Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°04-02 de novembre 1901

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Hachette

  • Format : (155 x 238) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 66,7 Mo

  • Dans ce numéro : fêtes du sacre et entrée des rois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 66 - 67  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
66 67
162 Lectures pour Tous bre m'a forcé de le faire par son ordre du jour de telle date... ». Et, en effet, constamment le Parlement vote des ordres du jour sous cette forme  : « La Chambre, invitant le gouvernement à La Chambre, comptant sur le gouvernement pour. etc., etc. » S'immisçant ainsi dans tous les actes du gouvernement, c'est la Chambre qui, en réalité, gouverne. Elle gouverne comme peut gouverner un corps de 581 têtes, c'est-à-dire d'une façon instable, incohérente, contradictoire, mais enfin elle gouverne. Dès lors, si quelque chose va mal, comme elle l'a voulu, elle ne peut s'en prendre qu'à elle-même. On voit ainsi comment l'excès du régime parlementaire aboutit à l'absence du régime parlementaire. Fait pour séparer les différents pouvoirs et pour fonctionner par leur équilibre, il se détraque et périt quand l'un d'eux devient plus fort que tous les autres. Quant au moyen de réparer ce mal, il est fort simple  : appliquer exactement le régime parlementaire tel qu'il a été organisé par la Constitution, dans sa lettre et clans son esprit, c'est-à-dire exiger que le ministère soit responsable devant la Chambre, mais que le Parlement le laisse gouverner, au lieu de gouverner lui-même. N IMBROGLIO INEXTRICABLE LA COMÉDIE DES MINIS- TÈRES. Nous avons vu que le Parlement clélaisse le Budget, improvise les lois et gouverne au lieu de contrôler. Voyons maintenant le résultat de toutes ces déviations. Le Parlement veut à toute force exercer une fonction qui n'est pas la sienne. Aussi s'en acquittet-il de la façon la plus maladroite. Il dit à un ministère  : « Faites ceci ! faites cela !... Vous avez eu tort dans telle circonstance. Mais non ! ne vous en allez pas ! Ne rendez pas votre tablier !... Je vous approuve... ; seulement, vous, un tel, faites attention ! Vous avez dit une sottise !... Cela va bien Mais vous ne me comprenez donc pas !... Allezvous-en !... » Telle est à peu près le résumé de toutes les séances mémorables qui ont marqué les dernières législatures. Car la Constitution n'a pas prévu que la Chambre voudrait gouverner, et elle ne lui a permis de donner ses ordres que sous des formes très détournées. Alors elle s'épuise en ordres du jour incohérents, pourvus de rallonges, coupés de divisions, dont le vote se prolonge fort avant dans la nuit. Un exemple entre dix va vous le montrer. Un jour, le Gouvernement fut interpellé parce qu'il avait livré à une nation voisine un réfugié politique. Il répondit en posant la question de confiance. Ses amis proposèrent cet ordre du jour  : « La Chambre, approuvant les déclarations du Gouvernement... ». Il fut voté par 8o voix de majorité. Le ministère était sauvé Pas du tout ! Les adversaires proposèrent une adjonction à cet ordre du jour, dirigée contre un des ministres à propos d'un autre sujet et ainsi conçue  : «... et réprouvant les doctrines affirmées dans le discours de M. le ministre ». Cette adjonction fut votée avec 43 voix de majorité. Le ministère semblait perdu Pour l'achever, ses adversaires, revenant sur la première question, proposèrent une autre rallonge ainsi conçue  : «...et regrettant l'extradition... », ce qui était dirigé contre un second ministre et ce qui fut voté par io5 voix de majorité. Ce coup-là, le ministère était bien mort et enterré. Mais la Chambre n'avait pas voulu sa mort. Elle avait voulu blàmer deux ministres sur deux faits, mais elle entendait conserver le ministère. Or, il se trouve que lorsqu'un ordre du jour a été voté par morceaux, le règlement oblige à voter encore sur l'ensemble. Que fit la Chambre devant l'ensemble de cet ordre du jour qu'elle avait adopté en détail ? Que fit-elle ? Elle le repoussa. Il fallait donc tout recommencer. 11 était dix heures du soir. On se disposait à voter l'ordre du jour pur et simple, lorsqu'un orateur de l'opposition monta à la tribune et déclara que l'opposition voterait cet ordre du jour « en y attachant un sentiment de réprobation contre le gouvernement... ». Alors tout changeait. Du moment que « pur et simple » voulait dire « blàme », le ministère ne pouvait plus l'accepter. Il était onze heures du soir. Désespérée de ne pouvoir faire comprendre exactement ce qu'elle voulait, sentant que, si elle recommençait à parler, elle recommencerait à se contredire, elle vota cette proposition extraordinaire  : « La Chambre, comptant sur le gouvernement... et repoussant toute addition qui diminuerait la valeur de cette affirmation, passe à l'ordre du jour... ». Telle est l'incohérence des ordres que le Parlement donne à son ministère, quand il veut à la fois le morigéner et le conserver Quand il veut le renverser, l'incohérence n'est pas moindre. Un jour, la Chambre, nouvellement élue, a voulu dire son avis sur le ministère. Par 295 voix contre 272, elle a voté cette phrase  : « La Chambre, approuvant les déclarations du gouvernement, » qui donnait raison au ministère ; puis, par 295 voix contre 246, elle a ajouté cette phrase  : « résolue à pratiquer une politique appuyée sur une majorité exclusivement républicaine » que le ministère jugeait inutile
et qui donnait tort au ministère ; puis, par 284 voix contre 272, elle a voté l'ensemble de l'ordre du jour, favorable au ministère. Le président du Conseil se trouvait donc en présence de trois votes  : 1° d'une majorité de 27 voix pour lui ; 2° d'une majorité de 49 voix contre lui ; 3° d'une majorité de 12 voix pour lui. Renonçant à comprendre ce vote incompréhensible, il donna sa démission. CRUELLE ENIGME ! LE PRESI- La Machine Parlementaire i63 DENT-(EDIPE ET LE SPHINX- PARLEMENT. C'est à ce moment-là, quand le ministère tombe, qu'apparaît le Président de la République. Choisir les ministres est la principale de ses prérogatives. Pour cela, il commence par examiner le vote de la Chambre qui a renversé l'ancien. Or, ce vote est généralement incompréhensible. Si la Chambre était partagée, comme celle d'Angleterre, en deux grands partis LE DÉPUTE, TEL QU"IL EST TROP SOUVENT. METTEZ, S... UN ORDREDVJOUR DE CONFIANCE ET TIREZ. Le député est trop souvent moins un législateur qu'un commissionnaire envoyé par ses électeurs pour obtenir du gouvernement le plus de petites faveurs possible  : bureaux de tabac, chemins de fer locaux, etc. Alors il dépose des bulletins en faveur du gouvernement, quel qu'il soit, en retour de quoi il obtient ses faveurs. A et B, correspondant à deux grands courants d'opinion, ce serait très clair. Quand le ministère A serait renversé, c'est que la majorité a passé du côté du parti B, et, par conséquent, il faudrait former un ministère B. Rien de plus simple. Mais il n'en est pas du tout ainsi. Pour mener à bien son enquête, le Président de la République observe un rite établi — qui consiste à faire venir le président du Sénat, puis le président de la Chambre, pour leur demander ce qu'ils pensent de l'ordre du jour émis — et quel sens on peut raisonnablement lui donner. Puis il appelle les chefs de groupe, puis les députés influents, toujours afin qu'ils lui expliquent cet ordre du jour. A force de tàtonner, le Président finit par mettre la main sur un homme politique bien vu par la majorité, et il le charge de faire un ministère. L'homme politique, d'après le rite, répond qu'il va consulter ses amis et qu'il rendra réponse le soir. Il les consulte. Le soir, il accepte et se met à courir Paris pour décider les uns ou les autres à entrer dans son ministère. Très souvent il échoue et vient dire au Président qu'il renonce à trouver des aides convenables et rend le tablier. Alors le Président recommence à faire venir le président de la Chambre, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on ait trouvé un nouveau ministère, généralement composé des débris de plusieurs anciens. Comme, de 1879 à 1899, il y a eu 28 ministères différents, c'est-à-dire 3o8 ministres, et comme cependant on ne trouve, pendant cette période, que 138 noms différents au ministère, il faut que les mêmes aient souvent resservi. C'est qu'en effet le Parlement n'a pas voulu précisément chasser tels ou tels hommes. Ce qu'il a voulu, c'est LE DÉPUTÉ, TEL QU'IL DEVRAIT ÊTRE.' » '4  : u:. Ned& Le député, au contraire, ne devrait, dans chaque vote, considérer qu'une chose  : si la proposition est juste ou injuste, bonne ou mauvaise pour l'ensemble du pays.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 1Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 2-3Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 4-5Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 6-7Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 8-9Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 10-11Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 12-13Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 14-15Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 16-17Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 18-19Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 20-21Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 22-23Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 24-25Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 26-27Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 28-29Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 30-31Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 32-33Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 34-35Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 36-37Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 38-39Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 40-41Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 42-43Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 44-45Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 46-47Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 48-49Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 50-51Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 52-53Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 54-55Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 56-57Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 58-59Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 60-61Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 62-63Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 64-65Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 66-67Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 68-69Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 70-71Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 72-73Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 74-75Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 76-77Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 78-79Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 80-81Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 82-83Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 84-85Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 86-87Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 88-89Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 90-91Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 92-93Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 94-95Lectures Pour Tous numéro 04-02 novembre 1901 Page 96