Le Rire n°320 21 mar 1925
Le Rire n°320 21 mar 1925
  • Prix facial : 0,90 F

  • Parution : n°320 de 21 mar 1925

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 54,2 Mo

  • Dans ce numéro : le mari.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 8 - 9  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
8 9
LES AFFAIRES —.Ta fille a fauté avec le nouveau riche de la villa Ker Avor ? — Demain soir, à ce qu'elle m'a dit. Dessin de R. DR VAL$RIO. DE CIIARVBDE EN SCYLLA Quand, sur les boulevards, Prosper Panonceau aperçut cette jeune femme merveilleuse, il demeura d'abord cloué au sol. Puis, sur-le-champ, il se sentit transporté dans un autre monde comme si, par douzaines, les ailes de l'Amour lui fussent poussées, divines et légères, par tout le corps... C'est assez, n'est-ce pas, pour démontrer que le coup de foudre n'est pas un mythe. Prosper n'avait pas fait quatre pas que cette jeune femme lui parut désormais aussi indispensable à sa vie que la lumière du ciel ou que le paquet de maryland qu'il pétunait chaque jour. Il s'attacha au sillage embaumé qu'elle traçait dans la foule et la suivit avec l'emportement dont fait preuve, vis-à-vis de l'aimant, la limaille de fer. Elle prit le métro, il s'engouffra à sa suite ; elle emprunta l'autobus, Panonceau l'escalada comme un bastion. Ils gagnèrent ainsi les hauteurs de Passy. Sur ces cimes, Prosper marchait, volait derrière sa belle, le coeur gonflé d'audace et de farouches résolutions... Elle tourna dans la rue Cortambert et pénétra bientôt dans un immeuble de haute allure. Sur le trottoir, en face, Panonceau s'arrêta et considéra la maison lui lui parut soudain majestueuse, enchanteresse comme un palais des Mille et une Nuits... — Allons... du courage ! dit-il, il faut que je sache... A son tour, il entra dans l'immeuble. Il en avait à peine franchi le seuil, qu'une masse lui barra le passage. 11 leva les yeux. C'était la concierge, matrone formidable au triple menton et à la lèvre virilisée par une moustache brune. — Madame... balbutia Prosper en allégeant son portefeuille d'une appréciable pécune... il vient d'entrer ici... une jeune « Cher Monsieur, femme... très... très jolie... Pourriez-vous me donner à son sujet quelques renseignements ? La concierge le regarda avec un sourire ironique, puis — Ah ! vous avez du goût, fit-elle... En effet, monsieur, Mile Éliane d'Orangys, qui danse tous les soirs aux Folies Pastorales, est une bien jolie personne... Mais... je dois vous prévenir... tout ce qu'il y a de plus comme il faut... et... Mais déjà Panonceau ne l'entendait plus. La fièvre aux jambes, il arpentait la rue. Rentré chez lui, il se jeta sur son bureau, saisit une feuille de papier et, faisant appel à sa rhétorique la plus enflammée, il déclara son amour à la jeune femme. La lettre partie, il attendit, à demi mort d'impatience. Aucune réponse ne vint. Sans se décourager, il écrivit une nouvelle épître qui eut le même sort que la première. Alors il envoya des fleurs et poussa l'audace jusqu'aux crottes de chocolat. Toujours rien ! Obstiné, il écrivait chaque jour une lettre pathétique passant de l'élégiaque au passionné, du platonique au libertin. Il démarquait Baudelaire et pillait Musset et Casanova. Enfin, un matin, il pensa défaillir. Dans son courrier, il venait de trouver une grande enveloppe mauve rehaussée d'un monogramme. Une écriture aristocratique, un parfum de haut goût ! Panonceau baisa la missive avec transport. C'était sûrement d'Elle ! Il ne s'était pas trompé. Deux lignes dansèrent une sarabande d'allégresse devant ses yeux  : s Je suis touchée par la constance de vos sentiments. Venez 1 LIANE. I) Il n'en faut pas plus pour créer autour de soi le Paradis. Panonceau ramait dans l'azur et la béatitude. Enfin 1 il tenait son rêve 1 Bientôt, il allait serrer dans ses bras cette jeune — Comment, on ne répond pas ?... Tous les faux numéros sont donc occupés ? Dessin de BER.
— Pouvez-vous me citer un grand inquisiteur ? femme incomparable et dont l'Anne devait être merveilleuse. Car peut-on avoir une vilaine âme avec de tels yeux ? Prosper sentait distinctement pleuvoir sur sa tête les bénédictions célestes... M"e d'Orangys ? demanda-t-il avec un sourire triomphateur. — Au troisième à gauche ! lui répondit la concierge. Il dédaigna l'ascenseur. Prend-on une, pareille mécanique quand on escalade le ciel ? Au troisième, il sonna. Une femme de chambre vint ouvrir et le fit entrer dans un petit salon. Il s'assit sur un divan, le souffle court, les jambes molles. Il regarda autour de lui. Tout dans la pièce dénonçait la femme de goût, de moeurs raffinées, d'esprit cultivé. Panonceau se sentait ivre de bonheur  : quelle belle aventure d'amour il allait vivre 1 Soudain, la porte s'ouvrit. Il se dressa, et... réprima un cri de stupeur 1 Vers lui tanguait une grosse dame aux charmes excessifs et fléchissants, teinte, fardée et vêtue d'une robe quasi transparente. Elle tendit vers lui des bras cerclés de bracelets, congestionnés comme des saucissons et roucoula  : — Cher ami 1...comme c'est gentil d'être venu voir votre petite Liane ! Prosper Panonceau voyait tout tourner dans la pièce... — Et vos lettres ! continuait la dame... vos lettres que je sais par coeurl... Vous êtes un grand poète... Et vos fleurs 1 oh ! vos fleurs ! Chéri ! comme nous allons être heureux ! ! Prosper aurait voulu se sauver, hurler qu'il y avait eu erreur, qu'il était pris dans un guet-apens. Mais des bras de lutteur le clouè- — Oui, m'sieur... Le contrôleur du fisc. Dessin de Roger PRAT. rent sur le divan. Plein d'horreur, il ferma les yeux... Il est'libre, enfin ! Ecoeiré, furieux, il dégringole l'escalier et pénètre en trombe dans la loge de la concierge  : C'est odieux de m'avoir ainsi trompé ! s'écrie-t-il... Pourquoi m'avez-vous envoyé à cette femme ? C'est un abus de confiance, une infamie de votre part... mais parlez donc 1 Imperturbable, la matrone lève une dextre pacificatrice  : — Calmez-vous, mon petit, fait-elle. Ah ! on voit bien que vous êtes jeune ! Il faut comprendre les choses, voyons ! Tenez, que je vous explique. M"e d'Orangys est une ancienne danseuse qui jadis a été belle et courtisée des freluquets. Mais avec l'âge tout cela a changé, les adorateurs sont devenus rares... et dame, quand on a toujours les dents longues... Or, il y a ici une jeune et jolie dame, une dame honnête et mariée, celle qui vous a si bien tapé dans l'oeil. Vous pensez si on lui fait la cour et si on.la.suit dans la rue ! M"° d'Orangys en avait connaissance et, un jour, elle est venue me supplier de lui envoyer tous les hommes qui s'adresseraient à moi pour des renseignements... J'ai eu pitié... que voulez-vous ! et puis... il faut bien vivre aussi... Oui.. oui... je me mets à votre place... ça doit être dur... niais... mais... Ici la concierge s'arrêta. Elle regarda Panonceau avec un drôle d'air, et lui abattant sur l'épaule une main souveraine, elle ajouta tout bas, l'oeil frisé, avec un petit signe de tête  : — Oui... je vois... vous avez besoin d'une petite compensation... Allons... venez 1 Ah 1 j'en ai déjà bien consolé de ces messieurs 1 ! Pierre NEZELOF. — Eh ! bien, cher monsieur, que dites-vous de votre petite famille ? Ëtes-vous satisfait du groupement de votre progéniture ? — Oui..., oui... Comme progéniture il n'y a rien à dire..., mais j'aurais aimé que vous laissiez de la place de chaque côté... On ne veut jamais savoir'Dessin de SOUPAULT.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :