Le Rire n°304 29 nov 1924
Le Rire n°304 29 nov 1924
  • Prix facial : 0,90 F

  • Parution : n°304 de 29 nov 1924

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 40,9 Mo

  • Dans ce numéro : cadeaux utiles.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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LENDEMAIN DE NOCES — Était-elle vierge ? — Euh ! Comme ci comme ça 1 Dessin de F. FABIAN°. L'AIMABLE RECEPTION Ginette remmaillait un bas de soie lorsque sa tante, M°1e Boudry, frappa à sa porte. — On peut entrer ? — Mais comment donc ! Mme Boudry était une vieille petite dame, sèche comme un coup de trique, qui portait les palmes académiques sur son corsage délabré. Elle tenait un télégramme à la main et elle paraissait en proie à la plus vive excitation. — Ginette ! s'exclama-t-elle dès qu'elle eut refermé la porte... Ginette, grande nouvelle !... L'oncle Théodore s'annonce pour ce soir. — Et alors ? demanda Ginette, avec un Par l'austérité de ses moeurs et son poste élevé dans la magistrature de son pays il était conseiller à la Cour d'appel de Romorantin — l'oncle Théodore jouissait d'une extreme considération auprès de toute sa famille. — Alors, voilà ! expliqua Mme Boudry, palpitante... La maison est petite. Il n'y a qu'une chambre joliment installée  : la tienne... Je te demande donc de bien vouloir la céder, pour une nuit, à l'oncle Théodore. — Céder ma chambre à l'oncle Théodore ? — Tu me ferais le plus grand plaisir ! — Eh bien ! et moi, alors ?... Où coucherai-je ? — On t'installera un lit-cage dans nia chambre... Avec un paravent, cela fera calme absolu. très bien l'affaire... Tu, seras à ton aise... Je ne ronfle pas ! Ginette regarda autour, d elle. Il n'y avait pas un coin de cette chambre qui ne portât la marque visible de sa jolie propriétaire. Un store de filet brodé tamisait le jour de laieuetre, d'oit l'on découvrait les massifs fleuris du jardin. Des photos de Raquel Meller, ; de Mary Picicl'ord ot de Douglas s'alignaient sur la. console. Et la table, à toilette présentait un pêle-mêle, attendrissant de polissoirs, de brosses et de flacons, tandis qu'un clou, — Allez donc dire à Monsieur que les accus sont vides. J'aimerais mieux que Madame dise ça elle-même à Monsieur. Dessin de Edouard BERNALID
 ; — Le dentiste, s'il vous plaît ? — C'est moi, monsieur ! Dessin de Raymond PÀLLISR. liché à bonne hauteur, dans la tapisserie, évoquait des images d'une grande intimité, à proximité d'un bidet de porcelaine... — Alors, ma tante, c'est sérieux ?... Vous me chassez d'ici, à cause de ce vieux sapajou ? — Ginette ! Je t'en prie ! ordonna la vieille dame... Tâche de respecter l'oncle Théodore ! Ginette haussa ses épaules qu'elle avait bronzées et si rondes que les bretelles de sa chemise glissaient toujours, d'une manière insensible, sur le gras de ses bras. — Hé bien, soit ! accepta-t-elle, avec un soupir... Je veux bien donner ma chambre à l'oncle Théodore ! Le respectable magistrat ne devait arriver qu'assez tard dans la soirée et Ginette, qui avait à coeur de se faire pardonner sa mauvaise humeur initiale, sollicita de sa tante la faveur de tout préparer elle-même pour la venue de l'oracle vénéré. Un voile autour des cheveux et de vieux gants aux doigts, Ginette traqua la poussière, comme une ennemie personnelle, dans tous les coins. Elle mit des draps de fine toile, largement festonnés, au lit qui supportait, d'ordinaire, ses nuits agitées de petite femme provisoirement sans amant. Mme Boudry entra dans la chambre, à l'instant que Ginette rabattait la courte-pointe. — 11 -faut que l'oncle Théodore ne manque de rien ! avertit la vieille dame. Elle portait avec précaution une fiole d'eau de fleurs d'oranger et quatre morceaux de sucre, enveloppés dans du papier de soie. — L'oncle préférerait, peut-être, 1111 peu de rhum ? hasarda Ginette. Mais Mme Boudry sursauta  : — Du rhum ! Du rhum ! Comme tu y vas !... On voit bien que tu ne connais pas ton oncle !... 11 ne prend jamais d'alcool, jamais d'excitant !... Cet homme-là a toujours vécu comme un cénobite. — Comme un... quoi ? demanda Ginette, scandalisée. — Comme un bénédictin, si tu préfères !... Le travail, seul, a compté dans sa vie !... 11 n'a jamais voulu se marier, de peur de perdre son temps... Tu comprends bien, à plus forte raison, qu'il n'a jamais mis les pieds dans un catt1. Un petit rigolo, quoi ! conclut Ginette. Mme Boudry redescendit vers la cuisine pour veiller à la.préparation du souper léger que l'on devait servir à l'arrivée'de l'oncle.. Ah ! mon gaillard, c'est à cause de toi qu'on me déloge fie nia petite chambre ! pensa Ginette, dès qu'elle se retrouva seule entre son plumeau et sa pelle à poussière... Hé bien, je vais te réserver une réception à ma façon ! » Sans perdre une minute, la jeune femme ouvrit le tiroir inférieur de la table à toilette et en tira un de ces récipients émaillés qu'un tube de caoutchouc agrémente de ses grâces serpentines. H Je vais l'accrocher bien en vue ! pensa Ginette... Et, de cette façon, l'oncle Théodore verra tout de suite qu'il est dans un milieu féminin et quil dérange toutes les habitudes de la petite femme expulsée ! > Avec un soin méticuleux, Ginette emplit d'eau parfumée'le bock qu'elle suspendit à son clou habituel. Et maintenant, B peut venir ! Tout. est prêt pour le recevoir, murmura-t-elle, sur un ton de défi, en refermant la porte de la chambre. L'oncle Théodore arriva avec une heure de retard. Ses favoris, fournis en pellicules, tombaient au ras de son faux-col de ceiluloid. Un cordonnet retenait son lorgnon à monture d'acier. Le meilleur tailleur de Romorantin avait coupé sa redingote et il portait à la main une de ces valises de tapisserie telle qu'on n'en voit plus qu'au musée Carnavalet. Le voyage l'avait fatigué et il refusa toute nourriture. — J'ai surtout besoin de me reposer ! décréta-t-il. — Vous serez très bien, Théodore ! affirma Mme Boudry... La petite vous a cédé sa chambre. C'est elle qui a tout préparé. L'oncle dédaigna de remercier Ginette et se retira, sur-le-champ, dans ses appartements. Il ne devait en descendre que le lendemain, fort avant dans la matinée, l'oeil réjoui, le teint frais, le geste dispos. — Hé bien, Théodore, avez-vous passé une bonne nuit ? lui demanda Mme Boudry. — Excellente ! — Et je pense que vous n'avez manqué de rien ? s'enquit sournoisement Ginette. - De rien, vous l'avez dit, ma nièce !... Je vois qu'on pense à tout, dans la maison de votre tante  : et je vous en tacite toutes les deux !... Imaginez que le trajet en chemin de fer m'avait justement quelque peu échauffé la bile. Et j'ai été tout heureux de prendre, avant de me coucher, le petit lavement que vous aviez si aimablement préparé à mon intention ! ALBERT-JEAN. LA CRISE DU LOGEMENT JoNAs. - N'y attrait-il pas moyen de rester... en payant un bon denier â Dieu ? Dessin de Roger PKAT.



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