Le Rire n°297 11 oct 1924
Le Rire n°297 11 oct 1924
  • Prix facial : 0,75 F

  • Parution : n°297 de 11 oct 1924

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 64,6 Mo

  • Dans ce numéro : ultima ratio.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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ELLE ET LUI DIALOGUE D'ALOOVE — Margot, combien eus-tu d'amants ? Suis-je le second ou dixième ? — Que t'importe, puisque je t'aime ! Ah ! Margot, m'aimes-tu vraiment ? — Je veux t'en donner une preuve  : Sur mon corps mignon que voilà, 11 se trouve une place neuve Qu'aucun amant jamais d'un baiser ne frôla. Elle est à toi. Pourtant il faut que tu déniches Toi-même l'endroit que je dis. Va donc, explorateur hardi, Tâche de découvrir ce territoire en friche. — Tes lèvres ?... Cherchons autre part... Ton nez, ton front ? — Non, autre chose. — Boirai-je ton regard Entre tes paupières mi-closes ? — Non plus. — Sur ta nuque ou ton dos Trouverai-je un eldorado ? L'épaule contournée (en passant je la baise) J'arrive à ta poitrine. Allons Au sommet de ce mamelon, Nous y cueillerons une fraise. Puis redescendons tout le long De ce vallon. Ce grain de beauté sur ta hanche, Est-celui dontjamais un baiser n'approcha ? — Non, sans doute. — Je donne alors ma langue au chat. — Arrête, tu fais fausse route. — Toujours se dresse le passé, Hélas, où que mes lèvres jouent. — Te voilà bien em l s ar..assé, Nigaud  : embrasse-moi simplement sur les [joues. Charly LA BROSSE. — Compliments, mon cher 1... Femme délicieuse !... Un vrai pastel ! - A qui 1e dis tu ?... Chaque fois que je l'embrasse j'ai la ligure toute barbouillée 1 Dessin de R. CBANciad. — Misérable'... Dans mon lit !... dans mes draps !... — Oit ! ilion ami..., tu penses bien que je les aurais tout de même changés ! LA FOURRURE Dessin de Raymond PALLIKR. Depuis huit jours Nounouche ne décolère pas. Pour sa fête, je lui avais offert une superbe écharpe de vison et voici qu'au café, un soir, ayant accroché cette écharpe à une patère, à deux pas de la table où nous étions installés elle et moi, une personne indélicate — ou un peu myope — avait enlevé cette écharpe, laissant à la place une pauvre petite cravate en renard surnaturel, je veux dire en véritable lapin, mais pelée, élimée, tout ce qu'il y a de plus marché aux puces. — Ah ! si jamais je la revois, mon écharpe, sur les épaules de la fripouille qui me l'a barbotée, qu'est-ce qu'elle prendra, la dame ! —I1 y a des chances, ma bonne Nouuouche, pour que la dame en question, qui, d'ailleurs, est peut-être un bonhomme, aille opérer en d'autres parages. Je crois que tu peux en faire ton deuil de cette écharpe. — C'est à voir murmura rageusement ma mie. En cherchant bien... Nounouche s'est juré de retrouver sa fourrure. Et dès lors nous passons notre existence à courir les cafés et à prendre nos repas au restaurant. Lâchement, je fais des voeux pour que jamais nous ne nous trouvions en présence de notre voleuse. Car en y réfléchissant, ce ne peut être qu'une femme qui, à la place du vison, a pu mettre ce renard-lapin atteint de calvitie. Et je ne doute pas de l'esclandre que ma Nounouche provoquerait si jamais elle se trouvait nez à nez avec l'auteur du larcin. Dès que nous entrons dans un quelconque lieu public  : théâtre, concert, dancing, café ou restaurant, Nounouche jette autour d'elle un terrible regard circulaire et ne consent à s'asseoir qu'après avoir acquis la certitude que son vison n'est pas là. — C'est absurde ! ai-je beau lui dire, rien ne ressemble plus à une fourrure de vison qu'une autre fourrure de vison. 11 te faudrait vraiment une certitude, impossible d'ailleurs à avoir, pour oser accuser quelqu'un. — Ne t'en fais pas ! réplique Nounouche, je ne me tromperai pas... J'ai un truc infaillible pour la reconnaître ! Et la catastrophe que je redoutais s'est produite comme nous commencions à dîner, hier, dans un cabaret du boulevard ; soudains je vois Nounouche tressaillir, se lever à demi, se rasseoir avec tous les signes de la plus vive émotion.. — Ça y est ! je la tiens ! dit-elle dans un souffle. — Qu'est-ce que tu tiens ? — Ma voleuse ! — Ali ! je t'en prie, pas de scandale ! — Non, mais des fois... penses-tu que je vais rester là comme une potiche ?... Je ne suis pas un voyou... Je sais m'exprimer poliment. Tu vas voir que ça va se passer très gentiment. Avant
cinq minutes cette saloperie m'aura rendu mon vison ou bien alors... Nounouche se lève, tremblante de fureur, et d'une démarche saccadée se dirige vers une petite dame d'une distinction relative qui, en compagnie d'un monsieur d'une vulgarité remarquable, vient de prendre place à une table peu éloignée de la nôtre. En dépit de l'assurance que m'a donnée Nounouche d'agir avec diplomatie, je ne suis pas tranquille... Trois enjambées et la voici campée devant la petite dame  : — Pardon, Madême... dit-elle en s'inclinant respectueusement, y a longtemps que vous l'avez ce poil de vison ?... parce que, j'vas vous dire, ya exactement huit jours qu'on me l'a chipé, alors, n'est-ce pas, ça me fait bien plaisir que vous ayez la gentillesse de me le rapporter ! Tout ceci dit à haute et intelligible voix afin que nul n'en ignore. Dans la salle archipleine de ce restaurant toutes les têtes se sont dressées. La petite dame a blénli, verdi, puis, comme une langouste qu'on vient de précipiter dans l'eau bouillante, elle devient écarlate. — De quoi ? de quoi ? dit le chevalier servant de la darne. — Vous, la ferme ! riposte impérativement Nounouche. Allons, ouste ! ma fourrure, sinon... — Je ne sais ce que vous voulez dire, Madame... Cette fourrure est à moi, gémit la petite dame. Je m'approche  : — Nounouche, je t'en prie... pas de scandale. Cette fourrure ressemble à celle qui te fût volée, mais quelle preuve... FACE AU DANGER ! rue (1144"".% — Oh ça, ben sûr !... Tu vois toujours quand j'suis saoul..., mais tu vois jamais quand j'ai soif 1... Dessin de DUARH. — Qu'est-ce que vous attendez pour l'assommer d'un coup d'épieu ? — Oui, hurle le galant cavalier de la dame, quelle preuve qu'elle a c'te sale grenouille ?... Nounouche a saisi la fourrure, la palpe... La preuve ? la preuve ? Elle semble hésiter. — Ah ! vous voulez la preuve, eh bien, allons-y ! Madame pourrait peut-être nous dire ce qu'il y a dans la doublure de cette fourrure ?... Oui, ya quelque chose à moi là-dedans. Madame sait pas quoi ? Alors, sortant des ciseaux de sa trousse, Nounouche se met en devoir de découdre un coin de la doublure et en sort un petit paquet de lettres. Je me penche... Tiens, tiens, c'est l'écriture d'Ernest... un si vieil ami ! — Et pas d'erreur, triomphe Nounouche, ces lettres sont bien adressées à moi  : Mile Nounouche, poste restante. L'infâme gigolo de la petite dame effondrée se gondole... Dieu me pardonne, il me tape sur le ventre  : — Ben ! mon pauvre vieux, faut des histoires comme ça pour apprendre qu'on est cocu... Elle en a de l'astuce, ta gonzesse ! La petite dame tente d'expliquer qu'elle a acheté ça à une marchande à la toilette. — Ça va, ça va, allez vous faire pendre ailleurs, répond Nounouche, en emportant fièrement son écharpe. Et se tournant vers moi  : — Quant aux lettres d'Ernest — et ce disant elle les déchire en menus morceaux — je t'expliquerai... C'est pas du tout ce que tu crois... Enfin tu vois que tout s'est passé très gentiment. Vraiment, t'es rigolo..., tu fais une tête ! C'est à croire que tu/"n'es pas content que j'ai enfin retrouvé ma fourrure ! LESCAROL. Té, qu'il me tourne le dos ! Dessin de Roger PRAT.



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