Lectures Pour Tous n°04-01 octobre 1901
Lectures Pour Tous n°04-01 octobre 1901
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°04-01 de octobre 1901

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Hachette

  • Format : (155 x 238) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 62,3 Mo

  • Dans ce numéro : boutiques du vieux Paris et marchands d'autrefois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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14 - Lectures pour Tous la plus grande servait à la fois de salon, de salle à manger et de chambre pour Manon. « C'était une pièce agréable, dit Mme Roland, qu'on nommerait un salon et que ma modeste mère appelait la salle, proprement meublée, ornée de glaces et de quelques tableaux. A côté, une chambre, dans laquelle mon père avait fait placer son établi, beaucoup d'objets de sculpture et ceux de son art, formait son atelier. » C'était là que Phlipon, enfermé du matin au soir, gravait lentement ses montres et ses médailles. Manon aidait son père clans ses travaux de graveur. Assise sur un haut tabouret, auprès de l'établi, elle burinait un cachet ou « frisait le bord d'une montre ». Parfois, elle interrompait son travail pour rêver et contempler « les vastes déserts du ciel », ou bien songer à l'un de ses auteurs favoris, Plutarque, Rousseau, et bien d'autres, car c'était déjà une grande mangeuse de livres. Les dimanches et fêtes étaient consacrés à la promenade. On allait au Luxembourg, où « le doux frisselis des feuilles agitées légèrement » troublait délicieusement Manon rêveuse et amoureuse de la nature. Parfois, on s'aventurait jusqu'à Meudon. « A cinq heures du matin, le dimanche, chacun était debout ; un habit léger, frais, très simple, quelques fleurs, un voile de gaze, annonçaient les projets du jour. Nous partions ; on allait s'embarquer au Pont-Royal, sur un petit batelet qui, dans le silence d'une navigation douce et rapide, nous conduisait aux rivages de Bellevue. » On buvait du lait frais sous les ombrages de la forêt, puis on déjeunait d'oeufs et de légumes « sous un joli berceau de chèvrefeuille ». « Il ne serait pas trop indifférent, écrit Mlle Phlipon, de vous représenter le grand Colin (l'apprenti), aux cheveux blonds comme leo épis de Cérès, dansant la matelote avec la jeune Lisette (Manon), qui, rouge de plaisir, baisse la tête et les yeux, remue ses bras et ses hanches, en jetant de temps en temps un petit souris. » Il était inévitable que l'apprenti de Phlipon devînt amoureux de la belle Manon  : par malheur pour lui, Manon ne voulait à aucun prix se marier avec un commerçant, et le beau nom de M. Roland de la Platière la séduisait infiniment. Sensible et fougueux à l'excès, le jeune apprenti faisait éclater sa passion en des scènes violentes, menaçait tantôt de se tuer et tantôt de tuer M. Roland. Celui-ci dut songer à prévenir la police. 0 0 0 SOCIÊTÉ NOUVELLE, USAGES NOUVEAUX. Telle était dans ses traits essentiels la vie des marchands d'autrefois. Elle était en accord avec des traditions et des habitudes de vie, une forme de société profondément différentes des nôtres. Rien de plus instructif à ce point de vue que le contraste entre la cliente élégante d'autrefois que nous avons vue tout à l'heure sortir comme d'un écrin, toute parfumée, poudrée, pomponnée, de la chaise où elle s'était laissé bercer mollement — et de la cliente élégante d'à présent que nous voyons tous les jours, vêtue d'un costume presque masculin et couverte de poussière, sauter légèrement de l'automobile qu'elle a peut-être conduit elle-même. Jadis on avait plus de temps à soi, et si la vie n'était pas plus longue, elle était plus lente. Ensuite, dans une société où les classes étaient séparées par des barrières infranchissables, il pouvait y avoir entre vendeurs et clients une familiarité dont nul ne se choquait, et, d'autre part, entre les êtres qui appartenaient au même groupe social régnait une intimité plus étroite. Il s'est fait dans nos moeurs toutes sortes de changements. Nous vivons moins en famille qu'au temps jadis et davantage de la vie individuelle. Nous vivons plus vite qu'autrefois et nous ne pouvons plus guère flàner. Paris s'est agrandi et dans ce grand Paris il ne peut exister entre les commerçants et leur clientèle des rapports d'intimité ; surtout, le progrès économique tend à améliorer la condition du plus grand nombre et à mettre à la portée de tous la plus grande somme possible de bien-être. Dans nos grands magasins, les acheteuses les plus pressées peuvent acquérir en un minimum de temps maints objets qu'elles ont à peine besoin d'aller chercher, attendu que c'est l'objet qui vient au-devant d'elles. Et les clientes les plus modestes peuvent se procurer à un prix abordable telle étoffe séduisante, telle babiole coquette qui jadis étaient réputées articles de luxe et réservées aux riches. Voilà ce qui fait l'utilité des grands magasins. Ils aident nos contemporaines à se donner l'illusion du luxe ; et tout serait pour le mieux s'ils ne contribuaient aussi à faire naître chez beaucoup d'entre elles le désir de ce luxe et à créer par l'effet de la tentation des besoins factices.
LA VI E du DESERT.. ee.t.., rK...eetheee D'après une photo. de] [MlleC. Laguarde.'est la variété des aspects qu'on se plaît tout particulièrement à admirer en C France. De toutes les merveilles de la nature qu'on va contempler au loin, il n'en est guère dont il ne soit possible de découvrir chez nous l'analogue. Dans ce pays, le plus souvent fertile, verdoyant et souriant, on peut, à l'occasion, parcourir de vastes étendues d'dpres et stériles solitudes et mener la « vie du désert » avec ses sauvages aventures, ses galopades en liberté, sa rudesse pittoresque et son imprévu. C'est vraiment un voyage au désert en pleine France que nos lecteurs vont accomplir en suivant les deux compagnons dont notre article retrace l'expédition mouvementée, voyage que chacun, s'il lui en prend fantaisie, pourra renouveler pour son compte et dont il est facile de refaireleur à exemple l'intéressante et curieuse expérience. DEUX spectateurs, un Provençal et un Parisien. se trouvaient, il y a quelques années, à côté l'un de l'autre, au Grand-Théâtre de Lyon, à une représentation de Lohengrin. Durant l'entr'acte, en se promenant au foyer des artistes, le Parisien, enthousiasmé du poème légendaire de Wagner, se prit à regretter que la vie civilisée d'aujourd'hui ne nous permît plus de vivre, ne fût-ce qu'un instant, dans la légende et de connaître les charmes de la vie primitive. « -Pourquoi ? lui répondit son ami le Provençal, sinon parce que vous autres Parisiens vous ne voulez pas sortir de Paris Vous n'imaginez pas qu'il y ait autre chose au monde. Mais la vie primitive est à vos portes  : la légende touche vos murs. Oui, dans les Pampas peut-être, après une traversée de plusieurs semaines dans les steppes de Sibérie, après plusieurs jours de chemin de fer, et encore ! — Voulez-vous gager, répliqua le Provençal, que je vous en O O O montre l'équivalent à quelques lieues d'ici sans passer la mer et que je vous mène en plein désert sans même prendre le train ? — Vous voulez rire ? — Rien de plus sérieux !... » Le Parisien ayant accepté, c'est le résultat de cette excursion parfaitement authentique dans ses plus petits détails que nous racontons ici. Il prouve que notre pays est si varié dans ses aspects qu'on y trouve de tout, jusqu'à la vie du désert, — en pleine France. NAVIGATION DANS LA NUIT. — APPELS MYSTÉRIEUX QUI SE RÉPONDENT. « Empire !... » criait une voix dans la nuit. Elle venait, cette voix, du long « train » de radeaux qui passait près du bateau où nous voguions, chapelet gigantesque et noir flottant sur le fleuve aux tourbillons d'argent. Au bout de l'immense appareil, l'homme de barre maniait, en guise de gouvernail, un arbre horizontal. Tout apparaissait gigan-



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