Le Rire n°306 13 déc 1924
Le Rire n°306 13 déc 1924
  • Prix facial : 0,90 F

  • Parution : n°306 de 13 déc 1924

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 59,8 Mo

  • Dans ce numéro : la nouvelle école des femmes.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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LE JOUR DU CINÉMA Après le diner, dans la salle à manger. — Où vas-tu ? demande M. Noirmont. — A la cuisine, répond Mn" Noirmont. — Pour quoi faire ? — Pour te préparer ton infusion. — Et il faut que tu te déranges ?... — Naturellement, fit Mme Noirmont, puisque c'est irrcredi. — Ah ! oui, c'est vrai, ronchonna M. Noirmont... Mercredi... Le jour du cinéma... — Nous n'avons qu'à nous incliner, observa Mme Noirmont, puisque cela a été convenu... — Nous vivons à une époque de bouleversement et de folie... Les bonnes réclament une soirée par semaine pour aller au cinéma... — Il faut bien en passer par là... Et nous avons encore été bien heureux de trouver Clarisse... Elle est très convenable... — Oh ! là, là ! s'écrie M. Noirmont... J'admire ta naïveté... Alors tu y crois, toi, à cette histoire de cinéma ?... — Que veux-tu qu'elle cache ?... — Tiens, tu es trop naïve... La noce, tout bonnement, la noce... Ta Clarisse nous plaque et laisse tout en plan le mercredi soir pour aller faire la bombe... C'est clair comme de l'eau de roche... — Veux-tu que je la renvoie ?... — Pour en avoir une autre qui fera la même chose ?... Nous serons bien avancés !... Que veux-tu, le monde est pourri... Toutes les femmes veulent porter des bas de soie... Ç'a ouvre les yeux sur bien des choses... Seulement ça n'empêche pas de rager... — Mon pauvre ami, quand tu te mets à agiter ces questions, tu ne te connais plus... Tu t'agites, tu t'énerves... Et, après, tu ne dors pas... Te voilà en ébullition... Tu devrais aller faire un tour... — Je ne vais pourtant pas te laisser seule... — Ne t'inquiète pas de cela... J'ai de quoi m'occuper... Va, va, ça te calmera... Et M. Noirmont, docile, alla faire un tour. — Comment !... C'était vous ?... — Mais oui, monsieur... — Je ne vous avais pas reconnue... — Oh ! moi, j'ai ais bien reconnu monsieur... — Voici votre kilo de pain madame... C'est 29 sous... Mais emportez-le vite  : il peut augmenter d'un moment à l'autre ! Dessin d'Arsène BelvoT. LE BAGNE EST SUPPRIMÉ.. Monsieur Dupont aussi ! Dessin de Bort R. A la grande lumière éclatant soudain, M. Noirmont venait d'identifier Clarisse, sa cuisinière. Après avoir quitté Mme Noirmont, il était allé prendre son infusion quotidienne dans un café. Après quoi il avait commencé le tour hygiénique pour lequel il s'était arraché aux douceurs du foyer. Rien n'est monotone comme un tour hygiénique. M. Noirmont ne tarda pas à l'éprouver. Au bout de dix minutes d'une fade promenade sans but, il fut attiré par l'opulent éclairage et les affiches d'un cinéma. Et il y entra. L'obscurité, à ce moment, était complète, mais il remarqua tout de suite la gracieuse silhôuette d'une jeune femme à côté 7 de qui l'ouvreuse l'avait placé. Des frôlements involontaires d'abord, discrets ensuite, avaient éveillé en lui une sympathie qui ne fit que s'accroïtre. Mais quelle ne fut pas sa stupéfaction, quand le film fut terminé et que la lumière fut redonnée dans la salle, de constater que sa charmante voisine n'était autre que Clarisse, habillée avec un goût aimable et seyant. Se rappelant alors les impressions éprouvées et, lui semblait-il, échangées pendant la fin du film, M. Noirmont dit à Clarisse  : — Alors, vraiment, vous m'aviez. reconnu `... — Oh ! monsieur, tout de suite... Mais je me demandais comment monsieur avait bien pu savoir à quel cinéma j'ai l'habitude d'aller le mercredi... — Je. ne le savais pas, Clarisse... Je suis entré par hasard... — Oh ! alors, je demande bien pardon â monsieur... — Pardon ?... Et de quoi, Clarisse ?... — Voyons, monsieur doit bien comprendre... Si j'avais su..., enfin, si j'avais
— Taxi ou métro ?... su que c'était par hasard, j'aurais... j'aura is fait attention... à ne pas... Enfin, monsieur comprend !... Monsieur comprenait à merveille, et cela ne laissait pas de l'émouvoir. Il répliqua, d'une voix légèrement assourdie  : — Alors, Clarisse, du moment que vous croyiez que ce n'était point par hasard..., vous ne voyiez pas trop d'inconvénients Il s'arrêta ne sachant comment terminer sa phrase. Mais déjà Clarisse répondait  : — Oh  : non, monsieur... C'était tout différent... On voit les choses tont à fait d'une autre manière. M. Noirmont était de plus en plus ému. — Eh bien, Clarisse, dit-il, si on faisait comme si ce n'avait pas été par hasard ?... — Ça arrangerait tout, répondit simplement Clarisse. A ce moment, en vue d'un autre film, l'obscurité se f t de nouveau dans la salle. *** Quelque temps plus tard, Mme Noirmont dit à son mari : — Écoute, je suis en train de revenir sur le compte de Clarisse... — Qu'est-eue que tu me chantes là ? fit M. Noirmont avec vivacité. Tu me déclarais l'autre jour que nous avions été bien heureux de la trouver... LE BON MARCHÉ EST SOUVENT TRÈS CHER — Prenons le métro... par économieL.. — Quand on n'est pas difficile, oui... mais enfin ce n'est pas le rêve... — Tu ne vas pas la renvoyer, au moins... — Ah ! si j'étais sûre de pouvoir la remplacer avec avantage... Mais c'est si difficile ! — Cela me parait même impossible. — C'est égal, si je trouvais... J'ai réfléchi à ce que tu m'as dit. — Qu,'est-ce que je t'ai dit... Oui, j'ai remarqué certaines choses,. certains détails... Tu avais raison, elle ne doit pas être comme il faut... je crois qu'elle fait la noce, comme tu le supposais, et que, le mercredi, au lieu d'aller au cinéma... M. Noirmont prit un temps et répondit  : J'ai réfléchi de mon, côté... J'ai peutêtre été sévère pour CIarisse, et je le regrette, car j'ai ainsi provoqué ta sévérité... Je l'ai observée, et mon impression a été meilleure... Elle a du sérieux... Tiens, on m'apporterait la preuve qu'elle va réellement au cinéma, le mercredi, je n'en serais pas. surpris... Veux-tu avoir une nouvelle bonne qui demandera aussi son soir de cinéma,. et qui,.comme tant d'autres, courra je ne sais où ?... — Tu as misa._. I:I vaut peut-être mieux garder Clarisse... Je m'y ferai... — Mais oui... Nous nous y ferons. ALTER EGO Quinze jours après ! Dessin de Raymond PALLIER.



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