Les Défis du CEA n°239 sep 19 à fév 2020
Les Défis du CEA n°239 sep 19 à fév 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°239 de sep 19 à fév 2020

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : CEA

  • Format : (220 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 7 Mo

  • Dans ce numéro : bienvenue dans le sport 3.0.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Nathalie de Noblet-Ducoudré, Bio-climatologue du CEA au LSCE et auteur principal du rapport spécial du Giec sur l’usage des terres 02 L’INTERVIEW Nous vivons sur ces terres et nous dépendons d’elles. Les experts du Giec viennent de publier un rapport spécial sur l’usage des terres et le changement climatique. Alors que la planète connaît des vagues de chaleur, de sécheresse et des incendies sans précédent, Nathalie de Noblet-Ducoudré donne un aperçu de la situation… Propos recueillis par Aude Ganier En premier lieu, qu’est-ce qui distingue ce rapport spécial du Giec des précédents ? Nathalie de Noblet  : Ce rapport est le premier qui ne s’intéresse qu’aux terres émergées (surfaces continentales) et aux diverses pressions qu’elles subissent à la fois par notre usage des sols (pressions directes) et via le changement climatique (pression indirecte). Il traite de la contribution des terres au changement climatique passé, et de leur capacité potentielle à l’atténuer. Il propose également un ensemble de solutions pour lutter contre la désertification, la dégradation des terres et la sécurité alimentaire. Ce rapport est également sans précédent car c’est la première fois que nous avons intégré des éléments de la « littérature grise »  : il s’agit de tout le savoir nonacadémique, ancestral, proposé par des organisations locales sous la forme de documents non évalués à l’époque de leur publication mais dûment analysés par le Giec. Les défis du CEA Septembre 2019 N°239 Les auteurs de ce rapport spécial insistent sur trois messages. Le premier est que les terres sont sous pression constante… N.d.N.  : Nous commençons d’ailleurs par rappeler que nous vivons sur ces terres et que nous dépendons d’elles pour l’essentiel de notre alimentation, notre approvisionnement en eau, notre santé et notre bien-être. Ensuite il faut savoir que près des trois quarts des terres émergées de la planète subissent notre exploitation ou occupation (agriculture, pâturages, exploitation forestière…). Et un quart est déjà considéré comme dégradé, du fait de nos pressions directes. Par exemple  : depuis 1961, l’utilisation de fertilisants a été multipliée par huit, les volumes CEA/A.Ganier d’eau utilisés pour l’irrigation ont presque doublé, la quantité de bois récoltée a augmenté de près de 50%. À cela, s’ajoutent les pressions indirectes du réchauffement climatique qui, depuis l’époque préindustrielle, est aujourd’hui près de deux fois supérieur sur les terres (+1,53 °C) au réchauffement mondial (+0,87 °C). La fréquence, l’intensité et la durée de nombreux événements extrêmes ont augmenté en de nombreuses régions du monde, plus particulièrement les vagues de chaleur, les sécheresses et les événements fortement précipitants. Selon le rapport, les impacts du réchauffement climatique sont déjà visibles sur les écosystèmes terrestres, la désertification, la dégradation des sols, la sécurité alimentaire… N.d.N.  : On observe clairement, dans l’hémisphère nord, le déplacement de plusieurs zones bioclimatiques vers le nord et en altitude, ce qui entraîne une perturbation pour de nombreuses espèces
végétales et animales. De même, la désertification a augmenté dans plusieurs zones semi-arides de l’Afrique subsaharienne, de l’Asie centrale et de l’est, et en Australie, à raison en moyenne de 1% par an entre 1961 et 2013. L’érosion des sols a également augmenté sous l’influence de l’augmentation des événements fortement précipitants et, dans certaines zones côtières, de l’augmentation du niveau des mers. Quant à la sécurité alimentaire, elle est clairement menacée par la diminution des rendements de diverses cultures dans plusieurs régions tropicales ; et de plus en plus par la diminution de la stabilité de ces rendements d’une année à l’autre voire d’une saison à l’autre. Il est toutefois difficile d’isoler la seule contribution du changement climatique à ces impacts. Ils résultent le plus souvent de la combinaison des pressions directes (usage des sols) et indirectes. De même, la façon dont nous utilisons nos terres contribue-t-elle au changement climatique ? N.d.N.  : Si l’activité industrielle reste le premier responsable de l’augmentation des gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère, l’ensemble des activités liées à l’usage des terres contribue à environ 23% de ces émissions. La déforestation, la destruction des zones humides et de tourbières constituent aujourd’hui 10 à 15% des émissions de dioxyde de carbone anthropique. Les systèmes alimentaires à eux seuls (de la production à la consommation) contribuent à 25-30% des émissions de GES, car ils incluent également les émissions liées au transport, stockage, entreposage et conditionnement. De même, les pertes agricoles et déchets alimentaires à l’échelle mondiale s’élèvent à plus de 25% de la production, contribuant à un relargage de CO 2 dans l’atmosphère qui, entre 2010 et 2016, représentaient 8 à 10% des 03 L’INTERVIEW DES CHIFFRES QUI FONT FROID DANS LE DOS 7,7 milliards d’habitants en 2019, contre 3 milliards il y a à peine 50 ans. 23% des émissions totales de gaz à effet de serre sont dues à l’agriculture, la foresterie et les autres types d’utilisation des terres, contribuant pour 13% dans les émissions de dioxyde de carbone (CO2), 44% pour le méthane (CH 4) et 82% pour l’azote (N2O). 50% des émissions de méthane proviennent essentiellement des systèmes digestifs du bétail. 70% de la consommation d’eau douce mondiale est captée par l’agriculture. 178 millions de personnes seraient affectées en 2050 par un manque d’eau avec un réchauffement global de 1,5°C ; 200 millions si ce réchauffement atteignait 2°C ; et 277 millions à +3°C. 29% des émissions anthropiques de CO2 sont absorbées par les écosystèmes terrestres. Les défis du CEA Septembre 2019 N°239 380-620 millions 69-76% de la surface terrestre émergée et non gelée est exploitée par l’être humain. + 1,53°C d’augmentation des températures moyennes à la surface des terres, entre 1850 et 2015, tandis que la température moyenne globale de surface (terres et océans) a augmenté de 0,87°C sur cette même période. de personnes environ vivaient en 2015 dans des zones touchées par la désertification, zones très vulnérables au changement climatique et aux phénomènes extrêmes (sécheresse, vagues de chaleur, tempêtes de poussières). des aliments produits sont perdus dans les pays en développement ou gaspillés dans 1/4les pays développés. 2 milliards de personnes sont en suralimentation quand plus de 800 millions de personnes sont toujours sous-alimentées. 10 à 100 fois plus rapide est l’érosion massive des terres mises en culture, du fait de la perte de qualité des sols  : le facteur 100 concerne la capacité des sols des zones labourées à se restaurer ; et le facteur 10 à 20 concerne les autres sols.



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