Le Rire n°299 25 oct 1924
Le Rire n°299 25 oct 1924
  • Prix facial : 0,75 F

  • Parution : n°299 de 25 oct 1924

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 41,6 Mo

  • Dans ce numéro : flagrant délit.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Kitchener, comme chacun sait, était un célibataire endurci. Lorsqu'il était en Egypte, un de ses officiers lui demanda la permission de rentrer en Angleterre pour se marier. Kitchener l'écouta et lui dit  : — Les nécessités du service exigent que vous restiez encore un an ici. Si, ensuite, vous désirez toujours vous marier, je vous accorderai votre permission. L'année passa et l'officier présenta à nouveau sa requête. Comment, dit Kitchener, après avoir pensé au mariage pendant un an, vous désirez encore vous marier ? — Oui, monsieur. — Très bien, vous aurez votre permission, mais vraiment, mon ami, vous donnez là un bel exemple de constance masculine. L'officier marcha vers la porte, puis se retournant comme il l'ouvrait pour partir  : — Merci, monsieur, mais ce n'est pas avec la même femme. *** Moïse a la guigne noire  : il ne parvient pas à trouver les quelques sous qui lui permettraient de faire l'acquisition du superbe magasin de mercerie qu'il convoite. L'ami de Moïse, Jacob, au contraire, mène une vie qui parait large et va au cercle où il a connu le marquis deC..., qui lui a fait certaines confidences. Un jour, Jacob rencontre Moise  : — Bonjour, Moïse ! Et les affaires ? — Pas brillantes, Jacob ! Mais si tu voulais, tu... — Parlons de choses sérieuses, Moïse... 9 — Sais-tu que ta femme te trompe ? — Rebecca ? Tu plaisantes ! — Si, et je sais même avec qui. — Dis voir. — Avec le marquis deC..., un ami de cercle dont tu m'as souvent entendu parler. — Où habite-t-il ? De ce pas, je vais le tuer, Jacob. — Ne fais pas de bêtises, Moïse ! DeC... est très riche et ta femme lui plaît. Je suis sûr que lui voudrait bien... Tu sais, pour l'argent dont... — Tu ne me connais pas, Jacob ! Je ne peux souffrir pareil affront. Si tu ne veux pas me la donner, prête-moi son adresse, car il me tarde d'être en face de ce goujat Trois mois après. Moïse a acheté le superbe magasin de mercerie. Les affaires vont bien ainsi que Rebecca, qui, plus que jamais, s'accroche au marquis deC..., lequel ne s'est jamais aussi bien porté. Et Moïse rencontre à nouveau Jacob. Ce dernier, avec un sourire malicieux, le félicite de sa bonne mine et de la prospérité de ses affaires. Puis, voyant l'embarras de Moïse, il lui serre la main et se dispose à s'éloigner. Mais Moïse s'est vite ressaisi. Et, sur un ton confidentiel, il dit à l'oreille de Jacob  : — Tu sais, deC... ? Eh bien, je me venge terriblement... Au moins trois fois par semaine, je couche avec sa maîtresse ! ** Un jour, un courtisan dit au bouffon du roi  : — Si tu continues à me railler, je te pourfends avec mon épée. Effrayé, le bouffon s'en va trouver le roi  : Sire, on en veut à ma vie. N'aie aucune crainte, dit le souverain. Si quelqu'un te tue, je l'exécuterai moi -même cinq minutes après ! — Oh ! Sire, repartit le bouffon, Votre Majesté ne pourraitelle le faire cinq minutes avant ? Figurez-vous qu'avec les Dupont, nous avons des amis communs. - Ça se voit. ! Dessin de Pierre FAL E.
SON PORTRAIT DANS LE JOURNAL Philippe le Bel était un raté. Employé dans une maison d'assurances qui lui assurait sa matérielle, il avait en vain cherché à trouver la gloire. Son rêve avait été d'avoir son portrait dans un journal. Il ne l'avait jamais eu. Ah ! paraître en première page, dans un grand quotidien, quelle joie ! Cette joie lui avait été refusée. Il avait commencé par le journalisme. Il avait une fois ou deux, par hasard, signé Intérim. Personne n'a jamais vu le portrait d'Intérim dans les journaux. Il avait voulu être auteur dramatique. Il avait passé deux ou trois ans de sa vie dans les antichambres de directeurs. Il n'y a pas de photographes dans les antichambres. Il avait résolu de faire du sport. Il avait travaillé la boxe. Une fois, il avait figuré dans un groupe, mais la figure tellement tuméfiée qu'il était méconnaissable. Il s'était dit. Puisque ni l'art, ni le sport ne réussissent, essayons les tribunaux. N'ayant pas assez d'envergure pour les grands crimes, il avait essayé des petits délits. Il avait eu simplement l'honneur d'un articulet ! « f Un ignoble individu nommé Philippe le B... Il n'y avait rien à faire. Jamais, jamais la figure de Philippe le Bel ne paraîtrait en première page dans un quotidien. Il s'était résigné. Chaque fois qu'il voyait un portrait d'homme célèbre, écrivain, homme politique, boxeur, s'étaler dans son journal, Philippe le Bel avait un soupir de mélancolie et jetait la feuille. Il se maria avec une petite ouvrière. Neuf mois après il eut un fils. — C'est tout votre portrait, lui dit-on. Son portrait ! Mais ce n'est pas ainsi qu'il le voulait. L'enfant fut un mauvais sujet. On le voyait, à peine âgé de g ans, chef de bande dans le maquis. Il fut la terreur du marché aux puces. — Mon pauvre chou, &est ton amant qui t'a poché l'aeil ? — Penses-tu ? Voilà longtemps qu'il ne m'aime plus !... Dessin de R. CHANCEL. — Eh bien, docteur, vous avez donc quitté la ville ? Vous y aviez pourtant une belle clientèle ?... — Euh !... Évidemment !... Mais, petit à petit, elle a fini par mourir !... Dessin de M. SAUVAYRE. Il fit son service militaire aux Joyeux. A sa rentrée du régiment, il rossa sa mère et vola son père. Celui-ci le mit à la porte. — Il tournera mal, dit-il à sa femme. Philippe 1b Bel était devenu un vieillard, de grands cneveux bouclaient autour de sa figure. — Si je devenais centenaire, murmurat-il, j'aurais peut-être mon portrait dans le journal. Hélas ! un jour il s'alita. Vous êtes bien malade, lui dit le médecin. Ce dernier espoir lui échappa. Un jour sa femme arriva affolée. — Philippe ! Philippe ! — Quoi ? — Ton fils ! notre fils ! — Et bien ? — C'est un assassin, il a tué. — Quoi ? — Oui, ton fils a tué une femme pour  : lni voler ses bijoux. — Oh ! — Tiens, regarde, dit-elle, et elle déplia le journal où, en première page, le portrait de son fils s'étalait. — Eh bien ! crois-tu que c'est bien lui ? — Le veinard ! murmura d'une voix faible, Philippe le Bel  : il a son portrait dans le journal..., lui !... Georges DOLLEY.



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