Lectures Pour Tous n°04-01 octobre 1901
Lectures Pour Tous n°04-01 octobre 1901
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°04-01 de octobre 1901

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Hachette

  • Format : (155 x 238) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 62,3 Mo

  • Dans ce numéro : boutiques du vieux Paris et marchands d'autrefois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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6 Lectures pour Tous LA BOUTIQUE DU CORDONNIER. — D'APRÈS UNE GRAVURE DE GRAVELOT. Les statuts des corporations ordonnaient que les boutiques fussent largement ouvertes sur la rue, afin que l'on pût bien voir qu'il ne s'y faisait rien de contraire au règlement. Autour du patron travaillaient les apprentis et les compagnons qui habitaient avec lui et faisaient partie de la famille. « Petit Dunkerque », c'est la jalousie qui parle ». Et ce sont, dominant les chuchotements confidentiels des belles amies, le bruissement des robes de soie et le tintement des breloques à grelot que portent alors les petits-maîtres, des causeries, des émerveillements et des rires sans fin,— tandis que M. de Voltaire, qui se plaît au milieu de ce luxe aimable et de cette société élégante du « Petit Dunkerque », sourit à quelque bibelot plus précieux et plus fragile, que ses doigts maigres manient avec des délicatesses féminines. Le « Petit Dunkerque » n'était pas seul, d'ailleurs, à jouir de cette étonnante faveur. On parlait couramment du « cercle » de Mlle Moreau, la marchande de rouge de la reine. La passion des estampes et des éditions de très petit format attirait chez tel libraire ce que l'aristocratie, les lettres et les arts comptaient de plus illustre. C'était chez Finet, l'horloger de la cour, chez Stras, le fameux bijoutier, chez Gersaint, le marchand de tableaux du Pont-Neuf surtout, que se discutaient les dernières nouvelles de la cour, le dernier sermon de Saint-Sulpice, la dernière mode choisie pour la « petite oye », le dernier succès de Mlle Guimard, la danseuse, et la dernière ordonnance du Dr Tronchin. Tout en commentant le talent de la Rosalba, ou la perfection d'une édition créée pour le comte d'Artois par Didot, on parlait tour à tour littérature et toilette, occultisme et bonne chère Des caquetages, des rires, des coquetteries, la fête des fins visages, des habits clairs, (les galons d'or, des ramages chatoyants, (les plumes légères et des éventails fleuris, faisaient un salon de la moindre boutique pour peu que cette fée, la Mode, l'eût marquée de son doigt capricieux.r...\ANS L'ANCIEN COMMERCE TOUT DÉNOTAIT UNE RECHERCh iE D'ART. Cette clientèle brillante, il fallait l'attirer par l'aspect extérieur du magasin et le luxe des aménagements. La boutique s'élargissait, s'aérait, s'éclairait, se parait. On voit dans les « planches » de l'Encyclopédie une boutique de fourreur, très élégante pour le temps  : une glace élégante à bordure sculptée prolonge la perspective derrière le comptoir ; un poêle de faïence chauffe la pièce entourée de rayons sur lesquels les cartons sont soigneusement rangés ; le jour pénètre par une large devanture vitrée. Une autre boutique, celle de Geoffroy, l'apothicaire, n'est pas moins attrayante. On y entre par une porte cochère ornée de niches et de grands vases de cuivre. Les salles sont garnies de brillants bocaux et de mortiers de bronze. Les drogues et les préparations sont renfermées dans des armoires tout autour des pièces. Peu à peu on apporte un soin plus habile, un goût plus ingénieux à disposer les marchandises. C'est la science de « l'étalage » qui fait son apparition. Quand le duc d'Orléans eut fait construire les galeries du Palais- Royal, on put admirer dans les boutiques dont elles étaient garnies des marchandises précieuses, élégantes, arrangées avec art, au delà des fenêtres munies de vitres qui remplaçaient les anciens verres enchâssés de plomb. Nous sommes loin encore du ma-
Boutiques du Vieux Paris et Marchands d'autrefois 7 gasin moderne ; mais quel progrès, quand on compare ces galeries du Palais-Royal avec les galeries du Palais de Justice qui avaient eu longtemps grande vogue et dont les étalages rappelaient ceux des foires ! Puis, entraîné par ce luxe nouveau, l'art, l'art si délicat et si gracieux de l'époque, descend jusqu'aux détails de la vie, se mêle à eux, les revêt d'un charme rare jusque dans ce milieu prosaïque des échanges commerciaux. Watteau peint l'enseigne de Gersaint, le marchand de tableaux ; Chardin, celle d'un chirurgien-barbier ; Cochin fils grave celle de Stras. De simples bouts de papier ou de carton, les adresses que les marchands distribuent à leurs clients, les factures qu'ils leur envoient s'enguirlandent de délicieux caprices que de véritables artistes ne dédaignent pas de signer. Ces petites choses ont leurs grands maîtres ! Choffart se fait l'annonceur du graveur Aubert, à l'enseigne du « Papillon », de l'horloger Dauthiac, et l'apothicaire du roi lui commande pour les couvertures de ses fioles et de ses boîtes la gravure de seize dessins différents. Moreau dessine l'adresse de Chamot le marchand tailleur, Eisen égaye joli- ment du jeu des Amours et de la grâce des fleurs les sphères et les boussoles qui doivent caractériser l'adresse de Magny, « l'ingénieur pour horlogerie ». C'est à qui créera, pour poétiser ces choses positives, les plus fines guirlandes, les plus délicates rocailles, les plus sveltes cornes d'abondance, les plus élégants rinceaux. Et le goût français, l'industrie et le commerce français s'en vont faire loi dans tous les pays de l'Europe auxquels une poupée habillée et rhabillée par la grande faiseuse de la rue Saint-Honoré porte chaque mois les modes de Paris. MARCHANDS TENTATEURS ET BOUTIQUIÈRES IRRÉSIS- TIBLES. « Les boutiques sont tendues de fils invisibles où vont se prendre tous les acheteurs », a dit un écrivain du temps, Montesquieu. Et un étranger, en séjour à Paris, écrivait  : « Gardez-vous, si vous venez à Paris, de mettre le pied dans les boutiques où l'on vend les choses inutiles ». Une jolie chose inutile ! Rien n'est plus attirant. C'était l'avis des élégantes du xvine siècle, et les marchands le savaient bien. LA CRÉMERIE EN PLEIN VENT.— D'APRÈS UNE ESTAMPE DE DEBUCOURT. Placée au coin d'une rue ou sous une porte cochère, avec son installation sommaire composée d'une table, d'un pot de lait, de quelques tasses et d'une corbeille de pains, la crémière avait pour clients habituels l'apprentie repasseuse, la marchande de fleurs, le laquais et l'ouvrier.



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