Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°04-02 de novembre 1901

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Hachette

  • Format : (155 x 238) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 66,7 Mo

  • Dans ce numéro : fêtes du sacre et entrée des rois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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126 Lectures pour Tous d'écrire. Il travaillait avec acharnement jusqu'à ce que l'arrivée de quelque connaissance le forçât de prendre la fuite. De là, il entrait au café d'Orsay, s'installait à une table isolée et déployait tout son matériel. A peine avait-il écrit quelques lignes, qu'un ami se dressait devant lui et entamait une longue conversation. Gérard reprenait son mobilier de poche et partait. De déballage en déballage, il arri- PONSON DU TERRAIL. — D'APRÈS UNE CARICATURE D'ANDRÉ GILL. Le spirituel caricaturiste a représenté le père de Rocambole écrivant avec trois mains trois romans différents, tandis qu'une quatrième plume marche d'elle-même sous la seule influence de la verve de l'auteur. vait au bout de son article ou (le sa nouvelle, toujours à la dernière minute. » Aussi irrégulière et bizarre était la façon de procéder de Villiers (le l'Isle-Adam. L'auteur des Contes cruels ne rentrait jamais se coucher avant l'aube et ne se réveillait guère qu'à midi. Il avalait une tasse de bouillon, puis se mettait au travail sans se lever. Assis dans son lit, soutenu par plusieurs oreillers, il écrivait au crayon jusqu'à six heures du soir, quelquefois jusqu'à neuf heures, c'est-à-dire jusqu'au moment où il se levait pour aller passer sa nuit dans quelque cabaret de Montmartre ou des I Ialles. Plus attristante encore est l'image du poète Verlaine vagabondant à travers les cabarets du Paris nocturne. M. Maurice Spronck se souvient de l'avoir aperçu attablé dans un café peu fréquenté (le la rive gauche. Il reconnut le poète dans ce vagabond pitoyable à tête de « faune vicieux ». Il avait devant lui, avec du papier blanc, son encrier d'un côté, son verre d'absinthe de l'autre. « Parfois il griffonnait hâtivement quelques lignes en marmottant des paroles inintelligibles ; puis, brusquement, il trempait sa plume clans son verre, la rejetait sur la table d'un geste de dépit, se frottait les mains ou les agitait avec un tremblement de malade, riait d'un rire muet qui accentuait encore les reliefs inquiétants (le sa physionomie tourmentée ; puis soudain il avalait une gorgée de son breuvage et reprenait sa besogne, ne voyant rien autour de lui, toujours trépidant, toujours convulsif, comme secoué par une sorte de fièvre dont on n'aurait trop pu dire si elle était la conséquence de la folie ou de l'alcool. » A ses moments de lucidité, Verlaine déplorait sa faiblesse et s'adressait les pires injures, ce qui d'ailleurs ne l'empêchait pas de recommencer. Au contraire, I-Ioffmann, le fameux auteur des Contes fantastiques, était fier de son vice ; ou, pour mieux dire, l'ébriété, à ses veux, n'était pas un vice, mais vraiment un procédé de travail faisant partie des nécessités du métier pour l'artiste et pour l'écrivain. Fort de ce principe, Hoffmanndescend au détail, et construit savamment la gamme des excitants. Il parle en docteur  : « je recommanderais, pour la musique d'église, les vieux vins de France ou du Rhin ; pour l'opéra sérieux, le meilleur Bourgogne ; pour l'opéra-comique, le champagne ; pour les canzonettas, les vins chaleureux d'Italie ; et enfin, pour une composition éminemment romantique comme le Don Juan, un verre modéré de la boisson issue du combat entre les salamandres et les gnomes ». C'est le punch qu'il veut dire, le punch
Procédés de Travail et Manies des Écrivains 127 fait de l'alcool enflammé qui dévore les esprits du sucre. Les théories d'I-Ioffmanneurent sur leur auteur même leur effet immédiat et immanquable  : elles le conduisirent à la paralysie suivie d'une mort prématurée. A RÉGULARITÉ, VÉRITABLE SE- CRET DU TRAVAIL FÉCOND. Le cas (le ces écrivains chez qui (les dons remarquables ont été stérilisés par le désordre et l'excentricité de leur vie est déjà bien significatif. Il nous donne à deviner que la régularité, la suite patiente, l'opiniâtreté calme, sont encore les plus sûres garanties d'un travail fécond. Et c'est en effet ce que prouve avec éclat l'exemple de presque tous les grands écrivains qui nous étonnent par l'abondance de leur production tant que nous n'en avons pas découvert le secret. Buffon, pour se mettre au travail, se parait-il de ces fameuses manchettes de dentelle que lui attribue la légende ? Ce n'est rien moins que sûr. Ce qui l'est davantage, c'est qu'on le voyait chaque matin, à cinq heures exactement, sortir de sa maison, traverser son parc, et s'acheminer vers sa salle d'étude installée dans une vieille tour au fond du jardin. Là, il commençait à dicter à son secrétaire. A neuf heures, son valet de chambre JULES JANIN. On prétend que Buffon ne ouvait se mettre au travail sans ses manchettes de dentelle. De même, jules Janin. h en croire ce croquis satirique. était incapable de prendre une plume s'il n'avait pas son bonnet de nuit sur la tcte. ALEXANDRE DUMAS PÈRE. L'imagination si variée de Dumas père ltii rendait, entre autres services, celui de le fournir abondamment d'impressions de voyage. C'est cette fécondité qu'a signalée avec esprit l'auteur de cette caricature. venait l'accommoder et le coiffer, sans qu'il cessât un instant la dictée. Goethe consacrait au travail toutes les matinées invariablement. Dickens écrivait chaque matin trois pages, pas une de plus. Trois pages par jour, cela fait au bout de l'année plusieurs volumes ; au bout d'une vie, cela fait une bibliothèque. Victor Hugo est chez nous le type de ces travailleurs au labeur uniforme et inlassable. Levé à cinq heures, il se mettait immédiatement à sa tâche. 11 écrivait debout sur un bureau élevé, placé clans sa chambre à coucher près de la fenêtre. Une marge ample et régulière encadrait ses vers tracés sur papier de grand format avec une plume d'oie, d'une écriture fortement empâtée, nette et virile. De même que Dickens rédigeait toujours trois pages, Hugo écrivait



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