Le Rire n°330 30 mai 1925
Le Rire n°330 30 mai 1925
  • Prix facial : 0,90 F

  • Parution : n°330 de 30 mai 1925

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 96,1 Mo

  • Dans ce numéro : le char du triomphe.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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LA MATIÈRE IMPOSABLE — Eh bien, dit le roi Hector à son fidèle ministre Sosthènes, m'apportes-tu de l'argent ? — Votre Majesté est bien dépensière, fit Sosthènes sans répondre directement à la question qui lui était posée. Je n'ai que faire de tes observations, répondit le roi... Je t'ai pris, non pas pour me conseiller, mais pour me payer... C'est pourquoi je te répète  : m'apportes-tu de l'argent ?... — Si je trouvais de l'argent, sire, je commencerais par me verser à moi-même mon traitement des deux derniers trimestres, que Votre Majesté, jusqu'à présent, a différé de me régler... — Soit, dit le roi..., j'ai compris le marché que tu me proposes, coquin... Et je t'autorise à prélever ce qui t'est dû sur la somme que tu nie verseras... Car je suis bien certain que tu as déjà une combinaison toute prête... — On ne peut rien cacher à Votre Majesté... — Et, dis-moi, combien ça fera-t-il ?... — C'est selon, sire... Probablement un assez gros chiffre... Il est assez difficile de l'évaluer, car il s'agit d'un impôt... — Un impôt ! s'écria le roi Hector... Tu as réussi à trouver un nouvel impôt !... — Dame, sire, en cherchant bien... — Sosthènes, tu es un grand homme !... Je ne croyais pas qu'il fût possible de trouver un nouvel impôt...ll semblait que nous eussions, dans le royaume, la collection d'impôts la plus complète... Le fait d'en avoir découvert un qui n'existait pas encore est la marque du génie... Mais ton impôt, mon cher Sosthènes, est-ce qu'on le payera ?... Avec une ponctualité remarquable et sans nul retard... — Et quel est-il ce mirifique impôt ? demanda le roi... — Un impôt sur les nuits de noces, sire... — Allons donc !... — Mais oui, sire... Le mari ne pourra plus pénétrer dans la chambre nuptiale avant d'en avoir acquitté le montant... — Théoriquement, c'est admirable... mais, pratiquement, devrons-nous placer des collecteurs pour garder la porte de. UN BEAU PARTI\\L.- Mais elle est bossue, la jeune fille que vous voulez me faire éponser Vous pouvez parler plus haut  : elle est sourde aussi ! Dessin de R. CHANCEL. L'Exposition est ouverte. HOTEL DE LA GARE ne LYON LA REVANCHE — V'là les provinciaux qui arrivent ! Dessin d'Arsène BRIVOT. toutes les jeunes épousées et ne l'ouvrir aux maris que moyennant un droit de péage ?... Ce serait aussi voyant que coûteux... Il sera beaucoup plus facile, sire, de faire verser ce droit au moment de la célébration du mariage contre un reçu en règle sous forme d'acte de l'état civil... Les hommes dépensent assez d'argent pour coucher avec les femmes des autres ou les femmes de tout le monde... Ils trouveront tout naturel de payer beaucoup moins à l'État pour coucher avec leur propre épouse... — Tu es un grand financier, Sôsthènes, dit le roi, parce que tués un grand psychologue... Votre Majesté est bien indulgente..., niais il ne faut abuser ni de la finance ni de la psychologie, sous peine de les mettre finalement en défaut... Et je crois que la limite est tout près d'être atteinte... — Bah ! on verra bien ! s'écria le roi avec insouciance... Ne songeons qu'au plus pressé, qui est de nous joyeusement divertir avec l'argent des maris... ** Le roi Hector, naturellement, ne fit qu'une bouchée des subsides ainsi créés par l'ingéniosité du ministre Sosthènes. Car, trouvant les rentrées quotidiennes insuffisantes, il avait capitalisé pour dix ans, grâce au concours des grandes banques, tous les revenus du nouvel impôt.
Et tout avait fondu entre ses mains prodigues. Il s'adressa une fois de plus à son ministre pour en obtenir des ressources supplémentaires. — Je m'attendais, sire, à d'autres exigences encore de la part de Votre Majesté... Et j'avais réservé un suprême expédient... Mais, après celui-là, je n'en vois pas d'autre... — Dis toujours ton expédient... 11 ne s'agit plus d'impôt... Je me déclare impuissant à en imaginer et à en percevoir un autre... 11 s'agit d'une contribution volontaire fondée sur l'empressement amoureux des jeunes maris... Adressons-nous, à la faveur de ce zèle tout neuf, adressons-nous, sire, à leur patriotisme... Demandons—leur la contribution bénévole d'une somme fixe pour les trois nuits qui suivront la nuit de noces... J'ai la conviction qu'il y aura encore un rendement des plus appréciables... — Ah !'Sosthènes, tu me sauves une fois de plus !... — Et c'est la dernière, sire, car j'ai le regret de remettre ma démission à Votre Majesté... Il est inutile que je continue à occuper un emploi dans lequel je ne saurais plus rendre aucun service... La décision de Sosthènes fut irrévocable, malgré toute l'insistance du roi Hector. Mais celui-ci en prit assez légèrement son parti, tout occupé qu'il était à jeter aux quatre vents les nouveaux fonds fournis par la prodigalité amoureuse des jeunes maris. Quand les dernières miettes en furent dissipées, il leur fit demander, par son nouveau ministre, une contribution volontaire sur les nuits qui suivaient la quatrième. Mais, cette fois, le résultat fut nul ou à, peu près. Affolé, le roi Hector fit supplier Sosthènes de sortir de sa retraite, en invoquant son dévouement, — il alla même jusqu'au L'INDF.SIRABLE — Retourner en Amérique ?... Impossible, darling... Je suis devenu alcoolique. Dessin de Raymond PALLIER. DE,I)UCTION — Pas de revers de pantalon... Encore quelque juif ! Dessin de VASE. mot d'amitié. Sosthènes se rendit à cet appel. Et le roi lui apprit l'insuccès de sa tentative. Il était certain, sire, dit Sosthènes... Et c'est pour cela que je m'étais retiré... Le mariage est une chose qui parait délicieuse dans ses débuts, mais dont l'attrait s'émousse très rapidement... Au bout de peu de jours, un mari ne considère plus que comme un devoir ce qui avait d'abord été un plaisir... Un plaisir se paye, un devoir non, d'autant plus que l'on cherche progressivement à s'en affranchir... Ce qui est arrivé était écrit... — Mais alors, que vais-je devenir ? s'écria lamentablement le roi... Sosthènes se contenta de lever les bras sans répondre. Mon bon, mon cher Sosthènes, supplia Hector, m'abandonneras-tu dans la misère ?... Eh 1 quoi, tu t'en vas ?... Tu me quittes !... Tu me laisses seul !... ** Sosthènes, qui était déjà près de la porte, s'arrêta, puis revint vers le roi. — Eh bien, dit-il, je vous sauverai une fois de plus... Môn ami ! mon seul ami !... Et comment ?... — A partir de la quatrième nuit, sire, c'est aux femmes qu'il convient de demander une contribution volontaire... Vous l'obtiendrez facilement en leur octroyant, en échange de leurs efforts, le droit de vote... Mais je vous demanderai une grâce... — Elle est accordée... Laquelle ?... — C'est, — car je suis, hélas ! marié, sire, — de m'accorder une dispense. ALTER EGO.



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