Le Rire n°291 30 aoû 1924
Le Rire n°291 30 aoû 1924
  • Prix facial : 0,75 F

  • Parution : n°291 de 30 aoû 1924

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 102 Mo

  • Dans ce numéro : la rouge ou la noire ?

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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— On dit que le petit vicomte va épouser la fille Dupont. Elle est millionnaire. mais c'est une vraie planche !... — Justement  : une planche de salut ! Dessin de M. SAUVAYRB. MARI DE CFiAMPIOIYNE Oscar Vertuchoux, épicier, et Euphémie Bastide, teinturière, étaient fiancés depuis un an et désiraient se marier le jour de la Saint Anicet. Enfants du même quartier, issus de familles honnêtes et aisées, doués d'un heureux caractère, d'une santé parfaite, d'un agréable physique, d'une moyenne intelligence, ils semblaient promis a la plus paisible destinée. Mais le hasard jaloux veillait. Car si les deux fiancés avaient sur bien des plans des points de contact, ils différaient de goûts sur le chapitre des distractions. Oscar ne connaissait pas de plus grand plaisir que de faire une manille ou une belote, au Café des Négociants, avec ses copains Jean Denivelle, le casquettier, et les frères Ciamois, tripiers. Euphémie, au contraire, gaillarde aux appas marmoréens, était une fervente de tous les sports et particulièrement de la course à pied. Elle était l'un des espoirs de la S. A. F. M. (Société athlétique féminine montrougienne), et, trois ou quatre fois par semaine, ayant tiré le store de fer de son magasin, elle allait s'entraîner, avenue de Montsouris, avec quelques camarades de son équipe. Nombreux étaient les curieux pour voir défiler, au petit trot, l'escouade des sportswomen dont les maillots légers, sous la lueur des becs électriques,- moulaient les formes charnues à la grâce robuste. Les dimanches et les jours de fêtes, elle entraînait Oscar à des matches et, d'une tribune, le fiancé résigné applaudissait aux exploits de sa belle. Avec cette ferme résolution des êtres doux et calmes, Oscar se promettait, une fois marié, de détacher sa femme du sport ou plutôt de la convertir à l'exercice exclusif de ce sport qui n'a pour champ clos que la plaine blanche d'un lit, élastique et vaste à souhait. Présomptueux étaient ses projets. Un mercredi soir il se présenta, comme à l'accoutumée, au logis de sa fiancée et trouva toute la maison en émoi. Dans la salle à manger, MMe Bastide, les deux poings sur ses larges hanches, le visage bouffi d'orgueil, pérorait au milieu d'un cercle de voisines curieuses et ébaubies. Phémie, vêtue de sa tenue sportive, se carminait les lèvres devant la glace et essayait des sourires. Le père Bastide, suçotant sa pipe éteinte, grommelait « que tout cela n'empêchait pas qu'il eût faim et que la soupe tardait à venir. Dans les explications volubiles et simultanées que lui donnèrent aussitôt sa fiancée, m'arne Bastide et les quatre commères tenant le rôle de choeur antique, Oscar finit par comprendre ceci  : Après diverses éliminatoires, Phémie avait été choisie, par une grande commission sportive, pour faire partie de l'équipe féminine à qui incomberait la tâche glorieuse de représenter la France aux prochains jeux olympiques. La bonne nouvelle avait été apportée le matin à la jeune VI E I L L E CZIRC athlète et, déjà, les journaux du soir, à leur rubrique sportive, la communiquaient à leurs lecteurs. Et, comme Oscar ne semblait pas transporté d'enthousiasme  : — Ben vrai ! tu en fais une tête, remarqua Phémie, tu n'es donc pas fier d'avoir une fiancée qu'une foule cosmopolite et innombrable admirera, que les journalistes viendront interviewer, et dont on mettra le portrait dans les magazines ? — C'est un honneur pour la famille et pour vous, renchérit MII1e Bastide. Oscar s'efforçait de se mettre à l'unisson de l'allégresse générale, mais une mêlée de sentiments confus agitait son cœur. — Qu'est-ce que je vais être, moi, dans tout cela ? se demandait-il. Rien, moins que rien ! Les événements qui suivirent justifièrent ses appréhensions. Après quelques exhibitions, hors-d'oeuvre de la grande épreuve, Phémie fut sacrée as des as féminins français. La maison des Bastide fut envahie par des reporters, des photographes. Oscar, oublié dans un coin, ne fut plus qu'un comparse intime. L'épicier crut même deviner que Phémie, devant ces messieurs de la Presse, avait un peu honte de sa mise modeste, des manières trop peuple de son fiancé. Oscar Vertuchoux cachait héroïquement sa détresse sentimenmentale, et, quand l'as des as daignait laisser tomber sur lui un regard distrait, il souriait comme un qui n'a pas conscience de sa disgrâce. D'ailleurs, il touchait à peine de ses lèvres le calice plein de fiel. On osa lui proposer de reculer la date du mariage mais, sur ce point, mouton devenant enragé, il se montra intraitable, et Phémie qui, somme toute, l'aimait bien, finit par accepter de devenir au jour dit Mi1e Vertuchoux. Leur union fut célébrée sans grand éclat, presque à la façon d'un hymen clandestin. Mais quand Oscar, le soir de ce 27 avril, voulut exercer ses 6 droits conjugaux, sa chaste épouse s'y refusa  : — Pour Dieu, mon ami, laissez cela, vous dis-je. Voulezvous me faire perdre ma forme par vos inconséquentes exigences et l"fek lfrvy4 4,7M — Je vous avais dit que je ne sortais qu'un instant... Il fallait occuper ce monsieur en attendant que je rentre. — J'aurais craint de faire du tort à Madame ! Dessin de Jacques BouLLAIRE. 0 LA GLOIRE DES GRANDES LIQUEURS FRANÇAISES
vos actes inconsidérés ? Remettons à plus tard cette bagatelle, au reste assez déplaisante ; n'avons-nous pas toute la vie pour y penser ? Et elle tourna le commutateur. Dans l'ombre de sa chambre et dans celle de son âme, Oscar LE COUP DE VENT OU LE VOYAGE ECOIIOM(QUE (PARI3 DEPART fit d'amères réflexions, mais il n'osa pas en faire part à sa moitié, deux fois plus grosse que lui, ni encore moins tenter de la prendre de force, car il aurait eu certainement le dessous, et pas celui qu'on peut souhaiter en pareille conjoncture. 11 lui fallut connaître de longues nuits et de longs jours de supplice de Tantale et se consumer de vaine concupiscence. Toute au sport, Phémie ne s'occupait pas de son intérieur et négligeait ses plus élémentaires obligations d'épouse. Elle passait ses journées sur le terrain » et rentrait harassée de fatigue. Elle ne faisait qu'un somme jusqu'au matin, ronflant comme les orgues de la Madeleine à la fin de la grand'messe. L'HIVER A PAu L ETE A POIL Phémie se fit battre à plate couture par ses concurrentes. Et, quand l'idole tombée retrouva son mari et sa famille éplorée, c'est l'infortuné Oscar qui, bouc émissaire prédestiné, fut immolé sur l'autel de l'orgueil sportif humilié  : — C'est votre faute, satyre, lui lança haineusement sa bellemère ; avec vos obscènes exigences, vous avez ravagé cette petite et brisé son avenir de championne. Oscar eut beau protester, il avait tous les torts, on le lui fit bien voir. Deux semaines après, sans avoir encore obtenu d'initier sa femme aux mystères de l'amour, rentrant chez lui, sa journée faite, il trouva la maison vide. Une lettre de Phémie, bien en évidence, s'étalait sur la table de nuit. I1 la prit et lut. vI51TEZ !.'AMERIgve Du (WRo 5u0 Mon pauvre Oscar, « Je pars pour l'Amérique avec un champion de boxe. Nous nous aimons. I1 m'a ravi ce que tu n'as osé me prendre. Ne cherche pas à me revoir, car Jim n'est pas patient et ses directs ne pardonnent pas. Adieu. Oubliemoi  : nous n'étions pas faits l'un pour l'autre. Le malheureux Oscar s'effondra. Hélas ! dans notre société parisienne, oit la femme s'est taillé une si belle place au soleil du succès, que d'hommes doivent se résigner à n'être plus que le mari de la championne ! André ROMANE. MARSEILLE ARRvEE hnvw.rilzAtZ), ; 1741oiMi'DRZUR Enfin, le jour suprême arriva. En son maillot bleu et or, Phémie apparut, sculpturale, sur la piste et, jaillies de milliers de poitrines, les acclamations la saluèrent. Perdu en haut d'une tribune, Oscar sentait en son maigre torse peser son coeur lourd comme du plomb. Il était jaloux de la foule, cette hydre aux têtes innombrables, et sa douleur était complexe et infinie. Les épreuves se coururent, ce fut la catastrophe. Dessin de Raymond -57 cati"., PALLIER. `



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