Le Rire n°291 30 aoû 1924
Le Rire n°291 30 aoû 1924
  • Prix facial : 0,75 F

  • Parution : n°291 de 30 aoû 1924

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 102 Mo

  • Dans ce numéro : la rouge ou la noire ?

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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C'est jeune et ça n'sait pas 2° COUPLET Sur un banc, un peu plus loin, Je croise un collégien Et une midinette, Qui, tendrement amoureux, Faisaient, faisaient tous deux Antr'chos'que la dînette. Voyant v'nir un agent. J'lui criai  : « Soyez indulgent, N'troublez pas ces jeun's gens Au bon moment. REFRAIN C'est, jeune et ça n'sait pas ! (bis) Je comprendrais que vous dressiez contraven- Si ce gar on-on [tion-on Usait l'gazon. C'est jeune et ça n'sait pas'. (bis) Mettez alors, c'est plus prudent  : Défens'de marcher sur les bancs ! C'est jeune et ça n'sait pas ! » 3° COUPLET Plus loin, je vois un conscrit Braillant, à moitié gris, D'un'voix patriotique  : « J'suis app'lé sous les drapeaux Viv'l'armée, Maginot, Et viv'la République I » Je pensais  : « Pauv'petit, Il ne comprend pas ce qu'il dit, Il chant'ra moins gaîment Au régiment ! REFRAIN C'est jeune et ça n'sait pas ! (bis) Peut-il soupçonner qu'on va, pauvre enfant Sans qui s'rebit'-fe, [naïf-fe, Couper ses tifs ! C'est jeune et ça n'sait pas ! (bis) I1 n'criera plus  : « Viv'Maginot ! » Quand il nettoiera ses croqu'nots. C'est jeune et ça n'sait pas ! » 4° COUPLET Après ça, j'vis un marié Qui, sautant d'son coupé, Se flanqu'le nez par terre, Car la mariée avait pris Le pan de son habit En plein... dans la portière ! Comprenant son courroux, J'm'approchai du nouvel époux Et j'lui dis  : u Calmez-vous, Car, entre nous, REFRAIN C'est jeune et ça n'sait pas ! bis) cette enfant n'peut pas s'douter dans son coeur Qu'ça n'tient, fragile, [puéril-e, Que par un fil. C'est jeune et ça n'sait pas ! (bas) Ell'n'a pris qu'un pan, c'est heureux, Ell'pouvait vous couper les deux... C'est jeune et ça n'sait pas » J. Y. -, 25 — Le mari et la femme ?... Jamais de la vie !... — Mais si !... Ils couchent dans le même lit I Dessin de G. l'Avis. 5. COUPLET Dans un port américain, Sorel, l'autre matin, Saut'du débarcadère Avec un chapeau marquis, Un suivez-moi yankee, Une rob'bayadère... Et tout le long, le long, Et tout le long du Missouri, Les indigen's criaient, Tous ahuris  : REFRAIN C'est jeune et ça n'sait pas ! (bas) Ell'a dû fair'fair'ça par un'p'tit'couturière Datant, ma chère, Du temps d'Molière. C'est jeune et ça n'sait pas ! (bis) Pourquoi Cécil's'habille-t-ell'Comme, jadis, Agnès Sorel ! C'est jeune et ça n'sait pas 1 s L$ MENDIANT. — Je voudrais quelque chose de très léger... C'est pour tenir à bras tendu. Dessin de VARS. 6° COUPLET L'autre jour, à Monaco, Je vis au casino Jouant au Trente-et-Quarante Des dam's d'un âge un peu mûr Qui en avaient pour sûr Plus de Trente-et-Quarante... Devant tout's ces bobin's, Je m'demandai pourquoi ces ruin's Sont tell'ment obstinées A se ruiner  : REFRAIN « C'est jeune et ça n'sait pas ! (bis) J'ai peur qu'après avoir perdu leur dernièr'mise, Ell's ne s'avisent D'perdr'leur chemis' ! C'est jeune et ça n'sait pas ! (bis) Quell'figure va fair'le croupier Quand ell'vont perd'leur râtelier 1 C'est jeune et ça n'sait pas ! » MONTMARTRE ABUS DE CONFIANCE Bébert entra dans le petit café où ses copains jouaient au jacquet toute la nuit, tandis que les poules se répandaient jusqu'à l'aube dans les boîtes de nuit. Tous des gars affranchis et qui se serraient entre eux comme s'ils avaient été unis par un lien syndical. Ils avaient les mêmes idées sur les choses, les mêmes besoins, les mêmes ambitions, ils redoutaient les mêmes ennuis, et les mêmes soucis les préoccupaient. Quelques-uns avaient l'esprit aventureux, la tête près du bonnet et le caractère ressauteur, mais d'autres vivaient une vie de petits rentiers, sans grandes exigences ; ils descendaient des chambres (l'hôtel en chaussons feutrés, ils.lisaient les journaux en prenant le premier apéro, ils raisonnaient comme des hommes ennemis du désordre, et si parfois ils étaient obligés de coller une taloche à leurs dames,
— Cette petite peste de Berthe !... Elle qui ne pouvait souffrir son père, à présent elle ne le quitte plus... — Oui, c'est depuis qu'on l'a pris pour son amant ! Dessin de Raymond PALLIER. ils ne s'en vantaient pas, les querelles de ménage n'ayant pas besoin de provoquer les commentaires des indifférents. Mais Bébert n'était pas un personnage rassis. Même parmi ceux qui ne craignaient pas un coup de torchon, Bébert faisait tache  : il avait besoin de crier, de menacer, de raconter des histoires exagérées qui tombaient quelquefois dans de drôles d'oreilles ; ses meilleurs amis avaient beau lui dire de la fermer, c'était comme s'ils chantaient et, chaque soir, un café si calme retentissait des vociférations de ce seul Bébert qui vraiment arrivait on ne sait d'où pour faire ce potin. Et sa souris ne valait pas mieux  : une môme à chichis qui n'emmenait pas un client sans raconter que c'était Ford ou un grand-duc, mêlée à toutes les engueulades de lavabo, mauvaise camarade, soulevant des michés à ses amies et toujours prête à se prendre aux cheveux pour un oui ou pour un non. Quand, des fois, elle venait chercher son homme dans le petit café, le patron n'avait pas un poil de sec, parce que, généralement, ça finissait par des torgnoles qui éparpillaient sa verrerie. Mais, ce soir-là, Bébert alla accrocher son canotier et vint s'asseoir silencieusement devant une table vide. Il jeta un regard circulaire sur les clients fidèles, tira Paris-Sport, et, la tête serrée entre ses deux mains qui bouchaient ses oreilles, il se plongea dans la lecture. Le garçon qui vint prendre la commande fut accueilli par un  : Fous-moi la paix ! » auquel il n'y avait rien à répondre et quand Victor, un bon copain, vint s'asseoir à sa table, c'est à peine si Bébert leva le nez. Cependant, si renfermé qu'on soit, on ne peut pas toujours garder les choses qu'on a sur le coeur, et, comme Victor respectait le silence de son ami, ce fut Bébert qui lui dit  : « Viens faire un tour, je vas te dire ce qu'il y a ! » Une nuit très douce. La place Pigale mêlait la lumière électrique au clair de lune, les deux amis marchaient lentement sous les arbres, Bébert ne chercha pas à truquer. — Ma môme est emballée. — Non ! Je te le dis. Et même sûrement que les bourres me cherchent, mais je m'en balance. — Quoi qu'elle a fait ? — Le portefeuille d'un poivrot !... Parait que c'était un préfet. Quand il s'est retrouvé l'oeil ouvert, il a cavalé à la préfectance, il a mis tout le monde sur pied. D'habitude, tu sais comme ça se passe  : ou bien le poivrot se tient peinard pour pas que son aom soye dans les journaux, ou bien il va raconter son histoire au quart qui a d'autres chats à fouetter, inscrit la plainte et ne s'en fait pas une miette... C'est une manie qu'elle avait, la môme. Elle pouvait pas ramener un pochard sans y faire les fouilles ; d'habitude, elle ne prenait pas tout  : elle les embrouillait dans les comptes, et le lendemain, ils ne savaient pas au juste combien que la bringue leur avait coûté. Mais celui-là, elle a tout carré, le portefeuille et le blé, et c'était à prévoir qu'au réveil, l'autre gueulerait comme un blaireau. — Alors ? — Alors, ce soir, ils se sont amenés au bar de chez Lily et ils ont poissé Angèle qui s'est débattue, les a appelés de tous les noms et même a griffé la figure d'une bourrique, qu'elle en saignait plein la boutique. Heureusement que je n'étais pas là, parce que je ne pouvais pas faire autrement que de m'en mêler et j'étais bon. Victor s'attendrissait  : — Qu'est-ce que tu vas devenir, ma pauvre vieille ? C'est le coup dur... Bébert fit un geste vague pour laisser entendre qu'il n'était pas embarrassé, mais ses traits se durcirent, car il avait quelque chose sur le coeur qu'il ne pouvait avouer qu'à un copain sûr. — Ce qui me fait plus que tout, mon vieux, c'est que cette saleté-là ne m'avait rien dit... Il y avait quinze cents balles dans le porte-fafiots ; elle ne m'a rien dit, elle ne m'a rien donné. Les inspecteurs ont tout perquisitionné dans la carrée, que la taulière levait les bras au ciel. Rien ! Naturellement, ils ont dit  : « Elle a repassé le pèze à son marle ! » Sûrement qu'ils vont me poisser d'un moment à l'autre. Alors, vieux, qu'est-ce que tu veux que je dise ? que la môme a étouffé le fric ? De quoi'que j'aurais l'air ? Je suis obligé d'avoir l'air d'être à la page pour ne pas passer pour une bille... Bien sûr ! _dit Victor qui, vraiment, compatissait à la mortification de son ami. Bébert se taisait, niais soudain il éclata  : — Cette petite vache-là ! tu aurais cru ça d'elle, quelle confiance tu veux que j'aie à présent ? Peut-être que des dix fois et des vingt fois, elle m'en a fait sauter. C'est tout de même rageant de tomber sur une soeur comme ça ; elle me déconsidère ni plus ni moins, je te jure ! Elle a de la veine de ne pas nie tomber sous la main, je l'aplatirai, comme une salope qu'elle est !... Tout à coup une main brutale tordit le bras de Bébert, une autre main s'accrocha à son autre poignet, il n'eut pas le temps de faire un mouvement ; Victor fit un saut, mais deux hommes le tenaient. — C'est pas la peine de vous abîmer—. Les deux amis croisèrent un regard loyal ; quitte à connaître les ennuis du dépôt à ses côtés, Victor ne trahirait pas le secret de son ami... Robert DIEUDONNÉ. — Il ne va pas vite... — Il marche pourtant ventre- à terre- ! Dessin d'Arsène BRIVOT..



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