Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°04-02 de novembre 1901

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Hachette

  • Format : (155 x 238) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 66,7 Mo

  • Dans ce numéro : fêtes du sacre et entrée des rois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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136 Lectures pour Tous z.',., -.. 14, - TOULOUAK, IVRE À SON TOUR, TITUBAIT AU MILIEU DE SES KORIAKS, QUI RÉCLAMAIENT A GRANDS CRIS UNE NOUVELLE RATION D'ALCOOL. aux Rennes ; c'est le nom du village de la vieille  : elle parle un patois d'enfer, mais je reconnais des mots. C'est des Koriaks pêcheurs du Kamtchatka, tout va bien. Où est la Rivière aux Rennes ?... » interrogea Raoul.. Bob s'agita quelques instants, poussa des cris rauques ; la vieille montra le soleil, fit quatre fois tourner son bras. « Quatre jours de marche, bon. Nous devons partir le plus tôt possible, n'est-ce pas ?... » Sickingen luimême était d'avis qu'une visite au village était nécessaire. On pouvait ÿ espérer là un ravitaillement sérieux avant de retourner attendre le Salvador sur la côte. Mais c'est ici que la difficulté commençait. La vieille comprenait fort bien ce que les étràngers attendaient d'elle ; mais d'impérieux devoirs l'attachaient à ce cercueil. Elle raconta ou plutôt mima, pendant une heure, l'histoire du brave qui dormait dans les branchages  : il chassait, il pêchait mieux que les autres Maintenant, c'était fini ; et les étrangers avaient mangé les poissons qu'il devait emporter chez le Grand-Esprit. La vieille ne pouvait pas s'en aller, elle devait veiller le corps de son époux En vain Bob multipliait les pantomimes encourageantes  : on ne pouvait rien obtenir de cette fidèle épouse. Tout d'un coup, Sickingen, qui s'impatientait bruyamment, écarta Bob, et, se campant en face de Marutcha, lui mit sous les yeux sa chaîne de montre, une large chaîne d'or qui faisait un contraste curieux avec les vêtements déjà en loques du naufragé. L'effet fut instantané. La vieille femme était visiblement ravie  : elle saisit brusquement la main du comte, la posa sur le chignon huileux qui couronnait sa face couturée, puis, après un geste d'adieu rapide au cercueil, elle se mit à trotter vers l'ouest, invitant Sickingen à la suivre. Les quatre naufragés se hâtèrent derrière elle ; Bob prit le temps de ramasser les javelots du mort, Hamilton maniait déjà avec élégance un énorme épieu, Raoul avait toujours sa carabine. Sickingen ne portait rien. Mais à de.fréquents intervalles, en des expansions subites, Marutcha se retournait vers lui, lui saisissait les mains, voulait de nouveau y frotter son chignon Sickingen mettait peu d'empressement à répondre à ces avances déconcertantes. Pourtant la détresse commune ne faisait pas oublier aux deux concurrents leur lutte passionnée ; et ils s'exaspéraient en silence de ce long délai, où, contraints à une neutralité passagère, ils subissaient l'un à côté de
Le Dernier l'autre une inaction qui compromettait gravement le succès possible. A chaque halte, à l'écart de ses compagnons, Raoul tirait de sa gaine l'esquisse du portrait d'Eva, la contemplait avec attendrissement, et sentait plus ardente sa volonté de réussir  : mais il lisait dans les yeux de Sickingen une froide obstination pareille à la sienne. A plusieurs reprises les deux hommes se lancèrent un regard d'une si évidente provocation qu'ils semblaient décidés à quelque éclat brutal. Enfin, vers le soir du quatrième jour, comme, du haut d'un tertre, on découvrait une rivière libre de glaces coulant à quelques kilomètres, Marutcha saisit le bras de Sickingen en annonçant avec une solennité émue  : « Ya-Thenaoddi. » SDITES IMPRÉVUES D'UNE LIBÉ- RALITÉ IMPRUDENTE. Les quatre naufragés eurent un instant de découragement. Nulle apparence de village, de campement même ; n'égayait la toundra, la plaine désespérément vide. Bob pourtant fit remarquer à ses compagnons un certain nombre d'embarcations dispersées sur la rivière. « C'est des petits kaïaks en peau de phoque, voyez, expliqua le prospecteur ; c'est bon pour chasser dans la mer froide  : si l'on chavire, on les retourne, parfois on les met sur la glace, on les traîne, on les porte, on en fait ce qu'on veut. Nous sommes censément chez une tribu de Koriaks pêcheurs ; tenez, il y a aussi de grands canots en écorce de bouleau. Et là, vous n'apercevez pas des fumées, là, tout près de l'eau ? — Des herbes qui brûlent, c'est au ras du sol, remarqua f amilton. - Pour vous, c'est peut-être le plancher, déclara le trappeur, mais pour les Koriaks, c'est le toit. Ils font leurs maisons dans la terre rapport au froid. J'ai vu des villages comme ça, pas bien loin du Cap Oriental » Raoul et Sickingen ne purent réprimer un tressaillement  : le Cap Oriental, le mammouth..., Eva ; chacun d'eux remarqua le mouvement de l'autre, et ils échangèrent un regard d'hostilité. « Nous serions donc dans le voisinage du Cap Oriental ? interrogea Raoul. — Malin qui sait où nous sommes ! répondit Bob, haussant les épaules. Cette rivière doit se jeter clans une des baies creuses, au sud du Cap, où les baleiniers ne se risquent pas. » La petite troupe descendait la pente assez raide de la colline derrière Marutcha quand, à 200 mètres des fumées, celle-ci, poussant Mammouth 137 un sifflement aigu, se mit à courir. En un instant, d'une série de taupinières dispersées comme au hasard le long de la rivière, une bonne centaine de Koriaks surgirent. Les explorateurs reconnurent vite une tribu d'origine kalmouke  : tous les indigènes avaient, comme Marutcha, un large visage épanoui autour d'un nez épaté, les yeux bridés, les cheveux huileux ; ils étaient vêtus de peaux de phoques et de morses grossièrement accommodées d'énormes bottes, aux bouts arrondis et recourbés en l'air, des bonnets fourrés, complétaient leur habillement. Les chasseurs remarquèrent tout de suite que les Koriaks n'étaient armés que de javelots, d'épieux et d'arcs. Pendant ce temps, Marutcha n'avait cessé de pérorer au milieu des Koriaks, montrant avec force gestes les chasseurs, surtout Sickingen. Comme le groupe, silencieux et méfiant, ne bougeait pas, Bob, levant les bras pour montrer qu'il était sans armes, fit quelques pas en avant et égrena son répertoire koriak. Presque aussitôt, les indigènes l'entourèrent ; puis, avec une cordialité insistante, se pressèrènt autour de Sickingen. Celui-ci commençait. à déplorer sa popularité  : Marutcha, poussant des cris aigus, avait empoigné sa chaîne de montre d'une main et, de l'autre maintenait obstinément les doigts du comte dans ses cheveux ; les Koriaks frappaient amicalement sur l'épaule de Sickingen, le serraient contre leurs peaux de phoque. Au milieu du vacarme, Bob essayait de surprendre quelques mots. « Le gros, là, celui qui, a ce peigne en arête dans le chignon, c'est le chef, comme qui dirait le roi... Toulouak... qu'on rappelle. » A l'énoncé de son nom, un gros Koriak, fort occupé à frictionner cordialement les bras de Sickingen, se précipita vers les trois chasseurs, répétant avec emphase  : « Toulouak..., Toulouak. — Il se présente, fit observer à ses compagnons le bon Hamilton, qui crut poli de répondre  : Monsieur Toulouak, Fred Hamilton, de New-York. » Mais le chef des Koriaks saisit aussitôt dans ses bras le membre du Bachelor's Club, frotta son chignon contre le nez de son hôte. « Il est... cordial, bégayait Hamilton suffoqué, vraiment cordial. » Une acclamation enthousiaste l'interrompit. Au milieu d'un délire général, Sickingen venait de décrocher sa chaîne et de la tendre à Marutcha ; il se dégageait péniblement du groupe et rejoignait ses com-



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