Lion n°694 novembre 2016
Lion n°694 novembre 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°694 de novembre 2016

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Lions Club International

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 6,8 Mo

  • Dans ce numéro : un centenaire sous le signe de la jeunesse !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Vie culturelle - Jazz r- L’O.D.J.B.  : Tony Sbarbaro, Eddie Williams, Nick La Rocca, Larry Shields, Henry Ragas.72//Lion édition française - N°694 A l’époque que nous nous préparons à commémorer (1917, donc), il y a déjà un certain temps que la musique afro-américaine a émergé dans les Etats du Sud, et en particulier en Louisiane dont la métropole New Orleans est devenue une sorte de marmite où bouillonne ce mélange de cultures étonnant et détonant qui deviendra peu à peu, à partir du début du XX e siècle, la musique de jazz. Cet art nouveau, que beaucoup de ressorts sociaux et musicaux apparentent au baroque, est déjà en expansion  : en 1917, on a commencé à entendre le jazz en Californie ou à New York. Mais l’itinéraire principal de l’émigration noire vers les nouveaux emplois industriels mène massivement à Chicago via Saint Louis, en remontant le « grand fleuve paresseux » et en terminant le voyage en train, au-dessus ou en-dessous du plancher des wagons, selon les moyens de chacun. Toute cette population emporte sa musique avec elle, musique qui va connaître, jusqu’en 1929, une très grande expansion. C’est le temps de la prohibition et des speakeasies, et toute l’organisation des loisirs avouables ou inavouables est alors aux mains de gangs qui, qu’on le veuille ou non, sont les premiers responsables de la °OPIUM 4JAZZ RAND'D’un Centenaire à l’autre Le premier disque de Jazz par Laurent Verdeaux prospérité d’une musique qu’ils apprécient beaucoup à divers titres (1) et dont ils font la promotion ! Chose assez peu connue, à la Nouvelle- Orléans d’il y a un siècle et parallèlement aux musiciens noirs et créoles, il y a des Blancs pour jouer le jazz, et ceux-là aussi mettent le cap au Nord  : certains des agents artistiques de Chicago ont compris que cette musique tremendous représente un véritable marché et sont venus en Louisiane faire leur marché, repartant avec leurs trouvailles. Et là, comme toujours, il y a des veinards, ceux qui, à peine installés à Chicago, se trouvent au bon moment au bon endroit.
En l’occurrence, le bon moment, c’est fin 1916, et le bon endroit, le lobby de l’Hotel Normandy, sur Dearborn. Ils sont cinq émigrés (2), tous natifs de la Nouvelle-Orléans. Ils jouent pour la danse et ils ont baptisé leur formation Original Dixieland Jass B and. Passe par là, le nez au vent, un agent artistique new-yorkais, qui leur propose une résidence au Reisenweber’s Cafe, sur Columbus Circle. Les cinq lascars font le saut sans hésiter et ils ont bien raison  : même si Chicago est alors en train de devenir – pour une douzaine d’années - la capitale du jazz, c’est à New York que se trouvent les meilleurs et les plus prolifiques des premiers studios d’enregistrement, ainsi que les sièges des plus importantes sociétés de production. À peine l’O.D.J.B. a-t-il fait ses débuts à Columbus Circle que le voilà propulsé chez Victor, devant les grands cornets qui servent de capteurs de sons à cette époque encore totalement acoustique. Le 26 février 1917, l’orchestre enregistre Livery Stable blues et Original Dixie Jass Band One Step. Le disque (78 tours, un morceau par face) sort deux semaines plus tard. C’est immédiatement un énorme succès… les cinq dixielanders sont entrés dans l’histoire. Ils ne sont certainement pas les meilleurs musiciens de leur temps, et il s’en faut même de beaucoup  : on est Les conditions d’enregistrement en 1917 très loin des formations-phare noires de King Oliver ou de Kid Ory qui connaîtront les années suivantes les joies et les servitudes du studio. Mais Nick La Rocca et les siens ont une bonne technique, pratiquent très correctement l’improvisation collective néo-orléanaise et produisent une musique amusante et « entraînante » - comme on disait alors - pour un résultat tout à fait présentable. Internet vous en donnera une idée, si vous êtes curieux de cette circonstance. Les musiciens de ce temps-là n’ont généralement pas accordé à leurs enregistrements l’importance historique qu’ils ont prise depuis  : dans une vie professionnelle bien remplie, il s’agissait plutôt d’une parenthèse contraignante, voire d’une corvée au profit de producteurs qui encaisseraient l’essentiel des éventuels profits. L’intérêt du disque pour leur propre promotion leur a même souvent échappé, quoique pas pour bien longtemps  : la production des 78 tours de jazz deviendra très vite exponentielle, atteignant les deux millions d’exemplaires vendus dès 1920 avec le célèbre Crazy blues de Mamie Smith. Alors, New York, New York ? Ça sera pour plus tard  : au tournant des années vingt, la plupart des étoiles montantes du jazz restent à Chicago, où leurs affaires se portent bien. Cela dit, côté enregistrements, c’est plutôt pittoresque, témoin ce qui se passe avec Gennett, un label alors très actif dans le jazz, et dont les studios se trouvent… à Richmond (Indiana). Pour y enregistrer, il faut donc d’abord faire le voyage (plus de 400 km dans chaque sens). Une fois dans la place, se disposer par rapport aux cornets d’enregistrement, plus ou moins loin selon la puissance de l’instrument… et de l’instrumentiste  : quand il s’agit de l’orchestre de King Oliver, on expédie ainsi le jeune Louis Armstrong, 22 ans, quatre mètres derrière tout le monde. Pour contrôler la balance, on enregistre un premier morceau, puis on l’écoute en le détruisant  : la cire est matière molle et l’aiguille de lecture détruit le sillon en le parcourant. Une fois les choses au point, il reste… à consulter l’horaire des trains, affiché sur place  : une voie de chemin de fer passe en effet au ras du bâtiment ! Cette précaution prise, il ne reste plus aux artistes qu’à jouer chaque morceau en entier sans bouger de leurs places, sans la moindre faute d’exécution et sans dépasser trois minutes vingt secondes. Ils ne pourront en entendre le résultat (alors gravé dans le mou) que bien plus tard, parfois après distribution. Si vous avez un jour l’occasion de tenir en main un disque de ces temps où le micro n’avait pas encore cours, vous pourrez en considérer sur chaque face le sillon tourmenté avec une certaine émotion  : ce sillon-là, ouvrage d’une aiguille tremblotant au bout d’un cornet acoustique, est la trace sonore directe laissée par une génération d’extraordinaires créateurs, suffisamment maîtres de leur art et suffisamment détendus pour avoir été capables d’enregistrer tant de chefs d’œuvre dans de telles conditions. C’était il y a cent ans. a (1) - A lire sur le sujet  : Le Jazz et les Gangsters, par RonaldL. Morris, éditions Abbeville 1997 (2) - Nick La Rocca, trompette ; Eddie Edwards, trombone ; Larry Shields, clarinette ; Henry Ragas, piano ; Tony Sbarbaro, batterie. Lion édition française - N°694//.73



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