Lion n°689 mai 2016
Lion n°689 mai 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°689 de mai 2016

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Lions Club International

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 8,1 Mo

  • Dans ce numéro : la maison des Lions de France.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Vie culturelle - Jazz Spirit of Chicago Orchestra Singin’in the rain - Klarthe Records KRJ 008 Le Spirit of Chicago a été créé il y a bientôt dix ans, à l’initiative du batteur Jean-Bernard Leroy et de quelques amis musiciens. But de la démarche  : recréer l’atmosphère très particulière des orchestres de danse du Chicago des années vingt. Il leur fallait les partitions de l’époque  : ils les ont retrouvées et reconstituées quand elles n’existaient plus. Il leur fallait les exécuter avec rigueur et dans l’esprit  : ils y sont parvenus. Il leur fallait aussi marier en toute cohésion ce qui marquait cette musique-là  : la présence d’une section de violons, d’un crooner, d’un trio vocal. Le.78//Lion édition française - N°689 moins que l’on puisse dire est que la sauce est bien liée, on se croirait presque chez Paul Whiteman, qui en avait inventé la recette, pimentée de l’apport de quelques jazzmen. Jazzmen ? Bix Beiderbecke n’est plus (et Paul Whiteman non plus), mais le trompettiste Jérôme Etcheberry (réellement brillant à chacune de ses interventions, et parfois bixien en diable) et le « Spirit » sont bien vivants presque un siècle plus tard. D’autres excellents solistes actuels se font entendre dans un contexte qui leur est inhabituel, qui n’en est que plus intéressant et réserve de très bons moments  : le tromboniste Pierre Guicquéro (Beautiful Girl, Singin’in the rain seconde version, You’re my lucky star), le saxophoniste Stéphane Guillaume (Should I ?, Good Morning), la violoniste Mathilde Febrer (Sing before breakfast, contrechants inspirés un peu partout). Quant à la rythmique, elle est à son affaire  : j’ignorais le talent du contrebassiste Raphaël Dever quand il pratique le tuba, et il épaule superbement le batteur et leader de la formation. Sur ce point en tout cas, les ancêtres de référence sont largement surclassés… Un parti est un parti, cette formation s’en est tenue à son projet, s’est donné le temps de le par Laurent Verdeaux peaufiner et a atteint son but. Ne cherchez pas dans la production du « Spirit of Chicago » des traces du courant principal de l’époque, ce jazz noir dont les héros étaient Fletcher Henderson, Duke Ellington ou Charlie Johnson  : ce n’est pas le sujet. On est ici dans un autre univers social et musical, et le mérite de cette formation d’allumés, par ailleurs techniquement irréprochable, est de l’avoir exploré dans le détail, d’être capable d’y replonger l’auditoire et même de lui donner envie de ressortir tuxedo, chapeau cloche et robe charleston pour aller se démener au dancing ou trouver à boire un coup de whisky de baignoire au « speakeasy » du coin.
Jazz power Anthropologie de la condition noire chez Ralph Edison Emmanuel Parent Natif de Oklahoma City, Ralph Ellison (1914-1994) est un des écrivains afro-américains les plus importants qui soient. Moins connu en Europe que Richard Wright, James Baldwin ou Toni Morrison, il l’est beaucoup plus aux USA grâce à ses écrits et à son (seul) roman, Invisible Man (traduit en français sous le titre Homme invisible, pour qui chantes-tu ?) , lectures essentielles pour qui souhaite comprendre l’univers étrange et irrationnel qui a valu au monde la musique de jazz. Cette étude du chercheur Emmanuel Parent, relative au fil conducteur de l’œuvre ellisonienne est d’un grand intérêt, car l’art musical dont il est question – le jazz, donc – y est remis à sa vraie place de phénomène de société. Musicien dans l’âme, Ralph Ellison a partagé tout ce que nous connaissons de la condition des Noirs américains  : le cornet d’occasion, l’adolescence et ses petits boulots (en échange d’un enseignement musical), la vie de hobo (pour rejoindre l’Alabama où une université noire lui a octroyé une bourse d’études), la condition d’ouvrier agricole, la ségrégation sous toutes ses formes. En 1936, il finit par rallier New York, y fait remarquer sa plume et, peu à peu, se consacre au journalisme et à la littérature. Il se juge trop limité pour faire de la musique son métier, mais il en reste très proche, au travers de ce CNRS Éditions - 239 pages qu’il en écoute et de ce qu’il en écrit. Son témoignage est de première importance  : plongé dans le Harlem de la fin des années trente, il connaîtra et vivra pendant plus de cinquante ans avec les artistes les heurs et malheurs d’une musique populaire dont il est capable de nous faire comprendre avec clarté le sens profond. Ralph Ellison n’est jamais dans la logique à la mode du moment  : il est dans le constat. Sur le jazz, son propos est exempt de raisonnement schématique ou de recherche du « sens de l’histoire ». Ce qui concerne la danse, élément vital du jazz, est particulièrement éclairant. En fait, Ralph Ellison ne dissocie pas la musique noire du contexte social dans lequel elle s’exprime, puisque, justement, elle en fait elle-même partie intégrante, lui étant en quelque sorte consubstantielle. Il s’agit là d’un contexte social étrange, qui échappe à l’Européen, lequel a juste hérité de cette musique et l’appréhende – comme d’ailleurs toutes les formes d’art qu’il appréhende – avec des logiques qui sont plus techniques ou historiques que sociales et intemporelles. En lisant Ellison, on prend conscience du côté redoutablement irrationnel de cette société, dans laquelle toute une communauté vit une sorte d’invisibilité en pratiquant le double langage souriant, le comportement persifleur et un art du dosage qui mène à « si tu ris de moi, tu n’as pas besoin de me tuer. Si je peux rire de toi, je n’ai pas besoin de te tuer ». Voilà un humour qui va plus loin que « la politesse du désespoir » et qui laisse en perspective une possibilité de vivre ensemble une Amérique où tout le monde cultive le même drapeau. Indissociable de cette façon de vivre, le jazz, incarné par son plus emblématique représentant  : « J’aime peut-être Louis Armstrong pour avoir fait jaillir de la poésie de l’état invisible » (Ralph Ellison dixit). L’auteur du livre le rejoint pleinement  : « En se posant comme archive sonore de la mémoire noire, le jazz d’Armstrong fonctionne comme une véritable institution soutenant la culture. En un sens, toute l’histoire de la musique noire, et des Noirs eux-mêmes, est concentrée dans un simple chorus d’Armstrong ». Ce qui rejoint une formule restée célèbre de Louis Armstrong lui-même  : « le jazz, c’est ce que vous êtes ». On pourrait écrire un livre entier sur cet ouvrage d’une grande densité… je n’ai fait ici qu’effleurer l’objet, histoire de vous donner, si vous vous intéressez au jazz, envie de le lire en entier ! Lion édition française - N°689//.79



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