Le Rire n°311 17 jan 1925
Le Rire n°311 17 jan 1925
  • Prix facial : 0,90 F

  • Parution : n°311 de 17 jan 1925

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 44 Mo

  • Dans ce numéro : le stade abandonné, vers la vie plus chère.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 8 - 9  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
8 9
Tu sais, mon chéri  : la mode va revenir aux cheveux longs ! Dessin de% GAN. PAQUITA Pierre Boulonnier aimait les femmes ; niais il aimait par dessus tout son indépendance. Aussi ses liaisons étaient-elles de brève durée. Quand ses amis s'étonnaient de la facilité avec laquelle il se délivrait des plus redoutables crampons, il leur répondait avec un sourire mystérieux  : — J'ai mon truc. Mais il refusait de s'expliquer. En septembre dernier, il venait de rompre avec une Russe ardente et voluptueuse qui avait juré de s'attacher à lui pour la vie. — Celle-là, tu ne t'en débarrasseras jamais ! lui dit-on dans son entourage. — Je la liquiderai avec la fin de l'année, répliqua-t-il. En effet, à la stupeur générale, au début de novembre, sans tapage, la Russe lui rendait sa liberté. I1 ne tarda pas à l'utiliser. Quelque temps après la rupture, étant entré par hasard dans un magasin de machines à écrire où l'on se chargeait de travaux de copie, il y distinguait une blonde dactylo, dont la grâce et l'espièglerie le charmèrent  : il décida immédiatement qu'elle succèderait à la Russe ; L'affaire ne traîna point ; comme par hasard, Pierre déjeunait le lendemain dans le petit restaurant du voisinage, Gît la jeune personne prenait ses repas ; comme par hasard, il engagea la conversation et, comme par hasard, il se trouva porteur d'un bitlet de théâtre, dont'Germaine Cantepie, ainsi se nommait la gentille dactylo, — se montra disposée à profiter ; comme par hasard, ils allèrent souper de compagnie après le spectacle, en cabinet particulier, et il me faut, comme par hasard, arrivé à ce moment de mon récit, tracer, pour la décence, une ligne de points. Trois mois se sont passés. Germaine a quitté sa machine et aussi sa pension de famille. Pierre lui a meublé mi coquet appartement, ù il lui rend de fréquentes visites, car il n'habite pas avec elle, par crainte de s'enchaîner définitivement. L'amour est pour lui\un provisoire, mais un provisoire qui ne dure pas. — Eh ! eh ! lui dit un de ses amis qui le rencontre, il semble bien que celle-là sache te tenir. Pierre, piqué au vif, riposte  : — Je me dispose, précisément, à la Ça te sera difficile. — Tu verras. L'heure de Germaine avait sonné ! Le surlendemain, quand il va chez versée ; elle l'apostrophe  : semer. elle, il la trouve boule- — Tu ne m'avais pas dit q- » e tu étais marié ! Pierre proteste, mais mollement. — Tu nies ? s'écrie Germaine. Voici la preuve. Elle lui montre une lettre datée de Soulac, dans la Gironde, et ainsi libellée Mademoiselle, j'apprends que vous ëtes la maîtresse de M. Pierre Boulonnier. Je suis, moi, sa femme légitime et je vous invite à cesser toutes relations avec lui. » JC'eait signé  : « Paquita Boulonnier. » Pierre baisse la tête et avoue que, naguère, il a épousé à Bordeaux cette Paquita, une danseuse espagnole dont il s'était follement épris. Mais il n'a pas tardé.à regretter son imprudence. La vie avec Paquita était intolérable. Ii a voulu la quitter, ; elle l'a menacé de mort, s'il demandait le divorce. Finalement, elle a accepté de se retirer à Soulac, moyennant le paiement d'une rente. — Jusqu'à présent, conclut Pierre, elle m'a laissé tranquille. Mais elle parait bien décidée à nous persécuter. Tu as tout à redouter d'elle. Combien je déplore, ma chérie, de t'avoir exposée à un semblable péril. Séparons-nôus. C'est le parti.le plus sage. Jamais ! a riposté Germaine avec véhémence. Ta Paquita, je m'en fiche ! Je te garde ! Et elle ne démord pas de cette résolution énergique. Alors, rentré -chez lui, Pierre rédige, -en imitant une écriture féminine, une nouvelle lettre, car la première était de lui également  : Paquita, eu effet, n'existait pas ; Paquita c'était son truc, un personnage inventé par lui uniquement pour se débarrasser de ses maîtresses. Quand par hasard elles ne capitulaient pas après deux let- - Nous voudrions un service de vingt-quatre couverts ; celui de douz que vous nous avez vendu hier, n'était vraiment pas suffisant ! Dessin de Raymond PALLIER.
Ires où Paquita les sommait de renoncer à son mari, l'épousé imaginaire en écrivait une troisième pour leur annoncer son arrivée imminente et leur offrir le choix entre le poignard, le revolver et le vitriol ; à cette troisième lettre, aucune n'avait résisté. 11 n'en était encore avec Germaine qu'A la seconde ; l'ayant cachetée, il se préparait à la faire expédier de Soulac par une agence d'alibi, quand le téléphone retentit ; une voix rude questionna  : — Vous êtes M. Pierre Boulonnier ? — Oui, monsieur. A qui ai-je l'honneur ? — Je suis le capitaine Gantepie, le père de Germaine. Est-il exact que vous vous disposiez à lâcher ma (Ille ?... — Croyez bien, capitaine, balbutia Pierre. que seules des circonstances particulièrement impérieuses... Le capitaine lui coupa la parole  : — Je ne veux rien savoir. Si vous n'épousez pas ma fille, je vous tue. Et on raccrocha. Consterné par cette intervention'inattendue, Pierre, au iieu d'envoyer la seconde lettre de Paquita, se précipita chez Germaine  : — Tu ne m'avais pas dit que.tu avais un père ? — M'avais-tu dit que tu états'marié ? J'ajoute que mon père est un -homme terrible ; déjà.il a voulu m'étrangler quand il a su que j'étais ta maîtresse. Je l'ai calmé en l'assurant.que *tu régulariserais. Maintenant, il est furieux ; il a commandé des troupes marocaines pendant la guerre ; il'n'admet -pas qu'on lui résiste. Ainsi, s'écria Pierre désespéré, j'ai à.choisir entre la bigamie et la mort ?. — Il y a peut-être tel moyen de s'arranger, proposa Germaine. — Et.pour  : madame, ce sera ?.. — Je crois que ce sera.une G l le ! Dessin d'Arsène B+UVOT. — Lequel ? fit Pierre vivement. — C'est que papa aille à Soulac voir Paquita ? Avec lui, elle filera doux : Du reste, si elle faisait la méchante, il n'hésiterait pas à la supprimer ! Du coup, Pierre s'affola, non certes qu'il craignît pour Paquita, mais si le capitaine, ayant vainement cherché une dame Boulonnier à Soulac, s'apercevait qu'on s'.était moqué de lui, à queues violences ne se porterait-il pas ? , ris au piège, Pierre ne pouvait désormais éviter un drame qu'en se résignant à épouser Germaine. Après quelques jours pendant lesquels il prétendait avoir fait tenter par un ami commun une, suprême démarche auprès de sa femme, il annonça que Paquita acceptait enfin le'divorce. — Surtout que tan père ne bouge pas ! recommanda-t-il à Germaine. Le capitaine.ne bougea pas.ll manifesta même si peu d'empressement à connaître sou. futur gendrequ'il ne parut pas au maltage de sa tille, quand il fut célébré dans l'intimité. — Cette fois, au moins, il aurait pu se déranger, confia Pierre à Germaine, en sortant de la mairie. — a lui acté impossible. Pourquoi ? Germaine déclara tranquillement  : — Parce qu'aujourd'hui même il épouse Paquita. Et comme Pierre la regardait ahuri, Germaine éclata de rire  : — Voilà ce que c'est, mon vieux, que de prendre les gens pour des poires. J'ai bien deviné, moi, tout de suite, que ta Paquita n'était qu'une frime. Alors j'ai inventé néon capitaine c'est le mari de ma blanchisseuse qui t'a téléphoné... — Ainsi, tu n'as pas de père ? — Je n'en ai jamais eu, dit Germaine. Gabriel TIMMORY. C'est pas croyable ce qu'il est fier, depuis qu'il sort avec Mistinguett !... Dessin de Roger PRAT.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :