Le Rire n°313 31 jan 1925
Le Rire n°313 31 jan 1925
  • Prix facial : 0,90 F

  • Parution : n°313 de 31 jan 1925

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 51,2 Mo

  • Dans ce numéro : esthétique.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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. Qt L'EMBONPOINT DE GENEVIÈVE Debout devant l'armoire à glace, en culotte et congestionnée, la petite dame Petibis se dépensait en efforts infructueux pour boucler son corset neuf. — Ma chérie, lui dit son mari, je ne voudrais pas te peiner... mais il me semble que, si tu n'y prends garde, la petite caille dodue, dont les rondeurs m'avaient charmé, risque fort de tourner peu à peu au pot-àtabac. En d'autres termes, tu me trouves trop grasse ? — Je n'ai pas dit que tu étais trop grasse. — Non, c'est le peintre qui l'a dit ! D'ailleurs, mon vieux Gaston, si je ne te plais pas... — Qui te parle de cela !... Je te donne NOS MAIItRES — Si vous faites une scène â Monsieur, je vous rends pion tablier. Dessin de Roua. AU TEMPS DE L'INQUISITION — Comment, messire bourreau, tu vas me décoller la tête, alors qu'hier tu prétendais au"aimer ?... — Eh ! belle dame pour mon amour te n'ai que faire de votre tête  : ce n'est point tellement elle que j'aime en vous ! Dessin de SOUPAULT. LES PROVINCES PERDUES — Je vous croyais sur la Riviera... — Pensez-vous, chère amie... Je ne comprends pas l'anglais. Dessin de Roger PRAT. e ÉLÉONORE 2'COtJPLET C'est un'femme rempli'd'précautions E11'n'fait qqu'un'- fois par an l'Inénag, Mais quand ell'. le fait, c'est toujours à tond', Car elle a. du courage. Queue je viens en'liard pour dîner, Au lieu d'me faire un'scen'très grave, Ell'me laiss'seul'ment huit jours sans manger, En'f'ermé. dans la cave..blais je lui pass'tout ça,. tout ga, tout ça, tout ça, Car comme qualité, savez-vous ce qu'elle a ? (Au refrain.) 3* COUPLET Elle est un peu jalons', c'est vrai, Ell'sait bien que je plais aux femmes, Pourtant, Car assure, je n la tromp'jamais,. Car j'ai horreur des drames. Ell'me bat, quand j'l'ai mérité, Tout l'quartier s'ameute au vacarme, U'peur d'lut fair'bobo, au lie'id'me r'biffer, Je'laiss'couler mes larmes. Mais je lui pass'tout ça, tout ça, tout ça, tout ça, Car comme qualité, savez-vous, ce qu'elle a ? Glu refrain.) 4 COUPLET Son amant, l'fils du'marchand &vins, Etait commun, c'est véridique, Ell'l'a quitté pour l'garçou d'ehez Potin. Qu est bien plus sympathique. Je suis sûr qu'eut'm'obéirait Pour tout, car elle est plein'de zèle, Excepté pourtant si je Lui d'mandais De me rester fidèle.\lais je lui pass'tolet ça, tout ça, tout ça, tout ça, Car comme qualité, savez-vous ce qu'elle a ? (Au refrain.) tout simplement et en toute affection un petit avertissement. — Je n'ai que faire de tes avertissements... Et puis qu'est-ce que tu fais là ?... Si tu me laissais m'habiller tranquillement tout cela n'arriverait pas ! Puisque ça me fait plaisir d'assister à ta toilette. — Possible ! mais ça m'agace. Est-ce que je m'occupe, moi, de la couleur de tes chaussettes ?... non... alors, fiche-moi le camp 1 _L- — Soit ! mais, avant de partir, t'ayant signalé le mal, je vais t'indiquer le re- - `"a mède  : si tu veux rester toujours le délicieux bibelot que tu es encore au,jour- (l'hui.. — Cause touIours ! —... astreins-toi à faire quotidiennenient une heure de marche. — Compte là-dessus et bois de l'eau — Une toute petite heure, ça suffit, et,
CROISEMENT.. DANGEREUX vraiment, ce n'est pas le diable. — La barbe ! Touches-en un mot au docteur, tu verras ce qu'il te dira. J'ignore ce qu'il me dira, mais je sais que je te dis  : zut — Et moi qui ne veux pas, un jour, avoir un demi-muid pour femme, je te déclare que je t'arrêterai sur la dangereuse pente qui mène à l'obésité. - - En me coupant les vivres ? — En te faisant marcher. Ayant dit, Petibidois se retira dignement. Et il ne fut plus question, ce jour-là, ni les suivants, de l'embonpoint de Geneviève. Or, il advint que, certain soir, en enfilant son pardessus. Gaston laissa tomber sur 1t tapis  : une feuille de papier soi gneusement pliée en quatre.'Aussitôt son mari parti, Geneviève la ramassa. C'était un petit poulet mauve qui embaumait la violette. Il contenait ces simples mots  : Lapin sucré, demain, cinq heures. Un bécot de TA CROTTE, EN OR. » On peut avoir bon estomac — c'était le cas de Geneviève — et ne pas tout digérer. Mme Petibidois ne digéra pas le lapin sucré. Il lui resta sur le coeur pendant toute la soh'ée et une partie de la nuit. La crotte en or ne passait pas non plus. Mais elle ne dit rien à Gaston, ni de sa trouvaille ni de ses rancoeurs. Elle voulait, vraisemblablement le, : mettre en observation pendant quelques jours avant de) rendre une résolution. Le lendemain, Petibidois apporta à sa toilette un soin inusité. 11 parfuma ses pieds à la lavai de, répandit sur son épigastre un demi-litre d'eau de Cologne et imprima à sa moustache une allure conquérante. A quatre heures, pomponné, ganté de frais, il jeta, d'un ton détaché  : Je sors pour affaires., Geneviève, je ne rentrerai pas avant sept heures et, demie... Celle-ci lui répondit avec indifférence  : On te prendra quand tu viendras. Gaston, tout doucettement descendit ses quatre étages. D'un pas égal, sans s'arrêter une seule fois et sans jamais se retourner, il alla tout droit devant lui. Au bout de cin- L quante minutes, il accéléra C RECLEfI EN r DC son allure puis subitement, comme si tout à coup le feu avait pris à son'postérieur il s'élança, tel un fou, dans une petite rue. battit le record de I27 mètres sur pavés et pénétra en coup de vent chez un modeste bistro.. — Qu'est-ce. que c'est ? demanda cet homme. Et Gaston répondit  : — Ce sera un piton-citron. I1 en but trois et, à sept heures, il regagna son logis. Geneviève l'attendait. Elle lui parut agitée et légèrement. l'atigue. Il s'en réjouit sincèrement  : Ça y est ! se dit-il, elle m'a suivi, elle a marché... elle va maigrir ! Et, tout heureux de ce succès, durant une longue quinzaine, quotidiennement, il recommença sa fastidieuse comédie, depuis le bain de pieds à la lavande jusqu'à l'emballage final et à la disparition chez un mastroquet quelconque. Un soir, enfin, en passant sa chemise de nuit, Geneviève révéla à monsieur son époux qu'elle avait recouvré sa sveltesse d'antan. Alors, heureux de son oeuvre, mais un peu confus les moyens auxquels il avait eu recours pour la mener à bonne fin, Gaston se résolut à confesser son s_ubterf'uge. Se jetant aux pieds de sa Lemme, il avoua tout  : le poulet apocryphe, la fausse crotte en or, les rendez-vous simulés, les Bites- éperdues et les pitons-citron... — Pardonne-moi, conclut-il, de t'avoir fait souffrir, dans ton cher petit coeur et dans tes jolies gambettes. Désormais, ma chérie, je ne te quitte plus ! M Petibidois accueillit sans enthousiasme cet acte de contrition, car les douces habitudes qu'elle avait contratées durant. cette belle quinzaine allaient se trouver bouleversées par la reprise.:u traintrain conjugal. J'aime mieux vous dire, en effet, lue, pas une minute, la gente dame M'avait songé à filer son mari Appliquant la loi du talion, elle avait jugé préférable de filer le parfait amour, et si elle avait marché, marché él erslument, marché au point de perdre trois kilos, ce n'était pas derrière M. Petibidois... mais avec un capitaine de la garde républicaine. Jean BONOT. DOCTEUR (i EDEC N SPRIA LISTE'oDessin de Raymond PAT.Urr5.



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