Le Rire n°319 14 mar 1925
Le Rire n°319 14 mar 1925
  • Prix facial : 0,90 F

  • Parution : n°319 de 14 mar 1925

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 46,5 Mo

  • Dans ce numéro : au bois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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APRÈS LA SUPPRESSION DU BORDEREAU (On va revenir au contrôle de la richesse par les signes extérieurs.) — Ça va, je vais pouvoir maintenant détacher mes coupons. UN TESTAMENT ORIGINAL M. Letroud n'avait même pas rendu le dernier soupir que déjà ses héritiers, tous cousins plus ou moins éloignés, farfouillaient dans les placards, inspectaient les commodes, exploraient les bahuts. Et tandis que les uns palpaient les doublures des rideaux, les autres soulevaient les lames du parquet ; certains allant jusqu'à ausculter les récipients les plus intimes, pour -essayer de retrouver le testament dont chacun espérait être le seul bénéficiaire. Mais cc fut peine perdue  : pas plus de testament que de beurre en brioche. Alors chaque cousin se mit à supputer ses chances respectives en examinant in petto le degré de parenté qui pouvait l'unir au défunt. Oh ! ça n'était pas qu'il laissftt des cents et des mille, M. Letroud ! Une trentaine de mille francs peut-être ; mais, par le temps -qui court et celui qui reste à courir, trente billets sont encore bons à prendre. — Bah ! dit un cousin très éloigné, qui Saint-Jean-de-Luz, on va toujours le faire enterrer, après quoi on verra... — Faisons-le enterrer, opinèrent les autres. Et l'on sonna la bonne pour qu'elle s'occupât des formalités. Hermance était dans la maison depuis une vingtaine d'années. C'était le prototype de la servante fidèle et dévouée. — Si vous me le permettez, dit-elle alors, je vous dirai que le pauvre monsieur n'a jamais voulu entendre parler d'inhumation. Son plus cher désir était d'être incinéré. Plus de cent fois, je le lui ai entendu répéter. — Qu'à cela ne tienne, s'écrièrent les parents. Enterré ou crémé, peu nous chaut. ** Le jour fixé pour les obsèques, toute la famille, suivie de la fidèle Hermance, s'achemina vers le Père-Lachaise. Puis, au columbarium, la funèbre cérémonie se déroula sans qu'une seule larme vînt brouiller les regards des cousins. Qui ne sait du reste l'étroite relation qui existe, en matière de succession, entre l'argent et les glandes lacrymales ? Peut-être est-cc de là que nous vient l'expression laisser de l'argent liquide Le corps venait d'être introduit dans le four quand, dans l'assistance, une voix s'éleva qui, entrecoupée de sanglots, implorait  : — Oh ! laissez-le-moi voir encore une fois... C'était un si bon maître ! Tous les parents, à ces mots, se regardè- hab itait d'ailleurs rent. Les uns se mirent à ricaner, les autres se contentèrent de lever les épaules. Mais le gardien, M. Xavier, qui cependant aurait dû être endurci depuis plus de vingt ans qu'il exerçait un tel métier, parut ému devant cette manifestation intempestive et touchante d'affection. Et, se rendant au désir de la servante, il se précipita vers le four et en ouvrit la porte. Déjà les flammes avaient consumé la bière en bois léger ainsi que les vêtements du défunt ; et l'épiderme, à son tour, commençait à roussir. — Ça, c'est curieux, s'écria le cousin de Saint-Jean-de-Luz, il nous tourne le dos. Le cercueil, en effet, par suite d'une. fausse manoeuvre, avait été placé sens dessus dessous. Pieusement, Hermance s'avança pour donner un dernier regard à son maître. Mais ; aussitôt, un cri s'étrangla dans sa gorge  : — Regardez... là... sur son dos... voyez... il y a quelque chose d'écrit. Tous les assistants tendirent le cou. Certains même sortirent leur lorgnon pont regarder. Sur le dos du défunt, depuis les omoplates jusqu'au creux des reins, s'étalait, en effet, cette inscription en lettres moulées  : (. Je lègue ma fortune tout entière d Mlle Hermance Trépié en reconnaissance deA Dessin de J.-J. ROUSSAU. soins dévoués qu'elle a toujours eus pour moi. Quant à mes cousins, ils auront la Ici, un mot que les flammes avaient rendu illisible. Le vieil original avait imaginé de se faire tatouer, sur le dos, ses dernières volontés, au moyen d'une encre sympathique que la chialeur venait de rendre apparente. Ah ! il fallait voir la tête des cousins devant une telle marque de sympathie !... Et tous, louchant du côté de la bonne, ne manquaient pas de la trouver mauvaise... — Un testament pareil, dit l'un d'eux, n'a aucune valeur. Il est lion à jeter au feu. Et, s'adressant à M. Xavier, il l'invita à se remettre au travail. Mais ce dernier avait son idée. Il se garda bien d'obéir. Au contraire, ayant soigneusement retiré le cadavre du four, il f i t aussitôt quérir un notaire et, séance tenante, le pria d'enregistrer le testament. Alors, quand cette formalité fut remplie, M. Xavier sortit ses gants et, s'inclinant devant Hermance, lui demanda cérémonieusement sa main. — La voici, répondit la servante, tout heureuse de pouvoir récompenser sur-le-champ le consciencieux employé. Et, du même coup, le notaire dressa leur contrat de mariage. Eric AL_AI — Je tiens à vous avertir que je ne donne rien à ma fille jusqu'à ma mort. Aucune importance 1... J'ai e quoi vivre un petit bout de temps. Dessin de R. CHANCEL. LA GLOIRE DES..GRANDES LIQUEURS FRANÇAISES
DO... DO... LTNFANT DO... — Zut, moi qui l'avais si bien endormi ; le voilà réveillé !... Ça doit être tous ces imbéciles avec leurs cris ! Dessin de NOB.



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