Lectures Pour Tous n°04-01 octobre 1901
Lectures Pour Tous n°04-01 octobre 1901
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°04-01 de octobre 1901

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Hachette

  • Format : (155 x 238) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 62,3 Mo

  • Dans ce numéro : boutiques du vieux Paris et marchands d'autrefois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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48 Lectures pour Tous — Regardez plutôt les inscriptions qui étiquettent et numérotent les caisses  : j'ose dire que mon classement est admirablement pratique. » Raoul remarqua alors que cinquantedeux énormes caisses, toutes pareilles, étaient ornées d'une étiquette portant ces mots  : « Vivres — une semaine ». « Comprenez - vous ? triompha Hamilton. Au lieu d'avoir une caisse de lard, une caisse de boeuf, une caisse de moutarde — Vous avez de la moutarde, Freddy ? — Et des pickles, et de la sauce tomate... dans chaque caisse. » Raoul n'insista plus. Il constata l'entassement de cinquante-deux autres caisses, avec cette mention  : « Liquide — une semaine. » « Les caisses timbrées d'une étoile rouge contiennent le champagne, » précisa Hamilton. Il y avait encore une série de ballots, de tonneaux  : « munitions de pêche, , « munitions de chasse », « tente et campement », « vêtements et fourrures ». C'était évidemment une expédition confortable. A l'écart, une caisse, peinte en rouge vif, bariolée de « fragile » et « ne pas ouvrir », intrigua Raoul. Il la montra du doigt à Hamilton. « Ce n'est rien, répondit celui-ci un peu embarrassé. C'est une idée.à moi. I lolà ! vous autres, chargez-moi ça tout de suite avec précautions ; mettez-la dans l'embarcation Personne n'y touchera. » Raoul se contenta de trouver que Fred avait beaucoup d'idées, et monta à bord du Salvador. Là, il fut frappé du nombre de passagers qui encombraient ce bateau, soi-disant affrété pour lui  : il y avait une trentaine d'hommes d'équipage déjà, chiffre plus que suffisant et que le capitaine avait sans doute généreusement forcé ; on payait si bien, chez cet armateur de la cinquième avenue ! En outre, sep solides gaillards, tous anciens mineurs. Mais que faisaient là ces prospecteurs déguenillés, toute cette bande (l'aventuriers de mine peu rassurante qui campaient sur le pont ? Et ces soixante Chinois, peureusement tassés à l'avant, natte contre natte, qui attendaient visiblement le départ ?... Raoul, d'assez mauvaise humeur, monta sur la passerelle. Gros et court, rouge briqué et blanc sale, une courte pipe vissée à la bouche, une casquette autrefois galonnée en arrière (le sa tête réjouie, le capitaine Jones reçut Le Fort avec une familière cordialité. cc C'est vous le gentleman au mammouth ? J'ai vu l'autre gentleman déjà, nous avons pris le whisky ; allons prendre le whisky Un instant, voulez-vous ? interrompit Raoul, nous avons à causer. Qu'est-ce que c'est que tous ces gens-là ? demanda-t-il en indiquant la population bigarrée qui encombrait le pont. — Ça ? répondit le capitaine Jones, ça, c'est rien, c'est des bons garçons que je ramène ou que j'emmène. — Mais le Salvador est affrété par moi, pour une expédition spéciale. — Aucune importance, gentleman. Je vais vous débarquer au cap Prince-de-Galles, pas vrai ? — Non, au cap Oriental en Sibérie ; j'ai changé mon plan. — Ah ! au cap Oriental ?... répéta Jones. Je vous débarque clone au cap Oriental, et, avant de revenir vous chercher, vous et votre mammouth, jusqu'au fond du golfe d'Anadir, comme c'est convenu, et dans la baie de Sainte-Croix, je puis bien utiliser le Salvador : les temps sont durs, gentleman, il faut savoir travailler à l'occasion. J'ai ces braves Chinois, arrivés de Canton hier, à remettre à Vancouver, par une nuit un peu noire  : ils passeront par le cap Oriental, voilà tout ; et chacun de ces braves garçons a, quelque part sur la côte d'Alaska, une propriété d'agrément où je le dépose, gentleman, comprenez-vous ? répliqua Jones avec un vire satisfait. — D'ailleurs,'tout l'arrière du bateau vous est réservé, sauf une cabine où j'ai enfermé des... des papiers d'affaires, comprenezvous, kentleman ? Raoul commençait à trouver le capitaine Jones et le Salvador un peu inquiétants. Il allait éclaircir ces louches combinaisons quand un porteur du télégraphe le rejoignit sur la passerelle et lui remit deux dépêches. La première était l'adieu du roi du fer  : « Cavana.gh insiste mammouth primigenius. « CORLISS. » La seconde contenait ces simples mots  : « Pour toujours. ! « Votre EVA'. » Une joie profonde emplit le coeur de Raoul. Elle avait trouvé le mot qu'il espérait  : « pour toujours ! » Maintenant, il pouvait. partir'heureux. Sans plus se soucier des fantaisistes allures du capitaine Jones, Raoul descendit bien vite dans sa cabine, et, à l'abri des regards, joignit la précieuse dépêche au dessin qu'il portait sur sa poitrine. Il se sentait armé pour toutes les aventures et pro-
tégé contre tous les périls. Il n'y avait plus qu'à partir au plus vite. Il remonta sur le pont. Les dernières caisses étaient embarquées ; mais Hamilton et Bob avaient disparu. Enfin Raoul les vit arriver, menant chacun, avec de grands cris et force coups de fouet, six paires de chiens esquimaux qui firent irruption sur le pont en hurlant lamentablement. « Ce sont des Esquimaux de la plus pure race, fit remarquer Hamilton avec orgueil. C'est un hasard que j'aie pu les acheter ici, à un mineur qui avait tenu à les ramener. — Parfait, Freddy ; et maintenant, capitaine Jones, quand vous voudrez. » Le capitaine Jones se décida à interrompre l'aspiration rythmique de sa pipe, commença (le jurer vigoureusement en trois ou quatre langues. Les hommes se précipitèrent, bousculant les Chinois qui gloussaient, effarés ; les prospecteurs entonnèrent des hourras sonores, les chiens hurlaient de plus belle. Au milieu d'un infernal concert, le Salvador dérapa. Ilamilton déboucha un flacon de whisky, se mit à trinquer avec Bob  : « Au mammouth, vieux Bob ! — Au mammouth, gentleman ! — Au mammouth ! » hurla le capitaine Jones. Accoudé à la passerelle, sans rien voir et sans rien entendre, Raoul murmurait doucement les mots qui chantaient dans son coeur. « Pour toujours ! Votre Eva. » I N PASSAGER INATTENDU. Le carré du Salvador n'avait jamais été aussi brillant que ce soir-là. Ilamilton s'était chargé de l'organisation du premier dîner des explorateurs, et le capitaine Jones, qu'on ne pouvait guère éviter, manifesta bruyamment son approbation devant l'imposant alignement des bouteilles. Le Salvador ne prétendait pas être un bateau pour passagers-de luxe. Quatre cabines, pompeusement qualifiées « premières », entouraient le carré où triomphait Hamilton. Fred et Raoul occupèrent les deux cabines de bâbord ; le capitaine Jones s'était réservé, -sans les consulter, tout le côté tribord. On apercevait, par l'entre-bâillement d'une porte, un râtelier de pipes et un panier de bouteilles (A suivre.) Le Dernier Mammouth 49 O O O qui justifiaient assez sa réelle présence. Mais la quatrième cabine, celle des « papiers d'affaires », restait obstinément close. Raoul, au moment du souper, l'avait fait remarquer à Hamilton. Celui-ci avait haussé les épaules. « Bah ! disait-il, quelque contrebande sans doute. Raoul essaya, à plusieurs reprises, d'arracher à Jones, doucement ému par les largesses d'Hamilton, quelques indices sur le mystère de la cabine fermée. Mais le vieux baleinier, avec une finesse instinctive, éludait toutes les questions. La soirée s'acheva sans incident. Bob, que Fred avait fait descendre, raconta d'extravagantes trouvailles de mammouth  : à croire l'aventurier, les côtes de Behring étaient plantées de défenses colossales, hautes et serrées comme les arbres du Parc Central. Vers minuit, il confiait à Jones que le cap Oriental n'était, en somme, qu'un gigantesque mammouth pétrifié. Raoul ne put s'endormir, songeant que l'aventure était décidément engagée, que chaque minute l'éloignait davantage de celle qu'il aimait pour l'enfoncer davantage dans le mystère et dans l'inconnu Eva était si loin déjà ! A trois heures, énervé de cette songerie morne, il voulut monter sur le pont, où tout semblait calme maintenant. En traversant le carré, qu'une lampe de veille éclairait à demi, il aperçut tout de suite que la porte de la quatrième cabine était ouverte. Il s'arrêta un instant, constata que la couchette était défaite, que des valises, qui paraissaient élégantes, encombraient les filets. Il y avait donc un passager encore sur le Salvador ? et un passager qu'on cachait ? Que signifiait ce mystère ? Jones n'était pas dans sa cabine. Fiévreux, Raoul se précipita vers la passerelle. Comme il gravissait les premiers échelons, quelqu'un descendait. A la clarté de la lune, Le Fort vit un jeune homme, élégant, blondes moustaches au vent, monocle à l'oeil, qui s'arrêta net à son aspect. Il y eut un court silence. Puis, l'inconnu, d'un ton très courtois, en soulevant légèrement son feutre, prononça  : « Passez, je vous en prie, monsieur Le Fort. Et permettez que je me présente moi-mème..., en pays presque sauvage déjà Comte Ulrich de Sickingen. » R. AUZIAS-TURENNE. 4° Année. — ire Liv. 4



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