Le Rire n°325 25 avr 1925
Le Rire n°325 25 avr 1925
  • Prix facial : 0,90 F

  • Parution : n°325 de 25 avr 1925

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 83,8 Mo

  • Dans ce numéro : profession de foi.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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— Accusé, vous savez tout de même bien que c'est un délit de vendre du vin coupé d'eau. — Oui, mon président... Mais c'est mon garnement de gosse qui a mis de l'eau dans mes barriques. LE TOAST IMPRÉVU L'AFFAIRE EST ENTENDUE... — C'est toi, garnement, qui as mis de l'eau dans les tonneaux de ton père ? — Oui, m'sieur, c'est moi, avec des copains, qu'on jouait dans les caves à papa. Mie Elisa Blancpignon avait toujours habité Casteron- Verduja. Vers l'âge de 18 ans, elle avait bien fait un petit voyage, avec sa protectrice, Mme la comtesse du Haut- Pavé, mais à part cette promenade sans lendemain, elle n'avait jamais quitté la petite maison dormante de la place des Trois- Saules. Elle avait assisté à l'entrée dans Casteron de la première auto, succédant à la bicyclette déshonorée par les femmeszouaves. Maintenant, elle regardait, le dimanche, du fond de ses cinquante ans ensommeillés, la jeunesse de la petite ville danser d'indécents tangos, aux sons d'un jazz-band mécanique, et chanter dès refrains d'une incontestable obscénité. - Quelles m curs ! pensait Mile Blancpignon où, allonsnous ? C'est aussi ce que se demandait M. Espériquette, l'honorable maire. Non qu'il se souciât particulièrement de pureté, mais le moment était venu d'élire une rosière ; le legs de Mme veuve Broussetête spécifiait, après les exigences liliales de rigueur, qu'elle devait être née et avoir toujours fait l'édification des Casteronnais. Si l'élection n'avait pas lieu tous les ans, le legs devait revenir au curé. Le maire rassembla ses adjoints. — 11 nous faut une rosière, soupira-t-il. L'Assemblée baissa des têtes humiliées, les adjoints semblaient l'incarnation du mot hélas ». Cherchons, reprit le maire, sous peine de voir triompher le presbytère. Les adjoints, rouges de teint et d'opinion, reniflèrent bruyamment. — Voyons, Célestine de chez Bauries, je sais bien qu'il faudrait fermer un peu les yeux..., mais... — Inutile, dit tristement le premier adjoint, elle a eu des mots avec son amant, le fils Biousartigue, elle en a pour un mois de lit de sa dernière tripotée. — Anna Versepuits ? Elle n'est pas encore remise de ses couches, annonça le second adjoint. — Elle est bien longue, regretta le maire. — Est-ce que Florentine Capedecomes, qui a tiré sur son ami six coups de révolver, est revenue de la Cour d'assises de Toulouse' ? — Non, elle fait une tournée de cinéma, après son acquittement. L'Assemblée délibéra jusqu'au soir, mais Marie Lacassaing, Sidonie Briquette, Julie Escartetigues, avaient de forts points faibles. Au moment où on allait se séparer désespérés, le maire s'écria  : Le testament n'impose pas — C'est le tableau autour duquel on a fait tant de bruit. — s étonnant qu'il soit si bouleversé ! Dessin de Raimond PALLiSR, Et pourquoi mettiez-vous de l'eau dans les tonneaux ? — Forcément, m'sieur le juge..., vu qu'on jouait au marchand de vii s  : Dessin de SOUPAULT. de limite d'âge, mais seulement des bonnes moeurs  : élisons Mlle Blancpignon. — Hiiii ! siffla l'assemblée. — Il le faut, dit le maire ; je sais que la beauté et la jeunesse sont de grandes séductions, surtout pour moi, qui doit baiser la vierge au front, mais la vertu... etc..., etc. Et le maire parla une heure sur ce thème connu. Ses auditeurs, vaincus par le sommeil, éliront M"e Blancpignon. Le lendemain, la chaste demoiselle reçut avec émotion la délégation de ces messieurs, et cacha son visage jaunissant dans le traditionnel bouquet de roses blanches. Le surlendemain, le maire, précédé de l'orphéon, suivi des pompiers, des gendarmes et des notables, vint chercher l'-Elue. Une charmante surprise les attendait  : Mile Blancpignon s'était fait belle. Vêtue de la robe de mariée de sa, mère, elle avait également paré son visage. Tous les fards connus s'y échantillonnaient. Effarante et enluminée, elle semblait une vieille cocotte. La cérémonie eût cependant lieu. On couronna la candide Elisa ; et, le soir, un banquet réunit toute la ville. On but le vin du pays et celui des environs. On poussa même jusqu'en Champagne. Puis, on fit une halte à Cognac. 111"e Blancpignon arrosait si copieusement sa couronne, que le trop plein se déversa tout à coup, en larmes abondantes. Elle se leva. D'une main, elle s'accrochait à l'épaule du maire, de l'autre elle soulevait une coupe débordante. — Mes amis, pleura-t-elle, je bois à votre santé, je bois au bonheur d'être mère... — Calmez-vous, dit le maire, vaguement inquiet. — J'ai vu dessus le journal, continua fièrement la rosière, que la France demande des enfants. Elle peut être contente de moi. J'ai un fils, messieurs ; c'est Mme la comtesse du Hautpavé qui l'a adopté il y a trente ans, vu qu'à cette époque ce n'était pas encore la mode d'être fille-mère ; et ce matin j'ai appris qu'il est père à son tour. Sur ces mots, la rosière grand'- mère se rassit, pendant que le maire et le conseil municipal s'enru aient, éperdus. Genevièv e de GAU rIIER.
i.prl,', ; 1lf 4.1.41 G LA G'\NDID\TUPL HINDtNI3UFG ts) 4'1 ti N ToEulTemEs APRÈS L'HOMME DE BOIS L'HOMME DE PAILLE ! Dessin de NOB. t



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