Le Rire n°323 11 avr 1925
Le Rire n°323 11 avr 1925
  • Prix facial : 0,90 F

  • Parution : n°323 de 11 avr 1925

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 43,2 Mo

  • Dans ce numéro : les métèques à Paris.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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MADAME APPREND A CONDUIRE — Fous-avez bien saisi le fonctionnement du moteur ? — Parfaitement !... Mais est-ce que vous mettez l'eau dans le même trou que l'essence ? Dessin de F. FABIAN0. LES PROVERBES MODERNISÉS UN PRITE POUR UN RENDU PERSONNAGES JULES GRILLOT, 35 ans. ANAÏS, sa femme, 24 ans. ÉDOUARD CARDILLAC, 30 ans. (Jules Grillot, brillant pianiste, joue du Beethoven, tournant le dos à Anais et à Édouard qui, excités par la musique et incapables de résister au désir qui les brûle, rapprochent leurs lèvres.) JULES, se retournant sur le tabouret. — Nom de Dieu !... (Stupeur d'Édouard et d'Anaïs.) ÉDOUAttD. — Qu'est-ce que tu as ? JULES, avec plus de force. — Nom de Dieu ! ANAÏS. — Mais qu'est-ce qu'il a ? JULES. — J'ai vu !... ANAÏS. — Quoi ? JULES. — Les lèvres d'Édouard sur tes lèvres ! ANAÏS. — Tu es fou ! ÉDOUARD. — Tu as donc des yeux dans le dos ? JULES. — Je n'ai pas les yeux dans le dos ! Regardez le piano. ÉDOUARD. — Nous regardons le piano. JULES. — Eh bien ? ÉDOUARD. — Eh bien ? JULES. — Eh bien, crétin, ne vois-tu pas qu'il reflète ton image comme une glace ? ANAIS. — C'est un piano qui espionne ? JULES. - C'est un piano providentiel. C'est un piano qui réfléchit et qui fait part au mari de ses réflexions. ÉDOUARD. — Pour un simple baiser ! JULES. — Un simple baiser ! ! Sur les lèvres ! Vous vous êtes baisés comme des gens qui ont l'habitude ! Et quand bien même vos bouches se seraient rapprochées pour la première fois, vous n'en seriez pas moins l'un à l'autre ! Le baiser, c'est la signature, c'est l'engagement, ce sont quatre lèvres qui se foutent du mari ! Et moi, confiant et stupide, je fournissais l'orchestration de cette infâme et satanique caresse ! L'adultère, musique de Beethoven ! Quand on veut faire l'amour en musique, on ne demande pas au mari de tenir le piano. ÉDOUARD. Tu en fais du chichi ! JULES. — Tu aimes ma femme, mon vieux ? Je ne veux pas t'en priver ! Tu ne la voulais qu'un peu ? Je te la donne toute ! Elle est à toi, jour et nuit, épouse-la, ne l'épouse pas, c'est ton affaire et la sienne. Moi, je la plaque. Ce qui signifie que je divorce... ÉDOUARD. — Où est le flagrant délit ? JULES. Si elle ne veut pas divorcer, je disparais, je m'expatrie, on n'entend plus parler de moi ! ANAIS. — Je divorcerai et j'épouserai Edouard. JULES. — Tu vois, tu l'appelles Edouard ! Si tu n'avais pas couché avec lui, tu dirais  : M. Cardillac. ÉDOUARD, qui trouve que c'est un peu trop de bonheur. — Ne brusquons rien, mes enfants. Prenons quarante-huit heures pour la réflexion. JULES. — Ma décision est irrévocable. Jamais je ne consentirai à garder une femme qui pousse la concupiscence jusqu'à embrasser son amant dans mon dos. ÉDOUARD, soupirant. — Soit ! J'épouserai. (Il tend la main à Jules.) Sans rancune ?... JULES. — Dès l'instant que tu épouses, c'est régulier. Je n'ai plus rien à te reprocher. ÉDOUARD. — Cochon de piano. JULES. — Il n'est pas du bois dont on fait les cocus ! (Edouard se retire froidement, pendant qu'Anais et Jules restent l'un en face de l'autre devant lepiano silencieux.) ANAïs. Et voilà ! JULES. — Et voilà ! ANAIS. - Je n'oublierai jamais ce que je vous dois. Vous m'unissez à l'homme que j'aime ; vous m'épargnez les trahisons furtives, c'est vraiment très bien. Ici, ce n'est pas la misère, nous dépensions dix-huit mille francs, mais, chez. Edouard, c'est la
APRÈS L'AMOUR Alors, docteur, pas d'espoir ? — Ça dépend... Quel espoir avez-vous ? Dessin de R. CHANCEL. fortune. Le piano est à queue, et il ne reflète pas ! Je vous devrai deux fois le bonheur, pion cher Jules, une première fois pour m'avoir épousée, une deuxième fois pour m'avoir unie à Edouard. Je n'oublierai jamais le cavalier magnifique et enflammé que vous rates ! Edouard est plutôt un rêveur, un sentimental. On croirait presque, parfois, que ses baisers ne veulent pas descendre. C'est un guitariste en amour. Edouard est un amant pour entr'actes. Il fera un mari de tout repos. Jules, je te regretterai peut-être. JULES, ému et flatté. — A partir du moment oh tu n'es plus ma femme, je n'ai plus rien à te reprocher. ANAïs. - Tu viendras nous voir JULES. - Si ton mari m'y autorise, oui. Axais. — Il ferait beau voir qu'un homme, qui a pris ta femme, ne te reçut pas avec reconnaissance et respect... JULES. - Alors, oui !... ANAÏS. - Et dis-toi bien ceci : d'Édouard, ce que j'aime, c'est surtout le buste. De toi, j'aimais l'ensemble, et ces mains adorables qui jouent si bien le Beethoven, au piano, et mille symphonies passionnées, nocturnes, allant du pianissimo au fortissimo avec une maîtrise incomparable. (Emotion partagée ; soupirs.) Enfin ! Je tâcherai de dresser Edouard !... DEUXIÈME TABLEAU (Un an après. Anats est devenue Mme Cardillac. Un salon. Un piano à queue.) (Avais est adossée au piano et Jules enveloppe Anaïs de caresses mélodieuses, langoureuses et voluptueuses. Édouard entre.) ÉDOUARD. - Faites comme chez vous ! ANAïs. - Qu'est-ce qui te prend ? ÉDOUARD. - Comment ! Qu'est-ce qui me prend ? Je te trouve dans les bras de Monsieur, lascive, impudique et passionnée, et tu demandes ce qui me prend ? ANAls. - Bon, bon, mais qui est Monsieur ? C'est Jutes Grillot ! Et qui est Jules Grillot, ingrat ? C'est mon premier mari !... Et c'est toi, toi, qui m'a ravie à lui, qui a brisé notre union, notre bonheur, qui a le toupet de te plaindre ?... Mais, mon ami, c'est un post-scriptum ! Si tu m'avais trouvée avec un inconnu, avec le premier venu, ou avec un nouveau venu, je comprendrais ton indignation, mais, lui, lui, lui ! Voyons, ça ne compte pas ! C'est quelqu'un qui avait la clef ! Quelqu'un qui avait mis un rond à sa serviette ! ÉDOUARD. - Mais, dis-moi donc de lui faire des excuses ! ANAïs. - Je te demande d'être raisonnable, logique, spirituel et moderne. C'est peut-être te demander bien des qualités à la fois ! JULES, finement à Edouard. — Piano pour piano ! ANAis. — Voyons, Edouard, quand j'étais la femme de Jules, tu étais enchanté, ravi, reconnaissant de me posséder furtivement. ÉDOUARD. - Oui ! ANA1S. - J'appartenais donc successivement ou alternativement, si tu préfères, à Jules et à Edouard, r et 2 ! ÉDOUARD. - Oui ! ANAis. - Aujourd'hui, je suis Mme Edouard. ÉDOUARD. - Oui. ANAÏS. - Je couchotte un peu avec Jules. r ; I)OUARD. - Bon ! ANAïs. - Est-ce que la situation n'est pas identique ? Nous sommes toujours tous les trois ! I uoUAHD. — Pour que la situation continue à être identique, je's ais faire exactement comme lui ! Je vais divorcer, à mon tour ! ANAis. — C'est ton dernier mot ? ÉDOUARD. - Tout à fait le dernier. ANAïs. - Alors, sortez et que je ne vous revoie de ma vie ! Je n'aime pas les ingrats ! r DOUARD. - Je sors et vous ne me reverrez que dans un Palais, celui de la Justice ! JULES, souriant. — Sans rancune ?... ÉDOUARD. - Tout à fait sans rancune. (Souriant à son tour.) C'est un prêté pour un rendu 1... — Allo, maman, je viens de mettre mon poulet au feu ; quand dois-je l'ôter ? — C'est bien simple, mon enfant  : quand tu entendra, Manon au Radiola. Dessin de Raymond PALLIER. RIDEAU ZIG. LES TEMPS NOUVEAUX



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