Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°04-02 de novembre 1901

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Hachette

  • Format : (155 x 238) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 66,7 Mo

  • Dans ce numéro : fêtes du sacre et entrée des rois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Inp Lectures pour Tous que sur un certain papier d'une dimension comme d'une pâte déterminées, avec des plumes, une encre, qui parfois n'ont d'autre particularité que d'être ses plumes et son encre. Mettez-le dans le cadre qui lui est ordinaire, donnez-lui ses outils familiers, il travaillera avec allégresse et facilité. Changez MOLICRE ET SA SERVANTE. — GRAVURE DE LEDOUX. Les renseignements que Mous avons sur la façon dont travaillaient les écrivains d'autrefois sont peu nombreux et peu sûrs. Une tradition, ou une légende,veut que Molière, avant de livrer ses comédies au public, ait eu coutume de les lire iz sa servante, la vieille Laforêt. quoi que ce soit à ces accessoires indispensables, le voilà malheureux, gêné, réduit à l'impuissance. Bizarreries ! direz-vous, puérilités ! Cela est possible, mais telle est, en effet, la nature de l'habitude. Comme l'a dit Sully-Prudhomme, L'habitude est une étrangère Qui supplante en nous la raison. C'est une ancienne ménagère Qui s'installe dans la maison Mais imprudent qui s'abandonne A son joug une fois porté ! Cette vieille au pas monotone Endort la jeune liberté. C'est ainsi qu'elle peut devenir tour à tour une aide ou un obstacle. Satisfaite, elle facilite le travail de l'auteur, et pour ainsi dire en exécute une partie grâce à l'activité inconsciente qu'elle crée en nous. Contrariée, elle empêche l'écrivain de rien produire. Elle est tout ensemble pour lui une servante et un tyran. ES ÉCRIVAINS D'AU- TREFOIS SE DÉRO- BENT A NOTRE CURIOSITÉ. Sur les écrivains d'autrefois, sur nos grands maîtres classiques du xvite siècle, nous n'avons que fort peu de détails de ce genre. Ils mettaient une sorte de coquetterie à cacher leurs procédés de travail. Ils pensaient, avec une réserve délicate, que l'oeuvre seule importe au public, et qu'il n'a pas à savoir comment elle a été exécutée. Nous les louons sans doute de cette noble fierté, ou, si l'on veut, de cette modestie. Mais notre curiosité n'y trouve pas son compte. Pour les écrivains du xVIIIe siècle, nous sommes déjà mieux renseignés. Voltaire, esprit universel, aussi étonnant pour la souplesse que pour la fécondité de son génie, a dans son cabinet plusieurs pupitres sur lesquels sont placés les manuscrits commencés des diverses oeuvres'qu'il mène de front ; sur l'un une tragédie, sur l'autre une oeuvre historique, sur un troisième un conte. Il va de l'un à l'autre, travaillant à peu près une heure à chacun. Voltaire est un mondain  : il aime l'élégance, le luxe, les beaux meubles, le décor de la richesse. Jean-Jacques Rousseau est un sauvage. Amant et peintre de la nature, il a besoin pour écrire que ses yeux se reposent sur un cadre champêtre. Il disait que la forêt de Montmorency était son cabinet de travail. Le voici obligé de s'installer à Paris. Il habite au quatrième étage, rue de la Plâtrerie, une seule pièce qui sert de chambre à coucher, de salle à manger et de cabinet de travail  : un lit à rideaux communs, un fourneau de cuisine, entourent sa table à écrire. Là, Rousseau, vêtu d'une robe d'indienne et coiffé d'un bonnet de coton, écrit, joue de l'épinette,
Procédés de Travail et Manies des Écrivains écume le pot qui bout à côté de son encrier. Devant ses yeux, un plan en couleur de la forêt de Montmorency, une cage peuplée de serins, quelques fleurs installées sur la fenêtre, simulent tant bien que mal un décor champêtre. Il est des écrivains, pareils à des écoliers, toujours prêts à s'échapper et qui ne travaillent qu'à condition d'être enfermés. Le poète Delille était (le ceux-là. Sa femme, bonne ménagère, attentive au gain, le savait. C'est pourquoi elle mettait son mari littéralement sous clef. Un jour, deux des amis de ce dernier vont lui faire visite. Ils sonnent, ils appellent, la porte reste close. Enfin la voix de Delille s'informe et annonce piteusement  : « Ma femme est sortie, elle m'a enfermé pour que je travaille. Attendez un peu, elle va rentrer. » Bientôt apparaît Mme Delille, revenant DELILLE DICTANT DES VERS Â SA FEMME. Jugeant que la poésie vaut de Tangent. lafemme de Delille enfermait son mari pour le forcer à travailler  : quelquefois, méme, pour mieux surveiller le captif. elle s'improvisait son secrétaire. (Gravure de Laugier.) VOLTAIRE AU TRAVAIL. — D'APRÈS UNE MAQUETTE EN BOIS CONSERVÉE AU MUSÉE CARNAVALET. du marché, un énorme panier sous le bras. Elle introduit sans bonne grâce les deux visiteurs ; on parle littérature, on dit des vers, et Delille commence à réciter une tirade de la Phèdre de Racine. Sa femme se précipite et l'interrompt  : « Prenez garde, ne dites pas vos vers comme ça ! On peut les retenir et vous les prendre » Dès que les visiteurs sont partis, Mme Delille fait asseoir son mari, lui met une plume entre les mains  : « Allons, monsieur Delille, il s'agit maintenant de rattraper tout ce temps perdu. - Mais j'ai travaillé pendant votre absence. — Eli bien ! travaillez encore un peu. Vous savez que chacun de vos vers représente à peu près cinq francs. Vous pouvez bien travailler pour quarante francs avant déjeuner » N FORÇAT DU TRAVAIL. 1 2 I Au contraire (le ce que nous venons d'observer pour les écrivains d'autrefois, nous sommes renseignés abondamment et minutieusement sur les procédés de travail des écrivains du me siècle. Ceux-ci, très soucieux, pour la plupart, de publicité, n'ont rien négligé pour se mettre en scène. Nous connaissons la préparation (le leurs ouvrages, les dessous de leur talent, leurs manies et leurs tics.



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