Le Rire n°295 27 sep 1924
Le Rire n°295 27 sep 1924
  • Prix facial : 0,75 F

  • Parution : n°295 de 27 sep 1924

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 44,1 Mo

  • Dans ce numéro : le monde à l'envers.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 8 - 9  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
8 9
LE TRUC DE POUILLARD Heur... — Eh oui ! j'ai fait mon petit bonhomme de chemin, me dit hier cet animal de Pouillard, qui en était à son six ou septième amer-cassis. C'est en janvier, je crois, que j'ai eu une inspiration mirifique. Au fait, qu'est-ce que je faisais encore, à ce moment-là ? — Tu tondais les chiens, risquai-je, et tu coupais... Mais non ! C'est en novembre que je coupais... — Je me souviens, en effet. En janvier, est-ce que tu ne tenais pas le fil à faire marcher les pantins, au coin de l'avenue de l'Opéra ? — Non, mon vieux ! C'était en décembre. D'ailleurs, cela n'a pas duré, rapport à ce que, quand j'avais soif, je m'en allais tout à coup, et naturellement les pantins me suivaient, au grand ahurissement des badauds. Je me souviens maintenant. En janvier, je faisais le député. Oui, un petit métier pépère. Un bonhomme du Palais Bourbon à qui je ressemble, paraît-il, comme deux gouttes d'amer-cas', m'avait engagé pour marcher toujours cent mètres devant lui. Comme cela, si des types se mettaient dans la tête de lui flanquer une raclée, c'est moi qui encaissais... — Un métier de tout repos, en effet. — Oui, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. J'ai trouvé mieux. Une combine à ma taille. Je me suis mis marchand d'écriteaux. 9 — Parfaitement ! Je vends des papiers pas plus grands que ça où il y a quelques mots d'imprimés en majuscules. Ils me coûtent un sou, l'un dans l'autre, parce que l'encre déteint un peu, et je les refile deux francs pièce... — Sans blague ! — Tiens, je vais en vendre un devant toi. Arrive. Et le voilà qui m'entraîne vers le premier immeuble venu, frappe à la loge  : — Bonjour, monsieur ! fait-il dès que le pipelet s'amène..l vous apporte un écriteau. — Un écriteau ? — Oui. Regardez cela. Est-ce bien fait ? Ici, il n'y a pas d'appartement à louer. C'est deux francs... Non, merci ! — Vous avez tort. Ce petit papier-là, c'est la tranquillité. Pour quarante sous, vous êtes débarrassé des gens qui... — Sans façon. Je rigollais. Le truc de Pouillard m'avait tout l'air de rater dans les grandes largeurs. Mais cet animal ne se démontait pas. Retenant la porte que le concierge voulait refermer, il continuait, avec un sourire empoisonné — Je comprends que vous ne désiriez pas d'écriteau. Vous avez sans doute quelque chose de libre. Un appartement sur la rue ? Sur la cour, peut-être ? Peu importe d'ailleurs. Non ! Non ! Ne vous dérangez pas. Je ne tiens pas à visiter. Seulement, je vous enverrai quelques amis qui sont justement sans logis. J'en connais des centaines comme cela... Vrai, je vous promets de leur donner votre adresse. Je ne voudrais pas vous laisser un appartement sur le dos par le temps qui court... Fallait voir la tête du pipelet ! 11 était vert. C'est bon, grogna-t-il. Donnez-moi un de vos papelards. — Volontiers. Mais, au fait, l'immeuble a deux entrées. Il vous en faudra donc deux, peut-être. même un troisième de rechange. Bah ! Je vous ferai une réduction de deux sous sur les trois... Vous avez de la monnaie ? Merci bien... Inutile de les envelopper, n'est-ce pas ? Au revoir, cher monsieur... Une fois dans la rue, il laissa fuser un petit rire  : — Eh bien ! Qu'en dis-tu ? En visitant comme ça quatre cents concierges par jour, je me fais dans les quarante louis de bénéfice ! J'avais l'eau à la bouche. — Tu sais, me dit-il encore, si le coeur t'en dit, on pourrait voir à s'associer tous les deux... — Vrai ? T'aurais qu'à. venir avec moi pour porter le paquet, et je te donnerais quatre sous par écriteau vendu. Je calculai mentalement  : quatre cents fois quatre- sous, cela fait quatre-vingts francs par jour. A ce prix-là, j'ai donné ma démission au Ministère ! GoM GUT. `r2 ; 3 dors,c, es & ?, h, le chifFrel3 n'est pas toujours un chiffre néfaste... des cOLLYerhS croisésrte sont pas toujours sine de malheur... g‘ 4.4 Lui. couteau. coupe'iar Fois au,t.re chose que l'arrtiié le5e1 renversért'est pas toujours $ irte de d is n ate...
.. et malheur ! JASMIN ou LE FIDELE SERVITEUR par contre, w1. fer à chev al ne forte paE toujours borthe.LLr... un. trèfle àquafre feuilles ne sio Rifie na5 toujours fortune..toucher la bosse d'un bo55urte vous assure as nécessairement unie grandeélicité.. et ce niest ras narcequ,e vous aurez marché dedans, que vous aurez. plus de réussite dans v05 entre ri5e5 Dessins de Marcel ARWAC. Jasmin, perle des valets de chambre, faisait l'orgueil et la joie du Marquis de La Vigne du Seigneur, à qui était éct.0 le précieux privilège — non aboli dans la première nuit du 4 août — de posséder ce rare avis. Le maître se plaisait à déclarer  : Ce garçon est né domestique ! (Formule parfaitement ridicule, d'ailleurs, si l'on considère qu'à l'âge où nous venons généralement au monde, nos vocations demeurent encore extrêmement imprécises). Nonobstant, il faut bien reconnaître que Jasmin donnait véritablement d'inégalables satisfactions à tous les de La Vigne du Seigneur, vieille et authentique noblesse, dont l'origine se perdait dans l'ennui des temps. Obéissant, probe, ponctuel, soumis, travailleur, discret, prévenant, correct et empressé, il connaissait à ce point les habitudes de son maître qu'il les avait, en quelque sorte, faites siennes. Il n'eût point, même pour une place chez Bazil Zaharof, vêtu d'autres costumes, bu d'autres vins, fumé d'autres cigares que ceux de « Monsieur le Marquis ». Je ne vous célerai point, d'autre part, que ce synchronisme de leurs goûts leur faisait partager aussi — mais alternativement — les ultimes faveurs de la blonde Magdelaine, l'accorte camériste de Madame. Pour l'ouverture de la chasse, M. de La Vigne, etc., reçut une invitation du Duc de Caridan-Sylla, son parent, et décida d'aller passer une couple de semaines chez iceluy, en Vendée. Mais cette fois — pour des raisons demeurées nébuleuses — le Marquis n'emmenait pas Jasmin. Le fidèle serviteur, quelque peu froissé tout d'abord, se consola bientôt par la perspective de quinze jours de relatives vacances. Il se mit au vert  : son patron ne touchant plus — pour cause de départ — aux cigares, aux crûs du château, ni à la fine 0 48 Jasmin s'interdit de les utiliser pour son usage personnel. De même repoussa-t-il avec une abnégation digne des vieux Romains les avances, pressantes pourtant, de l'aguichante Magdelaine. Un soir, la camériste se présenta chez lui  : — Jasmin, Madame vous demande dans ses appartements... Le fidèle serviteur hésita, fixant du regard son pyjama rayé d'azur... — Madame a dit  : Sans retard ! qu'il vienne comme il est.. Obséquieux et soumis, Jasmin se précipite  : — Toc, toc, toc ! — Entrez ! Madame la Marquise m'a fait appeler ?... Je suis aux ordresde Madame la Marquise... — Oui, mon ami, je vous ai mandé... Je m'ennuie, ces jours-ci... Vous allez me donner quelque compagnie... — Je, suis aux ordres de Madame la Marquise... — Seyez-vous !... Non, là... sur cette bergère... plus près de moi, mon Dieu !... — Je suis... heu... — Vous êtes... très gentil Jasmin, très... Je suis ravie de ce tête-à-tête... Mais oui 1... Et puis, vous avez tellement adopté les manières — et les pyjamas - de mon marquis d'époux qu'il me semble presque être à ses côtés... Grâce à vous, j'oublie son absence... Et je sens qu'il n'en faudrait plus beaucoup pour me la faire oublier tout à fait... — Je... je suis aux ordres... de Madame... — Baisez-moi la main... ah !... pas là... plus haut... l'épaule... le col... ah !... plus bas... Toute l'anatomie visible de la marquise y passe — voire même un peu plus ; Jasmin découvre des dessous élégants et capiteux... — Ah !... Aâah !... Jasmin !... Aaâah !... Encore, mon ami 1... — Je... je suis... heu... aux ordres... ah !... de... oh !... Ma.. â... a... dame... la Ma... â... arquise I... Aaâaâah !... Des choses définitives sont accomplies. Extase, langueur, lassitude, immobilité... Le fidèle — et heureux — serviteur n'ose plus bouger ; il est toujours u aux ordres mais les ordres ne viennent pas... Cependant, respectueux et soumis, il finit par déclarer  : Madame la Marquise est servie ! » Et la noble dame, d'une voix éteinte, mais digne, répond  : u C'est bien, Jasmin..., vous pouvez vous retirer...  : Charles CLUNY.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :