qu’il programme. Entre les deux, l’Apex est un endroit moins habile côté trafics (il sera fermé par les Incorruptibles en 1930), mais musicalement très couru – Maurice Ravel y fera quelques visites. C’est là que Jimmy Noone, fabuleux virtuose de la clarinette, fait chavirer son monde chaque soir, avec un petit orchestre sans cuivres. On n’en entend que mieux son pianiste, EarlHines, le futur « Fatha », surnom qui sera donné à ce génie du clavier par une abondante postérité pianistique. Plus loin vers le sud  : le Radio Inn, le Grand Terrace (où EarlHines, justement, se fixera très longtemps, radio « coast to coast » à l’appui) et le Savoy Ballroom, ses quatre mille danseurs… et ses basketteurs qui deviendront plus tard les Harlem Globe Trotters ! Mais c’est plutôt vers le nord-est et la 31 e rue que vont maintenant se diriger vos pas, vers le Lincoln Gardens. Incontournable ! Là, en 1992, l’histoire est réellement en train de se mettre en marche. Sur scène, l’orchestre King Oliver’s Creole Jazz band est à la fois subtil et tonitruant et l’ardent clarinettiste Johnny Dodds démontre le style New Orleans tous les soirs. Le King, meilleur cornettiste de Le Plantation Café son temps, y a fait venir son disciple Louis Armstrong, 21 ans, déjà en pleine possession de son art et prêt à prendre la tête d’un mouvement musical qui va imposer un nouveau chapitre à l’histoire de la musique. Vers minuit, after hours, débarque souvent au Lincoln Gardens une bande de jeunes musiciens blancs, venus écouter cette musique qui vient donner un sens à leur vie. Eux jouent le plus souvent dans le Loop, au Friars Inn. C’est plus au nord, à l’autre bout de S.Wabash Avenue. Bix Beiderbecke, Muggsy Spanier, Milton Mezzrow, Franck Teschemaker et quelques autres seront à l’origine du style « Chicago », épisode aussi éphémère que significatif. C’est aussi cela, l’histoire de Chicago. a (1) Really the Blues, édition française sous le titre La Rage de Vivre, disponible en Livre en Poche. (2) 35 th and Calumet est aussi un morceau de jazz. Comme Apex blues, 35 th and Dearborn, Wabash blues, Sunset Café stomp, Savoy blues et une foule d’autres standards liés à Chicago et à ce moment de l’histoire du jazz. Lion édition française - N°696//.75



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