Le Rire n°288 9 aoû 1924
Le Rire n°288 9 aoû 1924
  • Prix facial : 0,75 F

  • Parution : n°288 de 9 aoû 1924

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 52,4 Mo

  • Dans ce numéro : le chirurgien.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Un professeur de mathématiques, au cours d'une villégiature à la campagne, se promenait avec un ami et lui démontrait l'utilité de la géométrie. Non loin d'eux, un charron ferrait une roue. — Voyez-vous, dit le professeur, cet humble artisan lui-même a besoin de la géométrie pour calculer la longueur du bandage de sa roue. Et, s'adressant au charron, il lui demanda  : — Comment calculez-vous la longueur de la circonférence ? — C'est bien simple, répondit l'ouvrier. Je prends la plus grande largeur, le diamètre comme qui dirait, et je multiplie par 3,1416. — Pourquoi par 3,1416 ? interrogea l'homme de science. — J'peux pas vous dire, repartit le bonhomme... Ça s'est toujours fait comme ça  : c'est l'habitude du pays ! ** Un Marseillais exagérait. Il exagérait au point qu'il gênait les autres Marseillais, au point qu'il finissait par se gêner soi-même... Il exagérait tellement et si inconsciemment qu'il avait dû conclure un petit arrangement avec un ami très intime. Sitôt que notre homme commençait à voir vraiment trop grand, une toux discrète de son obligeant compère le prévenait du danger ; aussitôt, l'hyperbole se dégonflait et toutes choses reprenaient des proportions normales — normales pour la Cannebière, bien entendu ! Un jour, les deux amis furent invités à visiter la splendide villa qu'un riche armateur de leurs relations venait de faire construire aux environs de la ville. Cette demeure comprenait, entre autres merveilles, une admirable salle à manger sur la table de laquelle on aurait pu servir, aux hors-d'oeuvre, la sardine qui boucha autrefois l'entrée du port. Cette salle mesurait 12 mètres sur i8. Les visiteurs, comme il convient, admiraient de tous leurs yeux... Mais notre Marseillais éprouvait, comme d'habitude, une certaine difficulté à se joindre sans réserve au concert des louanges... LA PANNE Fr — Te, oui, dit-il, c'est une belle salle à manger !... Mais un cousin de ma femme possède, près de Toulon, un coquin de petit château dans lequel il y a une salle plus belle encore, une salle étonnante qui mesure soixante et quinze mètres de long... — Hem ! hem ! fait l'ami derrière son dos. —... qui mesure soixante et quinze mètres de long sur quarante et cinq centimètres de large ! * * La commune vient de faire l'achat d'une pompe à incendie. Elle est là, aujourd'hui dimanche, sur la place de la mairie, brillante, entourée de ses servants casqués, attendant sa consécration. C'est aujourd'hui qu'on doit la baptiser. A cet effet, le curé, le pasteur et le rabbin du lieu sont présents à la cérémonie. M. le maire vient de prononcer un discours. Maintenant, c'est le vieux curé qui, après avoir marmotté quelques paroles latines, asperge de son goupillon l'acquisition communale. Le pasteur lui succède, se lançant dans une allocution très longue et très embrouillée. Enfin, le rabbin s'avance à son tour. Sans prononcer une parole, il fait deux ou trois fois le tour de la pompe, s'arrêtant, repartant, semblant soucieux et réfléchi. Soudain, il avise le tuyau qui gît à terre, s'en empare et, prenant dans sa poche un couteau de belle taille, coupe d'un air grave io centimètres du caoutchouc. * * Un cycliste, marchant en zig-zag, renverse, sans, par bonheur. lui faire trop de mal, une bonne femme qui traversait la chaussée. La foule s'indigne  : — Ce n'est pas la peine d'avoir une trompe à son guidon !... — Vous ne savez donc pas sonner pour avertir les piétons ? — Mais si, je sais bien sonner, avoue le cycliste, mais voilà, je ne sais pas monter à bicyclette... IJ Il n'y a rien à faire' Elle ne veut pas avancer. — C'est donc ça qu'on me l'a vendue comme voiture de tout repos ! Dessin de J.-J. Rousswu. LES CHANSONS DU RIRE Dans son prochain numéro Le RIRE publiera  : Je n'peux pasvsans amour Paroles de FRED PEARLY Musique de G. GABAROCHE et FRED PEARLY Illustration de MARCEL CAPY Paraîtront ensuite  : Le P'tit Bleu, C'est jeune et ça n'sait pas, La Ballade des Agents, etc., etc. Ont déjà paru  : N°1. Le Fiacre (7 juan 1924). N°2. — Mes parents sont venus me chercher (21 juin). N°3. Stances â Manou (5 juillet). N°4. — Rends-moi mes Billes (rg j rail.) No 5. Le Petit Amant (2 août).
C'est vous la nouvelle ?... COMÉDIE EN UN ACTE DE Serge Veber (Suite.) RÉSUM$ DES SCÉNES PRFlCÉDENTES. — Jacques a épousé Yette. Ils viennent de passer leur première nuit dans sa garçonnière, en raison de la crise des logements. Après avoir engagé une nouvelle bonne, Jacques va faire un tour à son bureau. Pendant son absence, Lulu, une ancienne maitresse, avec laquelle il n'a pas encore rompu, fait son apparition, retour d'Amérique. Elle a la clef de la garçonnière, mais, croyant surprendre son amant, elle se trouve nez à nez avec Yette. SCÈNE VI Yette, Lulu. LULU, à part, à la bonne. — Qui est-ce ?... LA BONNE. — Hé 1 c'est Madame... METTE, à part, à la bonne. — Qui est-ce ? LA BONNE. — Hé ! c'est Madame ! YETTE. — Comment ?... LA BONNE. — Après tout, qu'elles se débrouillent !... On m'avait dit qu'à Paris il y avait du relâchement des moeurs. Mais je n'aurais jamais cru que c'était à ce point ! (Elle sort à gauche.) YETTE. — Qui demandez-vous, madame ? LULU. — Et vous, madame ? YETTE. — Mais je suis chez moi, madame. LULU. — Mais moi aussi. - Qui est-ce ?... — Qui est-ce ? — lié ! c'est Madame ! YETTE. — Oh ! vous devez faire erreur, madame. Vous êtes ici chez M. Jacques Pringy, c'est-à-dire chez moi. LULU. — Ah ! ah ! ah ! le mufle ! la crapule ! l'ignoble individu !... J'y suis ! Je comprends tout !... C'est vous, la nouvelle ? YETTE. — C'est-à-dire que... LULU. — Oh ! ne mentez pas, ce n'est pas la peine. Je suis fixée... (Eclatant en sanglots.) Il m'a plaquée ! Le misérable !... Sans un mot, sans une petite lettre, sans rien ! Ah ! le cochon ! le... le... le... YETTE. — Oh ! ne cherchez pas. Il n'y a plus de mots... LULU, pleurant. — Non, il n'y a plus de mots pour qualifier sa conduite... Ah ! pourquoi suis-je partie aussi ? Qui va à la chasse perd sa place, c'est bien connu. Vous avez pris la mienne... c'est vous qui m'avez succédé ! YETTE. — Je commence à le croire. LULU. — Oh ! je ne vous en veux pas à vous ; c'est pas de votre faute évidemment. YETTE. — Vous étiez la bonne amie de Jac ques ? LULU. — J'étais sa maîtresse, quoi ! Et puis j'ai fait la bêtise d'accepter une tournée aux Amériques. Ça devait durer trois mois. Je rentre au bout d'un mois et demi, et déjà il en a pris une autre. (Redoublant de larmes.) Mon Dieu ! mon Dieu ! Qu'estce que je vais devenir ?... YETTE. — Voyons ! voyons ! Ne vous mettez pas dans un état pareil. LULU, à travers ses larmes. — Ne me touchez pas ! Laissez-moi ! laissez-moi tranquille !... YETTE. — Allons ! Calmez-vous, madame. Je ne vous ai rien fait de mal, moi. Je vous jure que je ne savais pas que Jacques avait une bonne amie... LULU. — Oh ! vous l'auriez su, que ça ne vous aurait pas empêchée de devenir sa maîtresse. Moi, la première fois que j'ai couché avec Jacques, je savais bien qu'il était encore avec Didi Prurite. YETTE. — Didi Prurite ?... LULU. — Ben oui, son ancienne. Ce que je suis pour vous, quoi ! YETTE. — Oui, Oui, Oui !.. LULU. — - Faut pas se faire meilleur qu'on est, pas ? Dans notre métier, quand un homme vous veut, chacun pour soi, et tant pis pour les autres, pas vrai ? YETTE. — Il y en a toujours une qui souffre alors ? LULU. — Oh ! t'es jeune ; ma petite, les grands chagrins on les ravale. Evidem- — Je crois, en effet, qu'il va faire une tête 1 ment, il y a des jours" où c'est dur, des jours comme aujourd'hui. Enfin, chacun son tour. YETTE. — Comme c'est triste tout ce que vous dites là... LULU. — Oh ! vous, ma petite, vous devez débuter !... YETTE. — Peut-être... LULU. — En effet je ne vous ai jamais rencontrée. A quel bar que vous alliez ? Au Pikkles ?... Au Troudnaz ?... YETTE. — Par là... oui... par là... LULU. — Et... il y a longtemps que vous êtes avec Jacques ? YETTE. — Non... Pas très longtemps. LULU.— Depuis quand ? Oh !... vous pouvez bien me le dire. Vous voyez, ça va mieux maintenant. YETTE. — Depuis... depuis hier. LULU, bondissant. — Depuis hier seulement ?... Oh ! mais alors... YETTE. — Quoi donc ? LULU.— C'est peut-être pas définitif ?... C'était peut-être comme ça pour une rois... en passant. YETTE.— Je ne crois pas. triste. — Ah ?... Alors vous pensez que c'est sérieux ? LULU, YETTE — Je pensais, oui. LULU. — Vous savez qu'il n'est pas très riche... YETTE. — Je sais. LULU. — Ah !... Il vous a dit que c'était pour longtemps ? YETTE. — Oui... LULU. — 11 me l'avait dit à moi aussi... YETTE. — Ah I... à VOUS aussi ? LULU.— Mais oui... Ils disent toujours ça, et ce qu'il y a de plus bête, c'est qu'on les croit toujours. Quand il m'avait dit ça je lui avais répondu  : « Tu l'as sans doute dit également à Didi Prurite. » YETTE. — Et qu'avait-il répliqué ? LULU. — « Toi, c'est pas la même chose. » J'avais raison, vous voyez  : ç'a tout de même été la même chose. YETTE. — Pauvre petite ! LULU, étonnée. — Vous me plaignez ? YETTE. — Mais oui. LULU. - Ben, vrai, ça c'est pas ordinaire. D'habitude, les nouvelles, elles sont bien contentes d'avoir balancé les anciennes. Vous n'êtes pas chipie, vous ! YETTE. — VOUS l'aimiez ? LULU. — Je crois que oui ; que voulez-vous, quand on est resté trois ans ensemble. YETTE frappée. — Qu'est-ce que vous dites ? Trois ans ? LULu. -A f deux e mois près. P Un vrai collage, g hein ? YETTE. Trois ans !... Oh ! le menteur !.. LULU. — Pour ça oui ! Il ment comme une passoire !... Je n'ai pas de conseil à vous donner, mais n'écoutez pas la moitié de ce qu'il vous raconte. YETTE. — Et... vous habitiez avec lui ? LULU. — Bien sûr ! On faisait pas chambre à part ! YETTE. — Ici ? LULU. — Mais oui ! Vous avez pris la place toute chaude. YETTE. — Et vous avez couché ici plus de deux nuits de suite ? LULU.— Cette question ! Mais j'ai même pas découché une fois ! YETTE, à elle-même. — Peut-on mentir à ce point ! LULU. — Oh ! c'est pas son seul défaut. Il est poseur, boudeur, toujours en retard, grincheux... YETTE. — a m'en promet ! LULU. — oinfre, grossier, méchant... (Eclatant de nouveau en sanglots.) C'est pas vrai, c'est pas vrai... Je dis ça, c'est par dépit... Mais c'est un chic type, vous savez, un chic, chic type... Et tendre, et bon, avec des attentions tout le temps... Jamais désagréable... Et il sait si bien vous



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