Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°04-02 de novembre 1901

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Hachette

  • Format : (155 x 238) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 66,7 Mo

  • Dans ce numéro : fêtes du sacre et entrée des rois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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1I2 Lectures propre à la Parisienne du second Empire. Belle ? Peut-être, mais plus gracieuse encore. Spirituelle ? D'un esprit qui était fait surtout du désir et de l'art de plaire. Élégante ? D'une élégance qui venait d'un goût exquis, d'un sentiment de l'harmonie des lignes et des teintes. Elles eurent, les Parisiennes d'alors, ce mérite d'être'jolies, malgré des modes qui en eussent enlaidi tant d'autres, de porter sans paraître ridicules l'engonçante crinoline, et de se draper avec aisance dans le cachemire qui leur donnait sous le ciel parisien un vague air de princesses lointaines. Restée veuve après quelques mois d'une union malheureuse, la comtesse Olympe faisait sa rentrée dans le monde. Une sympathie soudaine attira le prince et la jeune femme. Les occasions ne manquèrent pas qui devaient les rapprocher par la suite. Aux "Tuileries, dans les réceptions intimes auxquelles l'Impératrice donnait tant de charme, à Compiègne où l'Empereur accueillait les artistes et les écrivains, aux représentations de gala, aux fêtes du corps diplomatique, ils se retrouvèrent, ils se plurent. Ce fut une idylle exquise. Quand le prince George dut quitter son cher Paris, il voulut que la comtesse Olympe reçût de lui, en souvenir de leur pur et idéal amour, une broche de turquoises figurant des myosotis. Or, ceux qui, dans le Paris d'aujourd'hui, aiment à flàner parmi les rues silencieuses du faubourg Saint-Germain, ont été maintes fois intrigués par l'air énigmatique et le visage mystèrieux de certain hôtel de la rue de Varenne. Dans ce quartier aristocratique, les portes des vieux hôtels oubliés par l' « haussmannisation », ont toutes un air de famille, et toutes pourtant ont leur physionomie propre et leurs habitudes qui les distinguent. Les unes, hospitalières, laissent apercevoir le noble perron, paraître au dehors un peu de vie et de luxe. D'autres s'entre-bàillent comme en un sourire discret. Il en est de dédaigneuses qui ne s'ouvrent qu'à bon escient devant les équipages armoriés ; de pompeuses qui, le soir, s'éclairent d'un cordon de gaz et engouffrent des flots de visiteurs. Une seule reste sourde, toujours et en tout temps, aux sollicitations et aux insistances. Elle ne s'ouvre pas, on ne l'a jamais vue s'ouvrir. A une petite entrée de service, au coin du bâtiment, les fournisseurs viennent, à jour et à heures fixes, apporter des provisions que reçoit une femme en bonnet noir ; et nul ne va plus avant, ne traverse la cour envahie pour Tous par l'herbe, n'accède à la maison, dont les persiennes restent toujours hermétiquement closes, maison impénétrable, mystérieuse, inanimée, en plein Paris vivant et bourdonnant. Ils seraient fort étonnés, les vieux Parisiens, s'ils apprenaient que celle dont l'existence s'achève dans le silence, entre ces murs froids de couvent, fut jadis une des plus fêtées, des plus brillantes, des plus mondaines, et que la maîtresse de ce logis monastique s'appelle la comtesse Olympe. Sur les fêtes radieuses de la fin du second Empire, la jeune femme avait vu soudain l'horizon s'assombrir, éclater l'orage. Ç'avaient été, dans l'espace de quelques mois, nos armées vaincues, le sol national envahi, un trône renversé, les misères de Paris assiégé, les horreurs de la guerre civile. Et, tandis que la France agonisait, les puissances européennes assistaient impassibles à sa détresse. Parmi ces souverains à qui Paris avait fait un si cordial accueil, aucun n'était accouru pour mettre son épée au service de la nation malheureuse. Lui aussi, le prince George, ce Parisien d'adoption, s'était confiné dans cette immobilité indifférente à laquelle le condamnaient les nécessités de la politique. Mais les femmes ne comprennent pas les raisons d'État. Blessée au coeur, ulcérée dans soli âme de Française, humiliée dans ses goûts d'aristocrate, la comtesse Olympe ne voulut pas continuer de vivre dans une société nouvelle à laquelle elle se sentait étrangère. A sa carrière brillante, elle décida de donner une fin brusque  : l'éclipse et non le déclin. Désormais tout son souci tint en ces quelques mots  : oublier, se faire oublier. La comtesse délaissa le rez-de-chaussée de son petit hôtel, si ingénieusement disposé pour les réceptions, où, sur un théâtre en miniature, on avait joué les proverbes d'Octave Feuillet. Elle se cantonna dans un petit appartement au premier, sur le jardin. De ce côté, on ne voyait rien de la rue, presque rien de la ville. De grands murs bornaient l'horizon, composé de quelques arbres, d'une charmille, d'une pelouse émaillée de corbeilles et de jets d'eau. Des feuilles mortes aux feuilles nouvelles, des feuilles nouvelles aux feuilles mortes, elle reposa sur ce coin de nature ses beaux yeux qui avaient vu tant d'éclat, tant de splendeurs, tant de catastrophes ; et, ne pouvant plus rêver de l'avenir, elle rêva du passé ! Les semaines s'écoulèrent, puis les mois.
SUR SA DEMANDE, L'IMPIRATRICE PRÉSENTA AU JEUNE PRINCE LA JOLIE COMTESSE. 40 Année. — 2e Liv. 8



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