Le Rire n°303 22 nov 1924
Le Rire n°303 22 nov 1924
  • Prix facial : 0,90 F

  • Parution : n°303 de 22 nov 1924

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 71,5 Mo

  • Dans ce numéro : le plat du jour.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 8 - 9  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
8 9
LE PARFAIT GAFFEUR Au cabaret du Lapin Bleu, à Montmartre, Panais et lienfumé terminent un piquet. M. Isidore Lévy entre, et, après avoir serré la main de Panais, s'assied près de Lenfumé. PANAIS, à Len fumé. — Viens, je te présente le plus aimable des hommes et le plus obligeant des marchands de tableaux. LENFUMÉ, toujours gaffeur. — Monsieur, je vous salue... Et comme je le disais tout à l'heure à mon ami Panais, je ne suis pas fâché de faire connaissance avec un commerçant honnête... à cette heure où les Juifs... PANAIS, lui écrasant le pied. — Allons, allons... LENFUMÉ, ne saisissant pas. — y ».1te me demande un peu pourquoi ! 1 i PATERNIT1 — C'est un garçon... Comment le trouvez-vous ? Autant celui-là qu'un autre !... Dessin de SuurAUur, tu marches sur mes PAN`IS, bas. — I1 l'est... LENitiMÉ, véxé, niais voulant se rattraper. — A cette heure dis-je, où les Israélites, les bons Israélites qui nous achètent nos tableaux, ont à lutter contre la concurrence des sales Allemands... PANAIS, lui pinçant le bras. Voyons... voyons... LE 1)1PART DU MAIM i. LENFUMÊ. — Enfin quoi` Veux tu me dire pourquoi tu me fais un noir ? PANAIS, bas. — Il l'est... LENFUMÉ, de plus en plus vexé, mais coulant de plus en plus se rattraper. — La concurrence des sympathiques Germains, qui sont un peu nos cousins par ce fait même qu'ils sont Germains. 11 faut avoir une veine de cornard... PANAIS, lui donnant un coup de poing dans le dos. — Pardon..., pardon...'LENFUMÉ. - Enfin quoi ? Tu vas me briser la colonne vertébrale... PANAIS, bas. — Il l'est !... LENFUMÉ, horriblement vexé, mais prenant une détermination. — Je disais donc que l'Afrique recèle dans ses déserts, autour de ses lacs et sur le bord de ses fleuves, des peuplades dont le teint ressemble à de l'ébène ou à du cirage très bien conditionné... PANAIS. - Qu'est-ce que tu nous racontes là ? M. ISIDORE LÉVY, étonné. — 11 me semble que vous changez de conversation... LENFUMÉ. - Pardon ! Je crois pouvoir, sans gaffer, dire du mal des moricauds ; j'ignorais, et cela dans la limite des choses possibles, que vous étiez juif, Prussien et cocu... Mais ce dont je suis persuadé, c'est que vous n'êtes pas nègre... Charles QUINEL. — Un mois d'absence, ma chérie !... Tu vas pouvoir me tromper tout à ton aise ! - - Ma foi, non !... Je n'ai jamais taut envie de te tromper que quand je te vois ! Dessin de G. PAvrs.
— Mais je ne veux pas un rôle de nu !... J'ai 5o.000 francs dans la gorge, monsieur ! — Raison de plus pour la montrer ! Dessin de 11. CHANCEL. LA RÉPARTIE DE GINETTE Ont parlait, dans le fumoir, des jeunes tilles d'aujourd'hui, de leurs libres allures, et de leur franc-parler. — Une qui m'en a bouché un coin, dit le vicomte Alcide des Eguillettes. c'est ma digne et chaste épouse. — Quand ça, le soir de tes noces ? — Non, ce jour-là, heureusement, ce fut moi qui eus le dessus. C'est le jour de nos fiançailles, il y a quatre mois à peine, que ma charmante Ginette me colla comme un vulgaire pain à cacheter. — Ça peut se raconter ? — Très bien, et en fort peu de mots, car l'histoire est toute simple. Donc, en ses somptueux salons du boulevard Saint-Germain, ma future belle-mère avait réuni, pour fêter nos accordailles, le ban et l'arrière-ban des cousins, petits-cousins, vieux oncles et vieilles tantes de Paris et des provinces. Ma fiancée et moi, bien gentiment, en attendant le (Puer, nous causions sur un canapé. Soudain, afin de châtier une audace de langage, du bout de son éventail Ginette me tapa sur les doigts. L'objet lui échappa et chut sur le tapis. « Vivement, pour le ramasser, je me penchai et... — Et patatras !!! — Non, mon cher, pas de patatras ! pas de dégringolade ridicule et sensationnelle, pas de vacarme, pas de cris  : un modeste petit bruit, un bruit à peine perceptible... mais que je crus catastrophique. Ce sont des accidents, hélas ! qui arrivent même dans notre monde. — Mais non, mais non ! tu n'y es pas. Ce fut un simple craquement, sec, discret, assez prolongé cependant pour que je m'imaginasse (lue le fond de mon pantalon s'était fendu de bas en haut, offrant à tous les regards l'horizon assez incongru d'un caleçon de zéphyr rose parsemé de blanches fleurettes. « Très troublé, je nie rassis non sans précipitation et, avec un sourire contraint, remis l'éventail à Ginette. Celle-ci, fort heureusement, n'avait rien vu, rien entendu. Pour l'instant donc, tout allait bien. Mais je pensais que, dans quelques minutes, il faudrait se lever, faire des grâces, des courbettes, offrir son bras pour passer pompeusement dans la salle du flestin !... Or, je ne me voyais nullement accomplissant tout ce. cérémonial avec un pantalon percé ! Que faire ?... Mais, déjà, à deux battants, s'ouvrait la porte du salon, et le maître d'hôtel annonçait  : a — Madame la marquise est servie. « Rougis-je ? pâlis je ? verdis-je ? je n'en sais rien  : « — Ma chère Ginette, balbutiai-je, rivé à mon canapé, excusez-moi, je vous en prie, de ne pas vous accompagner... Dans une minute, je vous rejoindrai. Elle s'éloigna sans insister irais un peu intriguée néanmoins. Sitôt la portière retombée sur le dernier des invités, je me levai, grimpai sur une chaise placée devant la cheminée et, retroussant mon smoking, constatai — avec quelle joie ! — que c'était mon caleçon, et non pas mon pantalon, qui avait craqué sous l'effort. Rasséréné, je rejoignis la foule, le turbot mousseline et le filet madèe. Après le dîner on dansa. Or, comme, pour un tango qu'elle m'avait promis, je cherchais partout ma Ginette, je la découvris, dans un coin, pomponnant, devant une glace, son joli petit minois. — Dieu ! que les femmes sont coquettes ! constatai-je simplement. « Mais nia fiancée se rebiffa  : — Si vous n'êtes pas content, mon cher... Pas content ! croyez bien, ma chérie, que je trouve tout naturel, quand elle est jolie comme vous, qu'une femme prenne plaisir à contempler son visage ! « — En tout cas, mon cher Alcide, répliqua-t-elle d'un ton narquois, il est beaucoup plus naturel pour une femme de contempler son visage, que pour un homme de s'isoler et de monter sur une chaise, pour mieux mirer son postérieur. — Allons, mon ami, à votre bonne santé ! Dessin de DHARM.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :