Le Rire n°288 9 aoû 1924
Le Rire n°288 9 aoû 1924
  • Prix facial : 0,75 F

  • Parution : n°288 de 9 aoû 1924

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 52,4 Mo

  • Dans ce numéro : le chirurgien.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 14 - 15  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
14 15
dire des choses gentilles, et vous câliner comme si on était un petit enfant... avec sa grande main si douce sur votre nuque. YETTE. — Je VOUS en prie... LULU. — Ben quoi ? Ça devrait vous faire plaisir, puisque moi c'est fini. YETTE. — J'aimais mieux quand vous me disiez ses défauts. LULU. — Et puis, il fait si bien l'amour... — Voici des choux-fleurs... Et puis, Vous ne trouvez pas ? voici mon coeur !... YETTE. — Si... Si.. LULU.— Parce qu'on a beau dire,  : ça compte quand même. YETTE. — demment... Évi LULU. — Oh ! né faites pas la petite bouche. Je m'y connais  : Jacques, c'est tout premier choix ! YETTE. N'est-ce pas, moi, je n'ai pas encore eu beaucoup le temps de m'en apercevoir... LULU. — Oh ! ces choses-là, ça se voit du premier coup ! YETTE. — Peut-être pas, justement... LULU — Est-ce qu'il vous... (Elle lui parle bas à l'oreille.) YETTE, très gênée. — Non... non... pas encore... LULU. — Oh ! demandez-lui ça, ma petite ! Et vous m'en direz des nouvelles !... (Un temps.) Voilà ! Eh bien, je vais m'en aller, je n'ai plus que ça à faire... Il est à son bureau, n'est-ce pas ? YETTE. — Oui, mais il va revenir tout de suite. LULU. — Déjà ?... Ah ! oui, l'attrait de la nouveauté ! Au début, pour moi aussi, il quittait le bureau bien avant l'heure. (Elle a pris son chapeau et son manteau.) Au revoir, madame, et bonne chance... YETTE. — Écoutez, si j'osais, je vous demanderais un service ? LULU. — Faites donc ! YETTE. — Je trouve que Jacques s'est très mal conduit envers vous, très mal ! Il mérite une punition. Si vous voulez, nous allons vous venger. LULU. — J'y suis ! Vous allez le laisser tomber ? YETTE. — Non. Mais vous, vous allez rester ici, comme si vous n'aviez pas quitté l'appartement une minute. Je me cacherai à la cuisine, et quand il va rentrer, c'est vous qu'il trouvera. Ne parlez ni de moi, ni de votre absence. (Elle appelle.) Gracieuse ! LULU. — Bravo ! Il va en faire une tête ! YETTE. — Je crois en effet qu'il va faire une tête ! (A la bonne qui entre.) Quand Monsieur rentrera, vous lui direz que je suis allée voir maman une demi-heure, et que je reviens. LA BONNE. — Bien, madame ! (A part.) Si c'est pas malheureux ! Un jeune ménage... à trois !... Déjà !... (Elle sort.) YETTE. — Vite ! J'entends l'ascenseur. Ce doit être lui ! Emportez vos valises ! (Elle la pousse vers la chambre à gauche.) LULU. — Dites donc, une question encore... Faites excuse si je suis indiscrète.. Combien qu'il vous donne par mois ? YETTE. — Comment ?... Ah ! oui... Je ne sais pas... je ne lui ai pas encore demandé. LULU. — Ah ! mais il faut !... C'est comme ça qu'on gâche le métier, voyons !... YETTE. Je lui demanderai, je vous promets ! Allez vite ! vite ! (Lulu sort à gauche, et Yette par le fond. Aussitôt, Jacques entre à droite.) SCÈNE VII Jacques, puis Lulu. JACQUES, portant des paquets. — Voici des choux-fleurs, des fruits, d'la langouste et des tranches... Et puis voici mon coeur... Tiens ! Où es-tu ?... Chérie !... chérie !... LULU, entrant a gauche. Voilà ! JACQUES, stupéfait. — Hein ?... Qu'est-ce que ?... Quoi ?... Oh !... LULU, très tranquillement. — Bonjour, mon chéri... Qu'as-tu ?... Tu as l'air ennuyé ?... Tu es sorti plus tôt du bureau aujourd'hui, c'est gentil. JACQUES. — Lulu I Lulu ici... aujourd'hui... Je rêve ! LULU. — Ben quoi, mon chéri,'qu'est-ce qui te prend ?... Tu vois ce que je te disais ce matin  : tu ne devrais pas prendre de café noir... JACQUES, ahuri. — Ce matin ?... LULU. — M'ais oui ! ce matin ! Oh ! mais tu es tout à fait gâteux !... Il est vrai que tu as mal dormi cette nuit. Tu as bougé tout le temps, je crois bien que tu as eu de la fièvre ! JACQUES. — Ah ! j'ai eu de la... ? (Se frottant les yeux.) C'est pas possible ! Je rêve ! — Mais enfin, voyons, rends-toi compte  : ma femme va arriver !... Qu'est-ce que tu feras ?... — Oh ! mais tu es tout à fait gâteux 1... LULU. — Non, mais tu as rêvé tout haut cette nuit, en faisant de grands gestes. Attends voir ! Tu disais  : « Voulez-vous me permettre de vous conduire au buffet, ma tante ?... Un petit four, cousine ?... » JACQUES. — Je... Je disais tout ça ?... LULU. — Oui, et puis plus tard tu as poussé des petits cris de joie, comme s'il t'arrivait un grand bonheur I JACQUES. Non ?... Allons, voyons, ce n'est pas vrai ! C'est une blague ?... Mais toi tu n'es pas en voyage ?... Tu n'es pas en Amérique'LULU, jouant l'effroi. — Qu'est-ce que tu dis ?... Ça y est ! Voilà le délire qui te reprend. Le docteur m'avait bien dit que tu t'étais relevé trop tôt ! JACQUES. — J'ai été malade ?... LULU. — Mais enfin, Jacques, ressaisis-toi ! Tu as été couché trois semaines ! JACQUES. - Oh !... Ça alors !... Figure-toi que j'ai cru... LULU. Quoi donc, mon ange ? JACQUES. — Rien !... Oh ! ma tête, ma pauvre tête !... (Il court au téléphone.) Allo ? allo, mademoiselle ?... LULU. — Qu'est-ce que tu fais ? JACQUES. — Je téléphone... du moins je crois que je téléphone !... Allo ! Marcadet 01-99. LULU. — Tu sais que j'ai surpris Marie tantôt en train de fouiller dans mes armoires ?... JACQUES. — Marie ?... Oui !... Oui, oui... Allo ? C'est toi, Adolphe ?... Oui... Tu m'entends ?... tu m'entends bien ?... Dis donc ! Qu'est-ce que j'ai fait hier ?... Je me suis marié ?... Ah ! bon !... Tu me le jures ?... Ouf !... LULU, interloquée. — Marié ?... JACQUES, au téléphone. — Si je suis fou ?... Non, mon vieux, non, mais ça été moins une I... Merci 1... (Il raccroche et va vers la porte du fond.) — Marie !... Non !... Gracieuse ! LULU, à elle-même. — Marié ?... Mais alors ?... La nouvelle, c'était ?... Oh ! là, là... JACQUES, à Gracieuse qui est entrée. — Madame ?... Où est Madame ? LA BONNE. — Laquelle ?... JACQUES. — Comment, laquelle ? LA BONNE. — L'autre ?... Hé ! je m'y perds, moi !... Elle est allée voir maman une demi-heure et elle revient. JACQUES. — Elle est allée voir votre mère ?... LA BONNE. — Eh ! non, la sienne ! JACQUES. — Ah ! bon !... (Bas.) Et, dites-moi... (Montrant Lulu.) Elles ne se sont pas vues toutes les deux ? LA BONNE. — Non. JACQUES. — C'est bien. Allez-vous-en ! (Il la pousse dehors.) LULU. — Misérable !... Ainsi, tu es marié ? JACQUES. — Non... Oui... Enfin, ça serait trop long à t'expliquer... Je t'en supplie, vat'en, va-t'en vite... Pardonne-moi !... Je t'enverrai un beau cadeau... LULU. — Tu t'es marié, sans même me prévenir... JACQUES. — Mais si... Je t'ai écrit un mot il y a huit jours... Tu vas le recevoir... Mais pour ça il faut que tu retournes en Amérique... LULU. — Vraiment ?...
Ivot LES GRENOUILLES DE MONTMARTRE Et si j'écrivais mes mémoires ? — Ils pourraient tenir dans le mot de Mac-Mahon « Que d'eau ! que d'eau ! Dessin de Roger PRAT. JACQUES. - Oh ! vraiment... Il y a un train ce soir sûrement, il faut le prendre. Où sont tes affaires ? LULU. — Dans les armoires. JACQUES. - Quoi ?... LULU. — Alors. tu t'imagines que je vais m'en aller ? JACQUES. - Oh ! ce n'est pas rien que de l'imagination... LULU. — Ben, mon petit, tu te fourres le doigt dans l'oeil jusqu'au biceps !... Ah ! tu me traites comme une vieille chaussette ?... Ah ! tu te maries en cachette ?... Ah ! tu me laisses choir ?... Eh ! bien, tu vas voir !... JACQUES.- Qu'estce que tu vas faire ? LULU. — De la résistance passive ! (Elle s'étend sur le divan.) JACQUES, affolé. — Lulu, je t'en conjure, ne fais pas ça ! Lulu, si tu m'aimes encore un peu... LULU. Plus du tout ! Tu m'entends : plus du tout. !... Oui, je sais bien ; tu voudrais que je file, aiet 4,14. sans dire un mot, en pleurant. Ah ! LA VOIX DE SON MAITRE mais non ! Ça serait trop commode de se marier comme ça ! Où irions-nous ? Tous les hommes se marieraient, alors ! JACQUES. - Et tu vas ?... LULU. — Oh ! rassure-toi ! Je ne ferai pas de scandale... Je suis chez moi, j'y reste ! Voilà tout. Je n'ai pas reçu ma résiliation de bail ; jusqu'à nouvel ordre, je suis seule locataire. JACQUES. - Mais enfin, voyons, rends-toi compte  : ma femme va arriver. Qu'est-ce que tu feras ? LULU. - Je ne la recevrai pas ! (Appelant.) Gracieuse !... Gracieuse !... GRACIEUSE, entrant. — Madame ? LULU. —Je n'y suis Nie pour personne ! GRACIEUSE.-Bien, madame ! (Elle sort.) JACQUES.- Ecoute, Lulu, au nom de ce que j'ai de plus cher au monde... LULU. — Pff ! ça ne compte plus  : c'est plus moi ! Serge YEBER. _Q 3 L'IMAGE.. ET LA RISALITB Dessin d'Arscne BiuvoT. G.-A.JOURDE BORDEAUX Illustrations de DISARM (La fin au prochain numéro.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :